L’invité de la semaine : Michael Jacquet

Rencontre avec un pasteur originaire du Jura, créateur d'un site internet un peu particulier puisque dédié à l'accompagnement des chrétiens confrontés à la pornographie et désirant en être "délivrés". Détails.

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Michael Jacquet

Michael Jacquet, tout d’abord, pouvez-vous vous présenter sommairement ?
Je suis né à Champagnole en 1976, marié, père de 3 enfants. Après des études en allemand à Besançon, je me suis engagé dans la Marine Nationale (18 ans). J’ai ensuite suivi des études en théologie et suis devenu pasteur à l’Église Protestante Évangélique de Pontcharra (38). Je suis aussi aumônier militaire et président d’une association d’anciens combattants.

Votre démarche d’accompagnement et de conseils destinés aux chrétiens confrontés à la pornographie “et désirant être délivrés de ce fléau” est aussi inédite qu’insolite. Pourquoi et comment s’est-elle révélée à vous ?
Trois évènements m’ont donné cet élan. Le premier est d’avoir expérimenté plus jeune, alors chrétien, cette souffrance sans avoir trouvé une main tendue. Le deuxième est d’avoir vu la détresse engendrée chez un jeune chrétien qui développait une fausse image de la sexualité et s’enfonçait dans la culpabilité et l’isolement. J’ai pu l’accompagner sur le chemin de la liberté. Enfin, c’est la confrontation à la réalité statistique d’un groupe de jeunes, au sein duquel 2 sur 3 déclaraient avoir un problème avec la pornographie mais pire encore, tout en voulant s’en sortir, ne savaient pas comment faire ni à qui en parler. Cela n’était qu’une partie de l’iceberg. J’ai ressenti alors un appel pressant à me rendre disponible et consacrer une partie de mon ministère à aider spécifiquement les hommes chrétiens en galère.

Selon certaines analyses des données numériques, les confinements successifs, les mesures sociales restrictives et le repli sur soi qui y est indubitablement lié, auraient amené la fréquentation des sites de rencontres et des sites porno à quasiment doubler lors des derniers mois ! Ce que l’on peut interpréter comme une certaine “soif d’amour” non satisfaite… Comment expliquez-vous ce phénomène, et quelle pistes proposez-vous pour s’extraire de l’isolement que finalement, tout cela provoque ?
Le phénomène a été renforcé par le libre accès à certains sites, mais aussi par le télétravail qui a permis à beaucoup d’être derrière l’ordinateur toute la journée sans être dérangé. Par ailleurs, les loisirs et les sports étant eux aussi confinés, beaucoup se sont réfugiés un peu plus dans le monde d’internet, tombant sur une de ces ressources (12 % des sites seraient pornographiques). De plus, j’imagine que s’est manifesté le désir de combler la distanciation physique, notamment chez les jeunes. Pour d’autres, ça aura peut-être été un palliatif à la prostitution de rue ou une compensation de leur stress en temps de crise.
Concrètement, je vois trois actions qui, simultanément, permettent de contrer cet effet d’isolement :
-Rompre, en se prémunissant contre l’accès aux contenus pornographiques numériques (logiciel de contrôle) et en développant des habitudes de vie qui ne nous mettent plus en danger.
-Construire, en s’inscrivant dans une dynamique de recherche biblique du sens à donner à la satisfaction des besoins humains fondamentaux.
-Fortifier, en s’appuyant, et c’est essentiel, sur une relation d’accompagnement spécifique. Elle sera horizontale, en ayant un vis-à-vis humain auquel on peut s’exposer en toute confiance et dans un esprit de redevabilité. Elle sera également verticale dans le cadre d’une relation avec Dieu qui a la capacité de remplir notre réservoir de satisfaction.

D’après vous, quelles conséquences fâcheuses peuvent découler d’un usage régulier de la pornographie ?
Régulier ou non, l’usage de la pornographie n’est pas à banaliser car il laisse des traces durables et peut entrainer une addiction.
Cette dépendance est semblable à celle aux drogues dures. Le porno entraine dans une spirale du plaisir où il en faudra toujours de plus en plus pour de moins en moins d’effet. Il crée souvent un sentiment de honte, de culpabilité qui touche à l’estime de la personne et la plonge dans une grande frustration. L’aspect solitaire de la pratique affecte son relationnel et notamment dans sa vie de couple à cause de la conception qu’il a du sexe opposé et de ses attentes. On relève également des troubles de la personnalité, affectifs, une sexualité compulsive et parfois l’émergence de comportements dangereux.
D’un point de vue de santé spirituelle, on peut parler d’adultère, d’idolâtrie corporelle et de nuisances dans la relation à Dieu.

La relation entre la chrétienté et l’émancipation personnelle, voire intime reste parfois ambiguë (célibat des prêtres catholiques, refus d’ordination des femmes, débats houleux et passionnés sur le préservatif, l’homosexualité, la masturbation, etc…)
Serait-ce antinomique de croire en dieu et en même temps d’aspirer (qui plus est lorsque cela se fait “en Amour”), à jouir des plaisirs simples de la vie ?
Dieu a créé la vie et il lui a donné un cadre que l’humain a perverti.
Face au plaisir éphémère que nous recherchons, Dieu nous parle d’un but encore meilleur et accessible en Lui : la joie et le bonheur durable qui s’inscrivent dans une relation marquée de son Amour.
L’offre divine comble nos besoins de sécurisation, de valorisation et d’acceptation et contribue ainsi parfaitement à notre développement personnel que je vois comme une émancipation de Dieu dans notre vie plutôt qu’un grossissement de notre égo.
Dieu a donné la sexualité et son mode d’emploi pour que l’on s’en réjouisse. Force est de constater que les souffrances sont nombreuses en dehors de cette perspective.
Ce que nous appelons plaisirs de la vie résonnent de médiocrité face à l’excellence que Dieu propose.

Avez-vous un ultime message à faire passer à nos lecteurs ?
En Jésus-Christ, il y a une joie qui libère des chaînes du porno ! Je peux vous en parler.

Contact et infos :

http://www.libertexxl.com