L’invité de la semaine : Michel Chamouton

Le président de la chambre de métiers du Jura et de la Bourgogne Franche-Comté vient d’être intronisé chevalier dans l’ordre national du Mérite le 11 octobre. L’occasion d’évoquer avec lui les forces et les faiblesses de l’artisanat du Jura.

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Michel Chamouton, président de la chambre de métiers Bourgogne Franche-Comté vient d'être fait chevalier dans l'ordre du Mérite.

Michel Chamouton, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Natif d’Orgelet, j’ai 63 ans et suis président de la chambre Régionale de Métiers et de l’Artisanat de Bourgogne Franche Comté depuis le 14 novembre 2016. Auparavant j’étais président de la chambre de Métiers et de l’Artisanat du Jura depuis 2010. J’ai également travaillé comme salarié depuis juillet 1974 dans l’entreprise familiale de menuiserie charpente, avant d’en prendre les rênes en janvier 1983.

Comment se porte l’artisanat dans le Jura ?
Le Jura compte 6565 entreprises artisanales au 1er janvier 2019, avec une nette croissance depuis 2016 (5325 entreprises). « Première entreprise de France », comme aime à le rappeler notre slogan, l’artisanat compte 10 419 salariés travaillant dans le Jura. En Bourgogne Franche-Comté, 1 salarié sur 8 du secteur privé travaille d’ailleurs dans le secteur artisanal. L’artisanat jurassien comporte une particularité : il a la densité d’entreprise de production la plus importante de la région, de ce fait la moyenne de salariés par entreprise est plus élevée que la moyenne. Tous les secteurs sont dynamiques !

A l’heure du développement durable, quels avantages l’artisanat jurassien peut-il mettre en avant ?
L’artisanat est parfaitement adapté aux aspirations actuelles des consommateurs : qualité, proximité, savoir faire. Au delà des métiers traditionnels, l’artisanat fait preuve sans cesse d’innovation. Il est par ailleurs un creuset d’emplois diversifié, dans lequel il est possible de faire de belles carrières et de s’épanouir.

Souffrez-vous toujours des impacts des travailleurs détachés ou des auto-entrepreneurs, qui généreraient une sorte de « concurrence déloyale » ?
Le régime de la micro-entreprise a sans nul doute modifié la typologie des entreprises du secteur. Nous n’avons jamais cautionné ce régime de l’ « auto-entreprise », qui du fait des exonérations afférentes, créé des conditions de concurrence déloyale, et par ailleurs paupérise les porteurs de projets qui choisissent ce régime…
Les travailleurs détachés sont certes présents dans le Jura, mais dans des proportions infimes. Par contre les entreprises peinent à recruter les salariés dont elles ont besoin pour honorer leurs commandes.

Après une baisse ces dernières années, les contrats d’apprentissage reprennent un peu de poil de la bête (1018 contrats au 1er janvier 2019). Pourquoi êtes-vous inquiet à propos de la réforme de cette voie d’accès royale vers l’artisanat ?
Nos inquiétudes ont trait au financement de nos organismes de formation. Nous avions précédemment un seul interlocuteur qui était le conseil régional, et avec qui nous avions d’excellentes relations. Désormais nous allons devoir contractualiser avec chaque branche professionnelle. Nous espérons que la réforme portera ses fruits, mais regrettons le manque de concertation préalable et les nombreuses questions qui demeurent sans réponses à ce jour. Une concurrence entre CFA ne serait pas de nature à favoriser le développement de nos territoires, l’intérêt qui doit prévaloir est celui du jeune apprenti !

Propos recueillis par Stéphane Hovaere