L’invité de la semaine : Nolwenn Marchand

Le président de la communauté de communes de la station des Rousses qui fait face à la fermeture des remontées mécaniques ne mâche pas ses mots. Au-delà de questions sanitaires, il livre son analyse de la situation politique dans le Jura et notre pays.

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Le président de la comcom Station des Rousses est également maire de Prémanon. Crédit photo : 6X7.

Nolwenn Marchand, colère et incompréhension résument-ils votre situation ?
Le ski, ici dans le haut-Jura fait partie de notre ADN. Face à ce nouvel interdit, le haut jurassien a pris un gros coup au moral, avant même de penser au coût économique. La santé, c’est la Covid mais aussi la santé de psychique et sociale de tout le monde.
Vivre, est-ce seulement travailler, manger et consommer ?

Que pensez de la culture du « risque zéro », qui se propage au fil des ans ?
Nous sommes tous dans la montagne des personnes responsables et prudentes. Nous n’aurions pas souhaité d’ouverture à tout prix si elle avait dû avoir des conséquences sanitaires. Nous avions défini des protocoles avec les services de l’État pour protéger nos clients, mais ces protocoles ne seront au final jamais mis en œuvre.

Quels impacts auront cette fermeture pour le haut-Jura ?
La fermeture des remontées mécaniques aura un impact considérable, car le ski alpin génère beaucoup d’activités induites. Nous avons malgré tout la chance de disposer sur le Haut-Jura d’une fréquentation touristique axée également sur le ski nordique, contrairement aux stations de 3e génération des Alpes.

Vous semblez avoir beaucoup réfléchi à la situation que nous vivons tous…
La Covid génère des interrogations sur notre civilisation et sur notre démocratie.
Et la clé de lecture d’une situation aussi absurde ne relève par de considérations sanitaires, mais politiciennes. Le vrai problème vient de la possible saturation du système de santé, liée au détricotage des services publics et des moyens hospitaliers…
Aujourd’hui, on paie le prix fort : pour ne pas se faire reprocher ses choix politiques, le pouvoir entretient la peur, et culpabilise la population. La meilleure défense, c’est l’attaque !
Car si on lisait dans les journaux « On ne peut pas soigner tout le monde, les médecins sont obligés de faire le tri à l’hôpital », cela coûterait très cher au pouvoir.

On peut beaucoup reprocher à l’État, mais n’est-il pas aussi prodigue ?
Face à un impact difficile à quantifier pour notre territoire, on ne sait toujours pas quelles seront les véritables compensations de l’État.
Des indemnisations qui sont, semblerait-il, également l’objet de discussions au niveau européen, et dont la Sogestar n’a pas vu pour un centime (en cette fin janvier N.D.L.R.).
Mais pourquoi personne n’est dans la rue ? Parce que les milliards pleuvent, des milliards dont on ne comprend pas d’où ils sortent. Je suis sidéré par la sidération dans laquelle sont tombés des gens qui ont peur, d’où une absence de contestation collective.

Qui est le plus malade finalement ?
Notre démocratie est très malade aujourd’hui : l’état d’urgence sanitaire a été prolongé par l’Assemblée nationale jusqu’au 31 juin 2021 par 113 voix pour (celles de la majorité N.D.L.R.), 43 voix contre, et quatre abstentions. Tout cela pour 577 députés : les parlementaires se planquent derrière le gouvernement, il n’y a plus de contre-pouvoir.

Est-il permis d’espérer quelque chose pour la fin de saison ?
Une réouverture n’est guère envisageable en mars, car préparer une station à rouvrir nécessite beaucoup de moyens : il faut préparer la neige, damer les pistes, graisser et réviser les remontées mécaniques, etc.
Des coûts qui sont amortis sur une saison, mais pas sur quelques semaines.

Propos recueillis par Stéphane Hovaere.