L’invité de la semaine : Claude Bertrand

Le nouveau président du tribunal de commerce du Jura partage ses espoirs et ses projets à l’aube d’un mandat à haute responsabilité, en pleine pandémie économico-sanitaire.

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Claude Bertrand veut briser la glace pour être plus proche des entrepreneurs.

Claude Bertrand, quel est votre parcours professionnel (et au tribunal) ?
J’ai été élu à la présidence de la Juridiction commerciale du Jura en décembre dernier par mes pairs. Juge au tribunal de Commerce depuis 2014, j’en ai été le vice-président depuis 2017. J’ai fait ma carrière civile dans le Jura, d’abord dans une banque locale, puis à la tête de cabinets d’assurance, et j’ai cessé mon activité professionnelle il y a 2 ans. Tournées principalement vers les professionnels, ces deux expériences m’ont donné une bonne connaissance de l’économie locale.

Quels vont être les défis pour le tribunal de commerce en cette conjoncture si particulière ?
En 2021 le Tribunal de Commerce sera un  instrument pour anticiper la perte de nombre d’entreprises, il sera au centre d’enjeux essentiels. La crise économique que nous traversons nécessite de mettre les Tribunaux de Commerce au centre de l’action. Nous devons donc être le remède qui permettra d’en sauver le plus possible. Certes, les aides publiques ont fortement atténué l’impact de la crise sanitaire et ont même permis une diminution des défaillances. Mais qu’on ne s’y trompe pas, la perfusion des aides de l’Etat n’est que temporaire. Parmi les trois axes majeurs que je vais m’efforcer de mettre en œuvre, figurent : le développement des MARD (Modes Amiables de Règlement des Différents), la transformation numérique, et la prévention.

Pourquoi mettre autant l’accent sur la prévention ?
Il est vital que les chefs d’entreprises sachent que nous pouvons les accompagner en amont des difficultés. Nous sommes une ressource pour toutes les entreprises du Jura.
Notre rôle est certes de juger celles qui sont en faillite, mais également, d’accompagner  toutes les entreprises inquiètes, pour préserver au mieux le tissu économique jurassien. D’ailleurs, le Tribunal de Commerce lance des rencontres le mercredi matin de 10h à 12H en toute confidentialité : les Matinales de la Prévention.

Comment se porte actuellement l’économie du Jura à travers votre prisme ?
En France, notre économie se trouve confrontée à un risque de défaillances d’entreprises sans précèdent. Au niveau national, là où, en moyenne, chaque année entre 50 et 60.000 débiteurs font l’objet d’une procédure collective, ce sont des centaines de milliers qui s’y trouvent aujourd’hui exposés, et pas sur une période d’un an mais dans les quelques mois à venir. Pour le Jura, nous avons actuellement une baisse de 66% des demandes de procédures collectives (sauvegarde, redressement, liquidation) et une augmentation timides des demandes de prévention, ce qui ne reflète pas du tout la réalité.

Comment gérer au mieux cette période inédite ?
Les petites entreprises, les commerçants les artisans (mais aussi les indépendants, les agriculteurs, les associations qui dépendent en premier recours du tribunal judiciaire) n’ont généralement pas recours aux procédures amiables qui pourraient les protéger lorsque leur situation se dégrade. Ils ne bénéficient donc pas non plus -dans leur grande majorité- de l’accompagnement qui leur permettrait de redresser leur situation.
Il y a plusieurs raisons à cela : la méconnaissance de nos fonctions, le refus ou l’incapacité de se rendre compte de la réalité de leur situation, la crainte de l’échec qui fait assimiler le passage par le tribunal à la « faillite », la pléthore de dispositifs existants.

Quel serait votre mot de la fin ?
Nous ne sommes pas des coupeurs de tête, je souhaite démystifier le Tribunal ! Par ailleurs, un magistrat président de la juridiction commerciale du Jura n’est rien sans le soutien des quatorze juges qui l’accompagnent. Je rends hommage à ces femmes et ces hommes qui donnent de leur temps, de leur énergie et de leurs compétences pour aider au mieux ce territoire.

A suivre : «Les matinales de la prévention», chaque mercredi de 10h à 12 h (sans rendez-vous) au Tribunal de Commerce.
Contact : 03 84 24 44 76