L’invité de la semaine : Antoine Coste

Rencontre avec un écrivain jurassien, à la plume aérienne, dont le dernier ouvrage "La solitude de Marcello", ne peut laisser indifférent...

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Antoine Coste.

Qui êtes-vous, quelle fut votre vie passée ?
Je suis natif de Grenoble, mais mes racines sont également du côté de la Bresse. Cela m’a sans doute conduit à m’installer à Saint-Amour. Nous sommes ensuite parti en Espagne, à Madrid, où j’ai été embauché à l’Ambassade de France, puis la « Casa de Velazquez », un organisme culturel, sur des postes à dominante administratives et financières. Nous sommes ensuite partis quatre ans en Nouvelle-Calédonie où je travaillais à l’université. De retour en France, je travaille actuellement à Oyonnax.
Je suis marié, trois grands enfants et mon épouse est institutrice dans l’Ain. Nous vivons à Saint-Amour dans cette maison que nous avons toujours conservé, malgré nos pérégrinations.

Pourquoi et comment l’écriture s’est-elle révélée à vous ?
Pourquoi est une question à laquelle je ne peux répondre ; ce que je sais c’est qu’une chanson de Jacques Brel, « les vieux » fut une sorte de déclic. J’avais douze ans, je crois. J’ai eu envie après l’avoir écouté, de faire quelque chose… Je m’en souviens très bien, je me revois devant une feuille de papier, essayant d’écrire quelque chose dans ma chambre. C’était un véritable besoin, comme on a besoin de boire ou de manger. Étonnant quand on y pense…

Pourquoi le choix de cette thématique de l’absence, de la disparition, de la fuite dans “La solitude de Marcello” ?
En général, je me laisse guider par des images, des sons, des odeurs, quelque chose de très instinctif, sans jamais penser à l’avance au thème que j’aimerais aborder. Celui-ci s’impose ensuite à moi peu à peu. Pour ce livre, j’avais juste en réalité l’envie de faire quelque chose de léger, mais aussi avec une histoire simple, douce et construite, avec un début, un milieu et une fin. L’idée d’un homme qui se lève un matin et s’en va, comme entraîné par une force venue de loin ou du plus profond de lui, s’est imposée à moi. Il me semble que mes lectures des romans de Simenon, où ce genre de personnages un peu énigmatiques sont assez présents, fut une source d’inspiration et pourtant je n’avais plus lu Simenon depuis des années ! La maturation d’une idée est une alchimie complexe, elle surgit – ou pas – presque en dehors de soi, me semble t-il.

Vous l’écrivez avec talent dans votre livre “Il est extrêmement rare qu’un être humain suive ses désirs les plus enfouis, les plus secrets, trop de millénaires derrière lui, trop de civilisations empilées les unes sur les autres, trop de codes, d’injonctions, de préceptes ont fini par faire de lui un être poli, façonné, s’intégrant parfaitement dans une société qui guidera ses pas, ses désirs, de sa naissance jusqu’à sa mort”. Selon vous, pourquoi et comment en est-on arrivé à ce reniement de nous-même ?
Répondre à la question : pourquoi ? encore une fois m’est difficile; ce que je ressens par contre c’est qu’en effet, nous, les occidentaux, vivons avec sur nos épaules un poids de civilisation considérable. Cela m’a frappé lorsque j’étais en Nouvelle-Calédonie. Les gens qui vivent là-bas sur les îles autour de Nouméa mènent une existence incroyablement libre. On se lève le matin sans savoir précisément de quoi sera faite sa journée. La maison est à deux pas de la mer; on plonge avec son harpon et dans les minutes qui suivent on ramène un magnifique poisson que l’on fait cuire sur un feu, accompagné de quelques patates douces ou autres légumes qui poussent presque tout seuls là-bas. Les jours s’écoulent semblables, tranquilles, il se dégage de tout ça une incroyable douceur, un sentiment que le temps n’existe plus, que tout fut toujours ainsi. Chez nous, au contraire, ce sentiment de temps est une notion centrale, cette idée illusoire au fond d’aller de l’avant etc… C’est pourquoi je parle d’empilement et, en comparaison avec ces lieux un peu magiques, cela m’a paru soudain comme un poids presque insoutenable à porter.
Non, faire autrement n’est pas possible. Nous sommes le fruit de notre environnement et l’on n’y échappe pas. Tout plaquer, fuir est presque impossible en réalité. Certains le font malgré tout, mais ils sont une minorité. Il semble toutefois qu’aujourd’hui un vaste mouvement soit en train de se dessiner, que les jeunes, certains jeunes, soient moins prisonniers de ce dictat imposé par une société de consommation destructrice à bien des égards. En même temps, on le voit bien, nous sommes tous attachés au maintien d’un certain confort très appréciable. Malgré cela, il est possible de changer de modèle, je pense, d’aller vers davantage de profondeur, de démêler ce qui est essentiel, de ce qui ne l’est pas. L’ambition, le « toujours gagner plus », qui au fond nous rend prisonniers, cet esprit de compétition permanent, a de moins en moins la faveur des jeunes. Il existe également dans nos sociétés une véritable quête de “sens” aujourd’hui. Cela passera t-il, comme disait Malraux, par un retour à la foi ou en tous les cas à une certaine forme de spiritualité ? Michel Onfray a dit dans l’un de ses ouvrages qu’aucune civilisation ne peut survivre sans spiritualité.

A la lumière de la subtile perception sociétale que vous possédez, quel regard portez-vous sur l’évolution de notre époque ?
Je viens de répondre à cette question finalement. Mais j’ajouterai sans grande originalité que nous sommes sans doute à un moment charnière. Vers quoi allons-nous ?
Encore une fois, ce que je ressens c’est un besoin de plus en plus important de vérité, de sens, d’une sorte de mise sur pause de nos sociétés devenues par certains côtés en proie à la démesure. L’homme commence enfin à se méfier à nouveau de lui-même après y avoir cru à l’excès. C’est un juste retour des choses. En effet toute la mythologie grecque par exemple n’est finalement qu’une sorte de mise en garde contre l’hubris, la démesure. A chaque fois que l’homme se mesure aux Dieux, qu’il se veut l’égal des Dieux, Zeus châtie furieusement ces fous inconscients. Il en va de même avec la civilisation chrétienne où, quoi qu’on en dise, la religion avait ce rôle également: une sorte de barrière à la folie des hommes.
Comment allons-nous franchir ce pas ? Je l’ignore. Je m’aperçois que nous sommes loin de mon roman, mais peu importe et pas tant que ça d’ailleurs. Tout le livre est un éloge à la simplicité, au retour à une vie tranquille.

Quel sera votre prochain ouvrage ?
Je travaille actuellement sur un recueil de nouvelles.
J’ai également commencé un roman où il est question d’un jeune garçon très riche mais délaissé par ses parents ; il vit en Amérique, du côté de Chicago dans les années cinquante, s’enfuit, se retrouve tout en bas, rencontre des personnages singuliers…
Encore une histoire de fuite finalement…

“La solitude de Marcello” est disponible directement sur le site (Fougues édition) au prix de 18 €