L’invité de la semaine : Hervé Bellimaz

Entretien avec le nouveau président de France Nature Environnement Bourgogne Franche Comté.

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Hervé Bellimaz.

Hervé Bellimaz, vous venez récemment de prendre la présidence de la fédération régionale de France Nature Environnement. Commençons par le commencement… Résumez-nous brièvement en quoi consiste votre association ?
Notre association régionale est adhérente de France Nature Environnement : niveau national d’une ONG. Nous fédérons à notre tour des associations de protection de la nature et de l’environnement (APNE) réparties sur les 8 départements de Bourgogne Franche Comté, lesquelles fédèrent elles-mêmes des associations avec le même objet mais ayant un territoire de taille communale.
Elle comprend aussi des associations à thématique plus spécifique : vergers, eau…Nous fédérons ainsi des milliers de personnes. Notre réseau emploie
12 salariés. Notre efficacité résulte de la professionnalisation des salariés, du dévouement et de l’expertise des bénévoles et de nos habilitations à siéger et à intervenir dans des structures régionales dédiées à la qualité de l’air, de l’eau, de l’alimentation, des paysages, des sols, des équipements, de l’énergie, de la mobilité.

En cela, quelles orientations envisagez-vous prochainement ? Quelles actions locales sont à venir ?
L’orientation s’inscrit dans le perfectionnement sur trois axes.
1er axe : la biodiversité, avec un programme de plantation de haies, un déploiement d’une filière Végétal Local, une restauration et une initiation à la
pratique des arbres têtards, un suivi et une valorisation d’une espèce comme le castor. Nous avons un projet de colloque sur l’espèce.
2ème axe fort et professionnel : le débat public tel que la région l’a conçu depuis des années : mettre autour d’une table tous les tenants d’une problématique générant des conflits, interrogations, manque d’objectivité. Nous le faisons sur l’éolien (2018-2019)après l’avoir fait sur quotas laitiers, boues des STEP, méthanisation…
3ème axe : être présent dans les commissions ouvertes à nos habilitations pour faire entendre notre parole sur la nature, l’environnement, la santé, les paysages, le changement climatique, l’urbanisme avec cette idée : faire entendre nos avis en amont des décisions.

Le débat sur la transition écologique devient aujourd’hui incontournable…Une prise de conscience sur l’urgence à agir pour la sauvegarde de la planète est d’ailleurs en train d’émerger. Or, selon vous, pourquoi cela ne fonctionne pas avec la méthode actuellement employée par le gouvernement ? Est-ce la seule puissance des différents lobbys qui parasitent cette démarche écologique ?
Cela ne fonctionne pas parce que la transition énergétique ne peut pas aller sans transformation politique et sociale S’ajoute au lobbying, des résistances énormes structurelles et culturelles, et s’intriquent le national et l’international. Le débat a été contourné durant un siècle avec des effets énormes.
En 1918 on comprend« les civilisations sont mortelles », en 1970 on comprend le modèle mène à l’échec, en 2000 on comprend la catastrophe est
là : la vie est en cause. Pollution, énergie,CO², ressources limitées, innovations et leurs cortèges d’impacts. Que faire ?
Les Lobbys n’ont de capacités de nuire que dans un contexte porteur. Ce n’est pas la méthode du gouvernement qui est en cause, mais le mode de gouvernement et ses orientations. La transition énergétique est un élément d’une véritable transition systémique qui est alors transformante de la société pour un avenir possible.

D’aucuns (les climato-sceptiques), affirment que le réchauffement climatique n’est aucunement lié à l’activité humaine, mais qu’il résulte (études de spécialistes à l’appui) de tendances et d’évolutions cycliques de l’activité solaire… Que leur répondez-vous ?
Les réchauffements climatiques sont multifactoriels. Celui d’aujourd’hui n’est pas le premier. Mais
c’est le premier avec une composante anthropique avérée. La longue histoire de la terre est jalonnée de phases froides et chaudes. Y contribue
: la dérive des continents,l’activité du manteau terrestre,la variation de l’axe de la terre, l’activité des volcans, la biosphère, la physiologie et l’évolution
démographique des espèces, l’activité solaire, et sans doute d’autre facteurs. Depuis le néolithiqueon peut mesurer l’impact des activités humaines qui s’additionne aux autres facteurs avec déforestation, métallurgie, combustion, énergies fossiles. Même la composante bétail bovin et ovin
dans le réchauffement climatique est prouvée : ce sont bien les hommes qui en sont à l’origine. Pas les éruptions solaires !

Sujet très sensible, sur lequel la Chambre d’Agriculture du Jura refuse d’ailleurs de nous répondre précisément, la nocivité de l’utilisation des pesticides semble être aujourd’hui démontrée… Pour justifier la poursuite de ses usages, on évoque toujours l’absence d’autres alternatives et les impératifs de productivité face à une concurrence sans merci des autres pays européens. Mais il semble que de votre côté, vous possédez quelques solutions concrètes et immédiatement applicables… Quelles sont-elles ?
Les solutions sont à chercher avec tous. Les méthodes de l’agriculture biologique sont une partie des pistes de solution.
Cela concerne aussi bien le choix des variétés, les modes culturaux, la pratique des intrants, la préparation des sols et leur compréhension , les systèmes fourragers, les objectifs de production, la rémunération des produits, la régulation des marchés, la structure des « entreprises agricoles », la présence des haies, l’agro-foresterie, la définition des espaces agricoles en difficulté et leurs compensations. L’usage des pesticides est en lien avec toutes ces données qui au prime abord ne semblent rien à voir avec leur usage.
L’usage des pesticides est la conséquence d’une mauvaise compréhension de ce qu’est un milieu, un «terrain» et du décalage avec la structure du monde agricole en place.