L’invité de la semaine : Jean-Luc Bozek

Rencontre avec un spécialiste du nouveau compteur Linky, actuellement en cours d'installation sur bon nombre de communes du département.

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Jean-Luc Bozek

Jean-Luc Bozek, vous organisez régulièrement des conférences portant sur les nouveaux compteurs électrique Linky, actuellement en cours de déploiement dans le Jura. Qu’abordez-vous comme principales problématiques ?
Contrairement à certains, je ne suis pas un anti-Linky primaire… J’ai fait quelques séries de conférence qui me permettent de prendre du recul et de ne pas être toujours dans l’émotion ou le débat politique passionné.
En fait, je regarde plutôt le problème à l’envers. Au lieu de me focaliser sur le compteur individuel, j’évoque surtout la plate forme numérique qui est en cours de constitution : le center data.
Qui va gérer ce traitement de nos données personnelles ? La filiale d’EDF ou d’ENEDIS qui va s’en emparer sera-t-elle soumise au droit de regard de la CNIL ? Même si ce service est externalisé sur le sol d’un autre pays, comme c’est déjà actuellement le cas pour bon nombre des services clients de la plupart des grandes entreprises française ? Il y a effectivement de quoi se questionner… Car pour l’instant nous n’avons aucune réponse officielle.

En quoi consiste votre rôle ?
Comme vous, à informer. Factuellement, objectivement, je démontre à travers des articles et des recoupements basés sur des rapports officiels (comme ceux de la Cour des comptes) que contrairement à ce qui se dit ou se lit, le compteur Linky n’est pas obligatoire, on peut le refuser…
L’article 5 des droits de l’Homme stipule que tout ce n’est pas expressément interdit est autorisé… Or, à ce jour, sauf erreur de ma part, aucun texte ne dit que c’est obligatoire !

A quoi est censé servir ce nouvel équipement ?
Officiellement, à une meilleur maîtrise de la consommation. Mais il faut comprendre que cela va surtout aligner nos tarifs sur les tarifs euro-saisonniers : avec des prix qui fluctuent, en fonction des évolutions du marché énergétique mondial.

Quel danger à cela ?
Déjà le principe d’imposer une obsolescence programmée à des compteurs qui fonctionnent… Je ne vois pas pourquoi on viendrait me changer un équipement qui fonctionne parfaitement bien !
Il y aurait aussi quelques soucis par rapport aux ondes et aux perturbations des appareils ménagers que cela génère. Le brouillage des télécommunication parfois également. On a dénombré beaucoup de problèmes, comme des surchauffes ou des cartes de chaudière qui brûlent… Or, les assurances rechignent souvent à prendre en charge ces incidents.

Vous confirmez que l’on peut vraiment refuser l’installation du compteur Linky ?
Le refus est envisagé en toute lettre par la Commission de régulation de l’énergie.
De plus, dans le cadre d’une installation individuelle, la loi de protection du domicile, empêche un tiers de pénétrer. On peut également barricader son compteur. On en a le droit… Sans oublier, un principe de bon sens : si vous n’ouvrez pas, personne ne peut accéder chez vous !
Évidemment, les sous-traitant mettent la pression pour faire du chiffre, ils disent que l’on va “payer plus cher dans les années à venir”, que l’on “sera facturé pour relever le compteur” mais ce n’est pas légal. En effet, le fournisseur doit vous proposer de faire de l’auto relevé, sinon c’est une clause abusive !
La composante comptage (comprise dans le contrat) coûte déjà 19,80 euros par an, elle est clairement mentionnée dans le Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Électricité.

Ce compteur serait pourtant, du moins Enedis le mentionne, une avancée vers la transition énergétique…
Vous savez bien qu’au sujet de la transition énergétique, beaucoup d’entreprises ne pensent qu’à faire du fric à très court terme.
Pour avancer dans le bon sens (collectif), il faudrait nationaliser certains filiales : biomasse, éolien, photovoltaïque, marémotrice… et se pencher sur de la recherche et du vrai développement durable, au service du citoyen, et non des grands groupes financiers.
Ce qui éviterait la captation de grandes entreprises sur des marchés publics, comme la privatisation des barrages qui s’annonce.
Avec une inévitable augmentation des prix, à la clé.

La réalité d’ENEDIS

Contactée par notre rédaction, ENEDIS a tenu à préciser :
“L’installation des compteurs électriques communicants fait suite au projet de modernisation du réseau électrique. Il nous faut en effet aujourd’hui, assurer le service public, avec l’anticipation de nouveaux usages, comme la recharge à domicile des véhicules électriques. C’est pourquoi nous avons besoin d’outils modernes pouvant assurer la pérennité et la continuité de l’alimentation, sans déséquilibres, ni coupures.
Concernant la possibilité de refuser le compteur Linky, c’est faux. Son déploiement est prévu par la loi qui l’impose à Enedis. La loi stipule aussi que nous devons avoir accès en permanence au compteur.
Quand on tombe sur une personne qui refuse, on essaye de voir les raisons qui le poussent à refuser. Alors on réexplique le pourquoi de notre intervention et généralement, il n’y pas de problème. Nous sommes toutefois tenus de respecter le droit à la propriété privée et d’avoir l’accord du client pour pénétrer chez lui.
Linky n’enregistre que les données de consommation. Elles sont cryptées comme pour l’armée ou les banques, et restent la propriété du client. Aucune donnée personnelle n’est collectée…
Enfin, si quelques dysfonctionnements ont pu être observés, c’est parce que Linky fonctionne sur une fréquence électrique réservée. Fréquence que ne doivent pas utiliser d’autres appareils quand ils sont fabriqués en conformité avec nos normes européennes. Mais ce n’est pas toujours le cas, notamment quant à certains objets de provenance asiatique. Voilà pourquoi parfois, les assurances ne remboursent pas…
A ce jour, dans le Jura, 51 500 compteurs ont été déployés sur un objectif de 158 00 foyers. Cette opération de remplacement va durer, par le biais de quatre prestataires privés, jusqu’en 2021.