L’invité de la semaine : Michel Bourgeois

Président réélu dernièrement à la tête de l’association des communes forestières du Jura (ACOFOR), il doit faire face à un colossal enjeu climatique : quelle forêt pour demain ? Sachant qu’un arbre met 80 ans à grandir, et que nos belles forêts sont déjà sévèrement impactées…

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Michel Bourgeois aimerait voir l'avenir en vert pour les forêts du Jura.

Michel Bourgeois, comment présenter en quelques mots votre association ?
L’ACOFOR du Jura a été créée au début des années soixante. En 2020, elle fédère 246 communes sur les 476 propriétaires d’une forêt, soit 52 %. J’ai été (ré)élu président le 21 septembre dernier, ainsi qu’André Jourd’hui (vice-président résineux) et Noël Barbier (vice-président feuillus).

Quelles leçons tirer de l’année 2020, de nouveau atypique ?
En observant les feuillus parés de couleurs d’automne dès la fin de l’été, chacun a pu constater que la sécheresse avait accentué la déliquescence de nos forêts jurassiennes. Un hêtre sec arrive à repartir au printemps, mais un résineux sec…non. Les forêts souffrent.

Une situation qui n’arrange pas leur situation phytosanitaire…et de fait les cours du bois. Comment illustrer ce qui se passe ?
10 € c’est le prix d’un m3 de bois ayant subi les assauts d’un minuscule insecte xylophage nommé scolyte, contre 60 € à 70 € pour un m3 de bois sain : voilà les chiffres implacables qui illustrent la situation vécue par les communes forestières du Jura.
7 millions de m3 ont déjà été fauchés par le minuscule scolyte en France. Un total qui atteint aussi 160 millions de m3 pour l’Allemagne car il ravage large. Lorsqu’on sait que certaines communes tiraient 30 à 60% de leurs ressources du bois, on mesure que l’ambiance n’est pas à la fête pour qu’elles puissent investir, et même pour équilibrer leur budget de fonctionnement.
Nous attendons d’ailleurs toujours un rapport demandé à la DGFIP sur la dépendance des communes du Jura aux revenus forestiers.

Comment sauver les meubles ?
L’association des communes forestières du Jura (ACOFOR) incite à écouler tous ces bois secs avant de couper de nouveaux bois verts. L’ONF régule bien le marché afin de soutenir les cours mais avec l’afflux de bois dans les scieries, le marché est à la baisse. Même si leur rendement en sciage est plus faible, et hormis leur défaut d’aspect (une couleur bleutée), ces bois gardent conservent leurs qualités intrinsèques, ils peuvent par exemple servir pour des charpentes ou la construction de maisons à ossature bois.

Quels débouchés peut-on imaginer pour cet afflux massif de bois ?
La demande en résineux existe dans l’Ouest, en particulier en Bretagne et en Aquitaine car les pins replantés après la tempête dévastatrice de 1999 ne sont pas encore arrivés à maturité. Mais le hic provient des coûts de transport : pour être concurrentiels, impossible de faire sans subventions exceptionnelles ; des subventions accordées pour 2020, dont l’ACOFOR espère le maintien en 2021 car la question restera tout aussi prégnante.

Comment envisagez-vous l’avenir des forêts jurassiennes ?
Que replanter ? On ne connait pas le climat dans 80 ans. Des expérimentations autour du pin noir, du cèdre, du Douglas sont menées par l’INRA mais l’abandon de la monoculture et la diversification des essences semble une solution de bon sens. En attendant de trouver des solutions, l’ACOFOR lance un appel  : les communes forestières doivent rester solidaires en diminuant le bois vert à mettre sur le marché, afin de maintenir les cours du bois, et écouler d’abord les arbres scolytés.

Quelles bonnes nouvelles vous mettent du baume au cœur ?
Malgré la sécheresse qui fait la vie belle aux scolytes, celle-ci a réduit la chalarose, un champignon qui s’attaque aux frênes. Et concernant le ramassage illégal de champignons par des cueilleurs roumains, un dispositif est lancé pour l’encadrer grâce à des cueilleurs légaux et locaux, si possible jurassiens…

Recueilli par Stéphane Hovaere.