L’invité de la semaine : Jean-Marie Bigard

Dans le cadre de son "best of" de fin de carrière, Jean-Marie Bigard revient une dernière fois jouer ses meilleurs sketchs devant son public. Il sera ce dimanche 23 février, à 17 h à Juraparc. Rencontre avec un humoriste réellement hors du commun...

246

Jean-Marie Bigard, vous serez le 23 février à Lons le Saunier pour y jouer “Il était une fois Bigard”: une sélection de 20 sketchs préférés de votre public, “le meilleur du meilleur du meilleur” selon vous. Cela vient de vous, cette idée de conclure votre carrière en apothéose ?
C’est toujours mieux de finir en apothéose que dans l’oubli… non ?
Ça m’a surtout coûté un bras de faire ce sondage qui a été réalisé sur un échantillon de 5828 personnes. En réponse, sont souvent revenus le souhait de voir rejouer le lâcher de salopes, la valise RTL, les expressions (où je décèle certaines inepties de notre langage), la chauve souris…
C’est pour ça que j’ai sollicité le public, pour mettre les sketchs dans l’ordre de préférence. Ensuite, je décline et je viens tricoter avec cette sélection. Je fais un bout d’un autre, j’évoque un morceau de celui-là…
Ce dernier spectacle est un mélange de plusieurs ingrédients pris à l’intérieur du chaudron. Car depuis 34 ans, je n’ai jamais cessé d’écrire.
A chaque fois j’ai repris mon carnet blanc, pour proposer 10 “vrais” nouveaux spectacles. Et pour faire ça, il faut avoir des couilles !

Il y a quelques semaines, vous êtes parvenu à faire plier la direction de France 2 qui avait initialement censuré votre participation à “Vivement Dimanche”, suite à votre soutien à Marcel Campion pour les élections municipales de Paris.
Même si depuis, la direction de la chaîne a fait machine arrière, cette décision a fait beaucoup réagir, qu’il s’agisse des principaux médias ou des réseaux sociaux. Avez-vous un commentaire à nous livrer sur cet épisode tumultueux qui vient d’agiter votre actualité ?
Dès que j’ai posté ma vidéo, il y a eu un communiqué de presse de France Télévisions. J’ai alors rappelé Michel (Drucker) en lui disant : “Me voilà de retour !”.
Marcel Campion est un électron libre, c’est un mec qui ne fait partie d’aucun parti. De son côté, Anne Hidalgo n’a aucune légitimé, avec seulement 35 % des voix recueillies dans son arrondissement… Mais à Paris, ce sont les conseillers municipaux qui élisent le maire, et non le peuple ! Je suis en train d’essayer de faire abroger cette loi PLM (Paris Lyon Marseille). D’ailleurs si Macron voulait caresser un peu le peuple dans le sens du poil, histoire de le rassurer, il abrogerait de lui-même ce texte qui déshérite le peuple de son seul pouvoir : voter…
Voilà une idée de vrai cadeau, symbolique, qui ne coûterait rien.
J’ai bien peur qu’Anne Hidalgo parvienne à être reconduite avec moins de 10% des suffrages des inscrits ! Normalement, c’est 50% plus une voix. C’est un vrai scandale démocratique ! (On entend alors son épouse, Lola Marois, confirmer son propos, avec la gouaille qu’on lui connaît dans la série Plus Belle La vie…)

Avec votre franc-parler et votre ton provocateur, vous incarnez à merveille la révolte populaire et contestataire qui gronde actuellement dans le pays et rejette ce système construit par des élites pour des élites. Vous défiez également la bien-pensance et n’hésitez pas à affirmer : “Les gens qui nous gouvernent sont des bras cassés”. Cela vous a-t-il apporté quelques problèmes ?
Quand tu ne souffles pas dans le même sens que les autres, tu deviens vite une proie.
Quand tu ne fais partie d’aucune famille politique, tu as toutes les familles contre toi.
Ils se branlent entre eux et te disent que “ce n’est pas bien de faire comme ça”.
C’est la chasse au trublion ! Mais je resterai debout.

 

“Allez tous vous faire enculer”, comme le mentionne votre tee-shirt officiel : est-ce une menace ou une promesse ?
Ah ça, ça dépend des goûts ! (Sourire).
C’est le tout qui est intéressant, c’est sans pitié, c’est un message pour le reste de l’humanité. Une signification du ras-le-bol qui se généralise partout. Même mon cardiologue m’a dit il y a quelques jours en riant : “C’est tellement vrai”.
En haut on se gave comme jamais, des pantins sont payés 10 fois, 20 fois, 50 fois le SMIC pour assister à deux réunions par mois, dans des organismes obscurs et méconnus qui ne servent à rien, sinon à leur dégager un train de vie royal avec l’argent du contribuable.
On appauvrit les pauvres qui sont de plus en plus pauvres, alors que dans d’autres pays comme la Suède, les ministres se déplacent sans taxi et sans chauffeur. On doit ouvrir les yeux !
Ce tee-shirt, j’adore le mettre quand je vais aux impôts…

Le lâcher de salopes vous a valu quelques vives critiques de la part des ayatollahs du féminisme qui aujourd’hui semblent tenir le haut du pavé… Ces mêmes thématiques vous ont valu de vous brouiller dernièrement avec votre amie Muriel Robin. Avez-vous une réflexion sur cette déliquescence des relations humaines, et notamment celles entre hommes et femmes ?
C’est encore la dictature de la bien-pensance.
Contrairement à ce que l’on entend dans les grands médias, la grande majorité des femmes apprécient d’être abordées et draguées par les hommes dans la rue.
On va devenir bientôt comme aux États-Unis, où si tu demandes du feu à une femme, elle peut appeler les flics et déposer plainte pour harcèlement !
La France est devenue une réunion de copropriétaires. Sur l’échelle de la connerie, il n’y a rien au-dessus !
Ceux qui nous gouvernent sont incapables de prendre des décisions, ils deviennent tous cons, tout le monde empêche tout le monde d’accéder à une solution. C’est bien dommage.

Qu’est ce qui manque pour que nous allions mieux ? Que cessent la haine, la violence, et que nous puissions à nouveau respirer le bon vent de l’amour et de la liberté ?
J’ai bien peur qu’il nous faille passer par le chaos pour tout reconstruire sur nos ruines.
On a supprimé les privilèges en 1789, qui depuis ont été multipliés par 500. Dans notre époque moderne cela ne se passera plus avec des têtes promenées au bout d’une pique, mais je pense que l’on vit aujourd’hui quelque chose d’un peu similaire. Les riches sont de plus en plus riches mais de moins en moins nombreux, la flèche de la pyramide s’aiguise. Elle risque de se casser bientôt, comme celle de la cathédrale Notre-Dame de Paris.
Alors on recommencera une autre histoire, en faisant plus attention.