L’invité de la semaine : Benjamin Melot

Le motard jurassien décroche une belle 3e place au Dakar. Retour sur ce rallye raid éprouvant, couru cette année encore en Arabie Saoudite.

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Le jurassien est de nouveau monté sur la boîte, une belle régularité au plus haut niveau.

Benjamin Melot, comment qualifier ce 4e Dakar disputé en tant que pilote moto ?
J’ai le sentiment que cette édition en Arabie Saoudite était encore plus dure que celle disputée dans ce même pays l’an dernier (et où j’avais fini 2e de ma catégorie malle-moto). Une catégorie où je roule sans assistance, et où je suis non seulement pilote, mais aussi le seul mécanicien de ma KTM.

L’édition 2020 n’était pas de tout repos, comment faire plus dur en 2021 ?
La course s’est déroulée sur une boucle Djeddah-Djeddah longue de 7 646 km (dont 4 767 km de spéciale), avec douze étapes comportant davantage de pierres, de canyons et une vitesse moyenne moindre. Des paysages magnifiques avec d’immenses déserts, de grands canyons, des montagnes…

Êtes-vous satisfait de votre résultat ?
J’étais parti pour jouer la 1e place, mais le vainqueur de cette année (Arunas Gelazninkas) roulait vraiment bien. Je n’ai pas de regret, il était tout simplement meilleur que moi. La première semaine a été nécessaire pour me mettre en confiance sur ce terrain pierreux et piégeux.

Le motard a traversé des paysages aussi somptueux que piégeux.

Le Dakar a été de nouveau endeuillé par la mort d’un motard amateur, Pierre Cherpin. Avez-vous réduit les gaz en raison de faits de course ?
Cette année, un pilote avec qui je m’entrainais à Dubaï, Mohammed Jaffar, est tombé devant moi. Quand je suis arrivé, il était inconscient, j’ai bien cru qu’il était mort. Le temps que les secours arrivent, je suis resté à ses côtés, puis j’ai aidé à le mettre sous perfusion, à l’installer dans un matelas coquille, puis à le hisser dans l’hélicoptère. Cela me fait mal de voir des copains partir, j’ai un peu favorisé la sécurité et le fait de terminer en vie. La Dakar gagne aussi en sécurité, cette année nous portions pour la première fois des gilets airbag.

Quelle a été votre journée type ?
On se lève vers 3-4 heures du matin pour rejoindre les spéciales (parfois 150 à 200 km à accomplir avant de prendre le départ). En fait, chaque jour c’est comme si l’on partait de Lille pour une liaison menant jusqu’au nord de Paris, puis on attaque les spéciales par des petits chemins jusqu’au Jura, pour terminer le soir vers Lyon ! L’avantage cette année, c’est que nous découvrions les road book le matin, et non le soir après une journée harassante.

Comment avez-vous géré la fatigue ?
Il faut toujours être conscient de ce que l’on fait, et gérer sa fatigue. L’incident peut arriver très vite : je n’ai pas chuté cette année, mais je me suis fait de belles frayeurs. J’ai ainsi percuté de grosses pierres dans une partie rapide pendant que je jetais un œil au road book, et j’ai endommagé mes roues.

Benjamin Melot a porté les couleurs du Jura et de ses sponsors jusqu’au fin fond de l’Arabie Saoudite.

Quelle était l’ambiance sur ce Dakar, lui aussi placé sous le signe de la pandémie sanitaire ?
L’ambiance reste bon enfant, on se chambre un peu entre camarades, et on s’entraide dans la mesure du possible. Lors de mon jour de repos, j’ai du ouvrir le moteur pour intervenir sur une fuite, des mécanos de KTM m’ont donné leur avis. Et Toby Price (un des cadors du Dakar N.D.L.R.) m’a touché en déclarant lors d’une interview sur France Télévision à propos de la catégorie malle moto : “Des mecs comme Benjamin sont les gros durs du Dakar, ce n’est pas simple pour eux sans assistance. Franchement je les admire”.

Rêvez-vous déjà à un 5e Dakar l’an prochain ?
Si j’ai la possibilité de repartir, je pense que je le ferai. Le Dakar devrait se courir de nouveau dans les pays du Golfe, si c’était à Dubaï (là où je m’entraine), ce serait super. D’ici là, il me faudra changer de machine, car ma KTM 450 a déjà disputé plusieurs courses.

Recueilli par Stéphane Hovaere.