L’invité de la semaine : François Lavrut

Lors de la dernière session  de la chambre d’agriculture, son président a dressé fin novembre le portrait d’une agriculture jurassienne en pleine évolution. Changements économiques, climatiques, normatifs : autant de challenges à relever pour que demain français et jurassiens trouvent encore (saine) pitance dans leurs assiettes.

0
180
François Lavrut estime que les actes politiques ne suivent pas les grands discours.

François Lavrut, petit flash back : comment s’est déroulé le confinement pour les agriculteurs du Jura ?
Malgré le contexte, l’agriculture jurassienne se sort plutôt bien de cette situation délicate, la production est restée constante, la logistique d’amont et d’aval a tenu et tient aujourd’hui. Un bémol cependant pour quelques professions telles que la viticulture, les centres équestres, les horticulteurs et quelques cas de producteurs qui approvisionnent la restauration collective et les restaurants, pour lesquels le confinement du printemps a été une catastrophe.

Les séismes sanitaires et les beaux discours passent, mais certains faits restent étrangement les mêmes. Trainez-vous aux pieds de nouveaux boulets normatifs qui vous empêchent d’avancer ?
Parfois nous avons du mal à comprendre pourquoi il nous faut produire, apporter des produits de qualité, être performants et compétitifs, tout en subissant des décisions qui vont à l’opposé des discours. Prenons l’exemple de l’arrêté cadre interdépartemental de la ressource en eau. Au nom d’une harmonisation régionale, on nous propose de prendre les contraintes les plus restrictives de chaque département comme socle de proposition, alors que le Jura a deux vallées alluviales avec des nappes qui varient très peu en niveau…

On pointe souvent l’agriculture du doigt lorsque les taux de nitrate croissent. Qu’en est-il réellement ?
J’ai des doutes sur le fait que ce soient uniquement des pollutions d’origine agricole. Les épisodes climatiques que nous vivons depuis quatre années n’ont-ils pas une incidence importante sur les résultats ? Moins il y a d’eau dans un cours d’eau, plus la concentration de nutriments est importante. Quel impact aura ce nouveau zonage sur l’élevage de notre département ? Avec l’obligation de mise aux normes, ne va-t-on pas voir l’arrêt de l’élevage sur certaines exploitations ? L’effet global serait dévastateur.

Quid des changements climatiques assez incroyables vécus depuis quatre ans ?
Le réchauffement et le dérèglement climatiques sont de plus en plus difficiles à prévoir et à anticiper malgré les efforts quotidiens de nos paysans. On a l’impression que malgré les efforts de la profession, le climat évolue plus vite que nous.

Alors que la filière lait à Comté se porte toujours bien (les fermes se vendant d’ailleurs des petites fortunes), qu’en est-il de la filière viande ? 80% des exploitations du Jura semblent dégager moins de 10.000 € par an !
Pour les éleveurs de vaches allaitantes, des fermes ne dégagent de revenus que par la décapitalisation (vente N.D.L.R.) de leur cheptel. Il y a effectivement là un vrai enjeu pour l’avenir de la profession.

Quelles actions récentes méritent d’être soulignées ?
Nous avons mis en place avec le Conseil départemental  une plateforme internet pour référencer les producteurs et les points de vente de produits locaux « j’veux du local ». Les vendeurs peuvent être référencés gratuitement. Il est personnalisé à chaque département et visible de toute la Bourgogne Franche-Comté. Nous accompagnons également les producteurs et les fruitières dans l’évolution du cahier des charges du Comté, dont un des axes principaux est la gestion des effluents et de la fertilisation par la mise en place d’un plan d’épandage et d’un plan de fumure.

Recueilli par Stéphane Hovaere.

A suivre : marché de Noël des producteurs locaux en extérieur, à la maison des agriculteurs, le vendredi 11 décembre de 13h30 à 19h. Les producteurs comptent sur vous !
Contact : 03 84 35 14 14.