L’invité de la semaine : Michel Brignot

Le célèbre "médecin-écrivain" jurassien, présente son dernier ouvrage : "L'erreur de trop".

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Michel Brignot, "médecin-écrivain".

Michel Brignot, vous venez tout juste de sortir un recueil de dix nouvelles intitulé “L’erreur de trop”. Pourquoi et comment vous est venue cette idée pour le moins atypique ?
Au départ, j’avais l’idée d’écrire sur la maladie. Mais je suis très soucieux de m’évader de ma condition de médecin lorsque j’écris. C’est pour moi une échappatoire. Alors, pour m’évader du pathos, je me suis plutôt intéressé au thème de l’erreur dans lequel on retrouve bien sûr la maladie, le handicap mais plein d’autres choses.
Ma plume m’a ensuite guidé. Des endroits que j’ai visités ou des situations que j’ai vécues. Les nouvelles ne sont pas autobiographiques mais s’inspirent largement de lieux authentiques dans lesquels j’ai mis en scène ces histoires. Dans ce livre, il y des erreurs de gravité différentes. Des faits amusants, d’autres fantastiques. Un jeune garçon incompris par ses parents, un geste maladroit, une balle perdue.

Qu’il s’agisse de la vie personnelle ou professionnelle, nous entretenons un rapport à l’erreur souvent coupable et honteux. Pourtant, c’est en se trompant que l’on avance… Quel est votre sentiment sur cette ambivalence émotionnelle ?
Bien sûr, toute erreur est l’occasion de rebondir. D’abord, en essayant de ne pas la reproduire, en tentant de comprendre pourquoi on l’a faite et si possible, de modifier son comportement ou une attitude à risque. Mais rien n’est jamais aussi simple et il est des erreurs qu’on répète à l’infini sans jamais pouvoir les éviter. Mais toute erreur n’est pas forcément un drame ou à connotation négative. Il en est qui sont très heureuses et même bénéfiques. On peut même se féliciter de les avoir commises. Si le gras des moutons à la broche des Gaulois n’avait pas coulé dans les cendres de leur brasier, on n’aurait jamais découvert le savon. Il faut se garder de vouer un culte à la perfection. Heureusement que l’homme n’est pas parfait et que l’erreur est humaine…

Nous en faisons plus ou moins tous, mais selon vous, comment parvenir au mieux à dépasser nos erreurs ?

C’est là une question difficile et essentielle. Dépasser nos erreurs implique de bien se connaître. Cela peut prendre une vie d’homme. On procède par tâtonnement jusqu’à trouver le meilleur compromis entre l’erreur permanente ou systématique et la perfection dénuée de toute erreur. On adopte un style de vie empreint d’une forme de sagesse qui est le fruit de nos expériences (nos expérimentations). Quand on atteint ce stade de réflexion ou de maturité, il me semble qu’on commet moins d’erreur. Je constate souvent cela avec des jeunes sportifs très ambitieux et trop pressés qui cumulent les erreurs jusqu’à ce qu’ils comprennent par eux-mêmes ce qu’on s’évertue à leur expliquer depuis des mois. Les erreurs sont ici salutaires car elles aident celui qui se trompe à trouver la meilleure voie.

A l’image des bêtises de Cambrai ou de la tarte Tatin, il existe aussi des erreurs heureuses. En évoquez-vous quelques-unes dans votre ouvrage ?
Dans mon livre, j’évoque peu ce type d’erreurs, ces pieds de nez à la vie ou à l’histoire qui permettent des découvertes amusantes et qui font même faire des bonds de géants à l’humanité. Comme la découverte de la Pénicilline, l’invention du savon ou de certaines spécialités gastronomiques. Dans mon ouvrage, il s’agit surtout d’erreurs qui touchent directement l’individu. Certaines sont cocasses, d’autres troublantes, quelques-unes sont mortelles. Dans tous les cas, elles ont une morale et invitent à la réflexion. L’erreur n’est peut-être pas là où on croyait qu’elle était.

La préface est signée de la plume d’André Besson… Pourquoi ce choix ?
Lorsque j’ai demandé à André Besson de préfacer mon livre, il a tout de suite accepté. Il m’a fait l’amitié d’une très belle préface après avoir lu mon tapuscrit. André et moi, nous nous sommes rencontrés il y a quelques années lorsqu’il m’a remis un prix d’écriture de nouvelles. J’avais été séduit par l’homme. Un écrivain reconnu, cultivé et humaniste, facilement abordable et d’une modestie rare. Il était pour moi logique d’inviter André à présenter mon ouvrage. Et puis, ça a été pour lui l’occasion de redonner leurs lettres de noblesse au genre littéraire de la nouvelle malheureusement trop peu apprécié en France. Ce choix m’est apparu comme une évidence humaine, artistique et littéraire.

Avez-vous un futur ouvrage déjà en préparation, ou un projet littéraire sur lequel vous aimeriez travailler ?
Je travaille déjà depuis quelques mois à l’écriture d’un roman, un drame psychologique dont l’intrigue se déroule sur quelques mois à la fin de la dernière guerre. J’ai longuement travaillé avant de prendre la plume. Je me suis senti prêt pour commencer ce roman il y a quelques mois alors que j’en avais l’idée depuis de nombreuses années. Je me suis bien documenté sur le contexte historique de l’époque et suis même allé faire quelques repérages photographiques. Je ne peux en dire plus pour l’instant. Le livre avance bien. Il devrait logiquement aboutir dans un an mais avec ce genre de projet, on ne sait jamais très bien. Après, j’ai deux autres sujets, mais là encore, c’est top secret.
Les lecteurs devront attendre encore un peu…

“L’erreur de trop” sera disponible auprès de l’auteur, sur le site de Souffle court Éditions et dans les librairies régionales.
L’auteur sera présent à Dol’Arts et Livres les 13 et 14 avril 2019, à Texte et Bulle à Damparis les 18 et 19 mai 2019 et en dédicaces à la Librairie Passerelle à Dole le samedi 8 juin 2019 de 15h à 19h.