L’invité de la semaine : Christophe Ferrand

Après cinq années de recherche, le Jurassien Christophe Ferrand et son équipe viennent de mettre au point un médicament « vivant » pour combattre la leucémie. Une première mondiale qui a de quoi nourrir de sérieuses espérances de guérison...

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Christophe Ferrand.

Christophe Ferrand, votre récente découverte d’un médicament capable de vaincre la leucémie (une première mondiale) prouve que les avancées de la recherche médicale sont aujourd’hui significatives. Cela dit, globalement, disposez-vous de moyens suffisants pour mener à bien votre mission ?
Jusqu’à maintenant, on les a eus. Notamment par l’établissement français du sang (EFS).
On a fait d’autres demandes, l’association Nausicaa nous a aidés aussi… Pour de la recherche in vitro, cela suffit. C’est maintenant, pour passer à l’échelle humaine (de la souris au patient) que cela risque de se compliquer, car les coûts ne sont pas les mêmes.
On doit parvenir à débloquer entre 2 et 4 millions d’euros, pour l’essai clinique de phase 1 qui sera réalisé avec une douzaine de patients.

Maintenant que votre découverte est accomplie, que vous manque-t-il pour appliquer cette thérapie aux nombreux patients souffrant de cette pathologie ?
Ce qui manque, c’est de poursuivre le travail sur d’autres types de leucémie. avec des rechutes fréquentes… Et de voir si l’on peut faire évoluer ce traitement à base de cellules vivantes vers une tumeur solide, telles que celles généralement localisées dans les poumons ou le pancréas.
Scientifiquement, vu les résultats, on est relativement confiant dans notre découverte.
On vit une véritable révolution thérapeutique : par le biais du système immunitaire, nous obtenons des résultats fulgurants grâce à ces immunothérapies…
Il y a peu, des cliniciens avaient encore des patients en phase 2 qu’ils ne pouvaient soigner. Aujourd’hui, ils sont guéris à près de 80 % !
Notre système immunitaire reste selon moi le médicament idéal, cela évite la toxicité de la chimiothérapie ou les rejets.

Comment expliquez-vous que la France, sixième puissance économique du monde, soit un pays si en retard dans les traitements innovants ?
De nos jours, la finance publique n’est plus en mesure de proposer de tels investissements.
On nous répond qu’il y a pas de sous, mais il n’y a pas non plus de volonté politique…
La seule alternative que je vois, serait celle d’un partenariat entre le public et le privé, ou avec des investisseurs, des mécènes. Sur ce point, nous sommes très en retard par rapport au développement de la recherche qui s’opère aujourd’hui en Chine ou aux États-Unis…
Malgré cela, une certaine prise de conscience s’observe aujourd’hui…
Le ministère a missionné l’Institut National du Cancer pour voir quels sont les besoins. Et que les patients puissent avoir accès à de nouvelles thérapies, même si elles sont très coûteuses…

Pensez-vous qu’un jour prochain, nous parviendrons à guérir d’un cancer comme d’une grippe ?
Tous les espoirs sont permis vu les progrès que l’on observe. Peut-être que dans 30 ou 40 ans, nous en arriverons là…
On note aujourd’hui des améliorations sensibles suite aux essais de vaccination, aux test anti-inflammatoires et à l’activation du système immunitaire.
D’ailleurs à ce sujet, je tiens à préciser que les campagnes anti-vaccination diligentées par certains membres du corps médical me font bondir. On a pas le droit d’affirmer qu’un vaccin peut être nocif et que “dans le doute, mieux vaut ne pas se faire vacciner”.
A entendre de pareilles énormités, Pasteur doit se retourner dans sa tombe !

Lien vers Nausicaa : http://www.nausicaa.asso.fr

Lien vers la cagnotte organisée par un groupement de patients : https://www.leetchi.com/c/contre-la-leucemie-aide-projet-efs-besancon?fbclid=IwAR2-poVL8uBGAI3WIPh5aw3g0J42GL7Jz7Zbu0J5eeh8LEyAHtPdzuliE9A