L’invité de la Semaine : Lakdar Benharira

Président fondateur de SOS Racisme Jura, Lakdar Benharira milite depuis plus de trois décennies, contre le racisme, l'antisémitisme, les discriminations. Fervent défenseur de la laïcité. Il dit parfois se sentir seul, mais lui et son équipe poursuivent ce qu'ils appellent "un combat de tous les jours". Rencontre.

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Lakdar Benharira

Lakdar Benharira, quelle est l’histoire de SOS Racisme Jura ?
Dans les années 80 est née la “petite main jaune” avec le slogan “Touche pas à mon pote”, et peu après le mouvement SOS Racisme, pour lutter contre le racisme, l’antisémitisme, les discriminations.
La fin des années 80 et le début des années 90 furent l’occasion de donner une vitrine à notre combat au travers de grands concerts donnés à Paris en plein air (La Concorde, Bastille, République, Vincennes).
Localement, c’est d’abord l’Amicale laïque qui a fait le relais des “Petites mains”, en réunissant des associations anti-racistes et d’éducation populaire, et en mettant en place des actions. SOS Racisme Jura a été créé le 29 mai 1985.

Quelles sont vos actions ?
En 1986, nous avons organisé la “Fête arc-en-ciel”, avec un maximum d’associations locales, fête renouvelée trois fois. Aujourd’hui nous intervenons dans des établissements scolaires, nous organisons des rassemblements fraternels, comme la soirée de la Fraternité dernièrement à Morez, nous mettons à disposition l’exposition “Martin Luther King, la force de l’engagement”, qui a tourné dans tout le Jura, même au-delà.
Touche pas à mon pote, c’est un état d’esprit, c’est le bien-vivre ensemble, le partage. L’anti-racisme n’est pas l’apanage des associations anti-racistes, c’est une histoire au quotidien…Notre rôle est également dans ce contexte

Quels sont vos rapports avec l’extrême-droite ?
Nos mots d’ordre sont ceux de la fraternité et du multiculturalisme symbolisés par le slogan “Touche pas à mon pote”. Nos objectifs visent à construire une république métissée qui assure une égalité à tous. Nous rejetons bien entendu toutes les conceptions de l’extrême-droite ainsi que les autres conceptions communautaristes.
Je vais vous donner un exemple précis des relations que nous pouvons avoir avec le RN. Dernièrement, l’exposition sur Martin Luther King au Conseil régional de Dijon a été la cible de Julien Odoul, conseiller régional du Rassemblement national, qui a dit qu’elle (l’exposition) lui coupait l’appétit…. D’après ce monsieur, faut-il comprendre que la lutte contre la Ségrégation est une mauvaise chose ?
Il a aussi prétendu que la région avait subventionné cette exposition. Ceci est un mensonge. Nous l’avons porté seuls ! Nous espérons d’ailleurs que pour le futur la région aura le courage de soutenir nos projets
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Vous portez haut les valeurs de l’anti-racisme et de la laïcité. Que pensez-vous du port du voile dans les espaces publics ?
Sur un plan personnel, je suis peu à l’aise avec ça, les religions ça me gave.
SOS Racisme s’est élevé contre cette stigmatisation du foulard. Si on estime que le foulard est un asservissement de la femme, le fait de l’interdire, c’est la stigmatiser encore davantage. La seule façon pour que les femmes s’émancipent, c’est qu’elles fréquentent les autres, qu’elles s’ouvrent aux autres. En parler autant, c’est donner la parole à tous ces obscurantistes qui en profitent largement. Et puis, on est tout de même en pleine hypocrisie. A-t-on autant parlé du Koweit ou de l’Arabie Saoudite, puissants alliés de la France ? Par contre, parce que je suis pour la laïcité, la burka n’a pas sa place dans les espaces publics
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Avez-vous des regrets ?
Aujourd’hui comme hier, SOS est un peu seul dans ses combats. Très peu de soutiens des collectivités. Nos actions ne sont pas toujours relayées dans les médias. Je regrette aussi l’utilisation par les politiques de l’immigration. Je leur conseille d’étudier attentivement la loi de 1945. Tout le reste c’est du baratin…

Président depuis 34 ans, avez-vous des projets au niveau personnel, et au niveau associatif ?
Le travail est encore immense. Je n’ai pas envie de baisser les bras, mais je pense que la relève est nécessaire. Nous devons élargir notre réseau, trouver des bénévoles, créer des antennes. Nous restons le comité le plus dynamique de France. Nous poursuivons nos interventions dans les établissements scolaires, dernièrement sur le harcèlement ou sur les Fake News. Ces actions portent néanmoins leurs fruits.

Contact : Sos Racisme Jura
Tel : 03 84 24 03 56
Mail : sosracismejura@gmail.com
Page Facebook
Café potes tous les samedis matin de 10 à 12 h.