L’invité de la semaine : Michel Di Martino

Le charismatique Président du Tribunal de commerce du Jura tire sa révérence fin Janvier après 14 années de missions judiciaires dans cette institution. Humanisme, bienveillance, compétence mâtinée de truculence : retour sur un parcours atypique.

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Réputé pour sa compétence et sa truculence, Michel Di Martino a toujours préféré prévenir plutôt que guérir dans ses fonctions judiciaires.

Michel Di Martino, on vous connait comme fondateur du groupe COGEF, mais d’où êtes-vous issu ?
Je suis né à Aubagne, dans une famille très modeste. Mon père était docker, ma mère femme de ménage, tous deux espéraient que je devienne dessinateur industriel mais j’ai eu la chance de poursuivre de longues études d’expertise comptable : DES de gestion fiscale, DES de gestion de patrimoine, DU droit des entreprises en difficultés entre autres.
Boursier de l’enseignement secondaire et universitaire, je pense avoir remboursé ma dette à l’État, par mes 14 ans de bénévolat.

Comment êtes-vous arrivé dans le Jura ?
J’ai fait mon service militaire au titre de la coopération en Afrique, où on m’a chargé de toutes sortes de missions (écrire les discours d’un Président, mener des contrôles fiscaux, etc…). On m’a proposé de travailler à l’ONU, au Bureau International du Travail, à l’OMS, mais mon rêve était de monter mon cabinet d’expertise comptable. Je suis donc arrivé en 1973 à Champagnole, qui connaissait alors une véritable euphorie : les industriels tournaient à plein régime avec les aciéries, les cimenteries et autres Riskoff (premier fabricant de meubles rustiques d’Europe). Les affaires marchaient si bien que j’ai dû déménager trois fois pour trouver plus grand.  Après m’être installé à Lons le Saunier en 1992, nous avons essaimé à Bletterans, Morbier, Arbois et Saint-Claude et créé avec mes filles et mon épouse, un groupe qui compte aujourd’hui 75 collaborateurs.

Pourquoi vous être engagé dans des missions judiciaires en plein boom professionnel ?
J’ai toujours aimé la justice commerciale, je n’ai jamais eu peur d’y défendre mes clients. Il s’agissait aussi de rendre ce qu’on m’avait donné à travers mes études. Après avoir officié comme juge au tribunal de commerce de Salins entre 1985 et 1987, j’ai intégré le tribunal de commerce de Lons le Saunier en 2009, avant d’en être élu président – à l’unanimité- en 2016.

Quels bons souvenirs garderez-vous de toutes ces années ?
Par exemple un important référé entre deux sociétés d’importance nationale et un plasturgiste du Jura qui s’est terminé par un règlement amiable. Les avocats ont commencé à s’invectiver mais après un recadrage, les deux parties ont fini par s’entendre. Ma meilleure satisfaction : après une rude discussion, ils parlaient des prochaines commandes… Le mot « tribunal » fait peur, mais ma porte a toujours été ouverte – dans la plus totale confidentialité – aux chefs d’entreprise pour tenter de prévenir leurs difficultés avant qu’il ne soit trop tard.
Outre les règlements à l’amiable (toujours préférables), de nombreux dispositifs législatifs existent en cas d’embûche, mais la majorité sont méconnus des dirigeants.

La crise économico-sociale a-t-elle conduit à une recrudescence des faillites ?
Pas du tout, les procédures collectives ont même reculé de -45% par rapport à l’année 2019, ceci grâce à 2.230 prêts garantis par l’Etat (PGE) et aux banques, qui ont injecté 319 millions € dans l’économie jurassienne.
Au plan national, 635 000 PGE ont été accordés en 2020 pour un total de 128 milliards € avec un montant moyen de 200 000€ : 94% des bénéficiaires sont d’ailleurs des TPE ou des PME.

Quelles perspectives entrevoyez-vous pour 2021 ?
J’ai l’espoir que la croissance repartira au deuxième semestre 2021 et en 2022. J’espère que pour les PGE, les délais de remboursement seront allongés malgré les exigences de la commission européenne qui plafonne leur durée à 6 ans…

Quelle suite pour le tribunal de commerce ?
Je passe le relais à mon vice-président Claude Bertrand, également un passionné de justice commerciale, puisqu’il a préparé et obtenu le DU de droit des entreprises en difficultés. Pour ma part, je prépare un doctorat de droit des entreprises en difficulté à l’Université de Bourgogne Franche-Comté : encore une belle aventure à venir !

Propos recueillis par Stéphane Hovaere.