L’invité de la semaine : Alain Mortier

Ce devait être un temps fort du mois d’août dans le Jura : le festival Rock’n horses, près de Lons-le-Saunier avait programmé des têtes d’affiche énormissimes (Yannick Noah, les Négresses vertes…). Son créateur et organisateur tire néanmoins des plans sur la comète et évoque surtout le ‘monde d’après’ pour les festivals jurassiens.

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Alain Mortier, cavalier 'rock and roll' de la Jument Verte, espère que la crise sanitaire aura permis de normaliser l'inflation considérable des cachets artistiques. Crédit photo : La Jument verte.

Alain Mortier, en quoi le Rock’n horses est-il devenu un évènement incontournable de l’été culturel ?

Il réalise un mélange des genres à priori antinomiques : au tout début, il existait il y a une vingtaine d’années un concours international de poneys, présidé par Laurence Forestier (tragiquement  décédée à 50 ans). Tout s’est arrêté pendant 10 ans, puis j’ai relancé un concours 2 * de saut d’obstacle en 2014, mais avec ce concept unique au monde : mixer rock et équitation. Avec pour objectif un concours équestre 3* rassemblant à Courlans 120 cavaliers et 340 chevaux venus de 14 pays.

Comment se présente-il habituellement ?

Le festival de rock, à taille humaine, draine 2.000 à 3.000 spectateurs par jour, grâce à des têtes d’affiche incontournables, populaires, festives. Cette année, nous avions invité pour les vendredi 31 juillet et samedi 1er août Yannick Noah, Manu Lanvin, les Négresses vertes, etc. Avec pour accompagner leur rock alternatif, un groupe franc-comtois en première partie moins connu mais qui monte, qui monte : Gliz.

Quand avez-vous décidé de tirer un trait sur l’édition 2020 ?

Nous avons attendu le dernier moment, car la billetterie fonctionnait bien. On a encore vendu des places le 19 mars, soit trois jours après l’annonce officielle du confinement ! Mais notre fédération des sports équestres a ensuite annoncé l’annulation de tous les concours pour toute l’année 2020 (une annulation qui vient d’ailleurs d’être levée N.D.L.R.). Comment maintenir un festival de rock sans chevaux ? Et puis l’esprit Rock’n horses, ce ne sont pas des masques, du gel hydro-alcoolique partout, une distanciation physique, etc.

Y avez-vous laissé beaucoup de plumes ?

J’ai engagé des frais que je ne reverrai jamais, par exemple pour de la communication. J’ai 130 semi-remorques floqués aux couleurs de Rock’n Horses qui, aujourd’hui encore, tournent dans tout l’est de la France. Mais nous avons fédéré des entreprises jurassiennes innovantes et des collectivités locales…hormis toutefois la ville de Lons-le-Saunier. Depuis 15 ans, nos relations avec elle ne sont pas très bonnes, j’ose espérer que cela va changer pour nouer un vrai partenariat.

Quel pourrait être votre avenir ?

Nous travaillons déjà à l’édition 2021, avec la reconduction des Négresses Vertes, Manu Lanvin entre autres. Je suis aussi en contact avec des grands noms de la scène musicale française pour concocter une programmation d’enfer : Bernard Lavilliers, la famille Chedid, Paul Personne, Axel Bauer, etc.

Comment voyez-vous l’avenir des festivals musicaux dans le Jura ?

Les ‘petits’ festivals comme le nôtre me semblent plus pérennes et davantage dans l’ère du temps que les ‘gros’ (No Logo, festival de la Paille, etc.) en raison des contraintes sanitaires présentes et à venir. On n’est pas débarrassés de cette saleté de virus ! Et cela aura peut-être un effet bénéfique : les festivals à ‘gros budget’ ont participé à une inflation des cachets (parfois 100% de hausse). Pour un seul concert, il fallait aligner 80.000, 100.000, voire 120.000 € pour faire venir une tête d’affiche, ‘surfacturée’ par ses intermédiaires (producteurs, etc.). Une régulation est souhaitable…

Recueilli par Stéphane Hovaere.

Contact : www.rocknhorsescourlans.com

A suivre : 7e Rock’n horses, début août 2021. Tous les billets de l’édition 2020 ont été remboursés.