L’invité de la semaine : Cédric Fassenet

Le directeur des Scènes du Jura revient sur l'année fantôme qui s'achève enfin pour la culture. Avec cette fois l'espoir tangible que le théâtre revienne sur le devant de la scène. Rencontre.

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Le directeur des Scènes du Jura vient à la rencontre des jurassiens durant le mois de Juin via les "Pas de côté d'été".

Cédric Fassenet, comment vous présenter ?
Âgé de 47 ans, j’occupe différentes fonctions à Scènes du Jura depuis 2004 : administrateur, puis directeur adjoint, avant de prendre la succession de Virginie Boccard en 2019.

Comment avez-vous vécu cette année blanche -ou noire- pour cause de pandémie ?
La saison est partie en fumée, mais en tant que Scène Nationale nous avons eu la chance de pouvoir continuer à travailler. Scènes du Jura dispose d’un budget -stable-  d’environ 2,6 millions € par an, attribué en majeure partie par l’État. Ce qui a permis aux artistes de continuer à répéter, par exemple.

Quelle différence avec des théâtres privés !
Oui, le monde artistique a été fragilisé mais aussi tous les prestataires qui gravitent autour : les créateurs de décor, de son, de lumières, les loueurs de matériel dont certains ont le statut d’intermittents. Et quel théâtre privé peut se permettre d’ouvrir avec une jauge de 35 % ? (jauge en vigueur début juin N.D.L.R.)

Quelle est votre place dans le paysage culturel jurassien ?
Un TGV, on en a besoin dans chaque département mais on le regarde parfois passer. J’ai envie que les Scènes du Jura soient comme un TGV qui s’arrêterait dans les gares, et qui fonctionnerait en synergie avec des TER.  J’ai d’ailleurs rassemblé l’ensemble des acteurs culturels du Jura pour construire la programmation de la saison à venir.

Comprenez-vous certaines critiques, taxant Scènes du Jura d’élitisme, du fait de spectacles jugés hermétiques voir absconds pour le grand public ?
Nous ne sommes pas dans le divertissement, mais dans la proposition artistique. Nous essayons de surprendre nos spectateurs, et de les emmener vers quelque chose qu’ils ne connaissent pas.

Craignez-vous, à l’instar du cinéma, le syndrome Netflix, qui conduirait les jurassiens à rester devant leurs écrans ?
A la différence du cinéma, toute représentation d’un spectacle vivant est unique du fait des interactions avec  le public. Comme le sport, le théâtre permet encore de faire assemblée, ce qui nourrit l’espoir.

Comment avez-vous traversé cette année remplie d’incertitude et de déceptions ?
Nous avons pu reporter une vingtaine de spectacle de cette saison sur la suivante, qui en comprendra 55. Nous avons proposé à nos clients le choix entre être remboursé, bénéficier d’un report, ou faire un don. Mais beaucoup sont perdus et ne nous ont pas encore communiqué leur choix. Côté jauge, elle se monte à 65% depuis le 9 juin, avant de retrouver les 100% à partir du 30 juin.

Comment relancer votre dynamique et profiter de la liberté retrouvée ?
Nous avons lancé les « Pas de côté d’été » : un mois de festivités, de spectacles, de retrouvailles, des spectacles de rue partout et pour tous. Nous allons au devant des spectateurs sur les places de village, dans des cafés, sur des parkings, etc.  La billetterie aussi a fait son Pas de côté : pas de prix fixe. Les spectatrices et les spectateurs peuvent choisir librement le prix de leur billet entre 0€ et 15€. La nouveauté sur Dole viendra de la réouverture du théâtre à l’italienne, après 5 ans de restauration pour un budget de 8,5 millions €. Enfin la saison prochaine comprendra plusieurs têtes d’affiche, dont ‘Feu Chatterton’ et Philippe Torreton, ainsi que d’autres dévoilées prochainement

Propos recueillis par Stéphane Hovaere.