L’invité de la semaine : Nicolas Caire

Protection des AOC, adaptation au réchauffement climatique, essor du bio et Covid, les sujets ne manquent pas pour Nicolas Caire, président de la société de viticulture du Jura que nous avons rencontré après le concours des crémants du Jura.

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Nicolas Caire.

Nicolas Caire, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Originaire du Jura, je suis viticulteur à Rotalier depuis 1990. J’exploite un peu moins de 25 hectares de vignes avec un associé. Je suis depuis mars 2017 président de la société viticole du Jura. Les élections du mois de mars 2020 n’ayant pas eu lieu à cause de la situation sanitaire, je suis si on peut dire « en sursis ».
Le rôle de la société viticole est d’organiser toute la viticulture, c’est un organisme de contrôle et de certification qui gère tous les problèmes de l’AOC. Nous sommes adossé à la chambre d’agriculture au point de vue technique et à la F.N.E.S.A pour les problèmes d’emploi et de charges.

 Comment se porte le vignoble jurassien ?
La situation est moins compliquée que dans certaines régions de France, le vignoble français est à la peine. Nous ne sommes pas les parents pauvres et sommes à la croisée des chemins. Nous sortons de plusieurs petites récoltes même si 2018 était très belle. Il y a beaucoup d’incidents climatiques, 2017 gelées de printemps, 2019, une grosse gelée sur tout le vignoble et surtout sur Arbois, 2020, une jolie récolte sur Arbois qui eu plus de précipitations. La région la plus touchée a été le sud du département par manque de pluie et des grosses chaleurs. La qualité rattrape la quantité.

La crise sanitaire est présente et semble perdurer. Quels sont les atouts du Jura pour la surmonter ?
Nous avons la chance d’avoir une surface relativement petite, moins de 2000 hectares, et la diversité de la gamme. Cette année a vu l’arrivée de beaucoup de touristes français même des locaux. Par contre il va être important de bien finir l’année pour écouler la production. Les salons qui sont annulés vont être sources de difficultés.
Nous constatons une baisse des ventes depuis 10 ans avec une production qui est passée de 80 000 à 60 000 hectolitres par an.  Il serait intéressant de savoir comment on les a perdus. L’arrivée du bio réduit les rendements donc agit sur la production totale. Malgré cette baisse de production, les stocks sont encore importants chez les vignerons.
On ne risque pas de manquer de vin !

 

Vous insistez beaucoup sur la protection des AOC dont vous avez fait votre cheval de bataille. Y a-t-il péril en la demeure ?
Je n’ai qu’une priorité, remettre l’AOC au cœur des préoccupations. Il faut la défendre à tous points de vue. Implanter de nouveaux cépages est une hérésie, mais c’est une idée qui fait son chemin  et je pense que c’est une erreur mortelle. Nos produits sont reconnus, cela fait 90 ans qu’on y travaille, cela peut troubler l’image et mettre le discrédit. A terme ce serait la mort des vins du Jura tels qu’on les connaît. A long terme, il n’y a que l’AOC pour maintenir notre niveau de qualité, et d’exigence.
On nous dit qu’on va supprimer les douanes dans le monde viticole. Ils contrôlaient les implantations, les stocks….Je suis pour un contrôle des fraudes, qualités, étiquettes. Je suis pour que l’état français garde ses prérogatives.

Le changement climatique n’impose t-il pas justement de produire de nouveaux cépages ?
Je pense que le vignoble est un peu vieillissant et qu’il faut de toute urgence le renouveler tout en restant sur une surface de 2000 ha, et profiter de ces plantations pour mettre des porte-greffes plus résistants tout en gardant nos cépages qui font notre force. Je pense par contre qu’il ne faut pas tout miser sur un réchauffement dont personne ne connaît la durée. Le XIX siècle a été une période caractérisée par un excès d’eau par exemple. Il faut surtout rester sur nos cépages actuels qui ont fait notre réputation et notre force.

 Quelles sont les questions que doit se poser un nouveau vigneron avant de s’installer ?
La première chose que je lui dirais est d’adhérer à une coopérative et de commencer avec 20 ou 50 ares de vigne, « pour se faire la main ». Soit être double actif dans un premier temps. Je pense que débuter avec 10 hectares de vignes est une très mauvaise idée, à  moins d’être issu d’une famille de vignerons. On ne peut réussir que comme cela. Ensuite, planter de la vigne, au lieu d’acheter de la vigne plantée donc plus chère. On peut récolter à partir de troisième année avec une demie récolte. Il vaut mieux faire 4 ha de vignes correctement que 10 ha à moitié.
Commencer modestement est l’école de la vie et un gage de réussite…