L’invité de la semaine : Alain Lechartier

Ils poussent, ils poussent les champignons ! Pour certaines espèces (cèpes, russules), on semble même être dans une année exceptionnelle. Le président de la Société Mycologique Jurassienne (SMJ) nous en dit plus et partage ses conseils ô combien avisés…

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Les conseils de la SMJ ont déjà sauvé nombre de cueilleurs d'une hospitalisation confie Alain Lechartier.

Alain Lechartier, comment présenter votre association et vous-même ?
Je suis président de la SMJ depuis 10 ans. Cette passion des champignons m’a été transmise par Auguste Roy, ancien président à qui j’ai succédé. L’association (qui compte 101 adhérents) permet de connaître la mycologie grâce à plusieurs sorties hebdomadaires sur le terrain (toute l’année et pas seulement en automne).
Notre premier combat demeure la prévention des intoxications, car il suffit d’un champignon pour rendre tout un panier toxique, ou pire. Nous proposons en plus trois formations théoriques gratuites chaque printemps à nos adhérents.

Quels sont les secteurs du Jura les plus propices et les perspectives automnales ?
Les sorties de la SMJ étant ouvertes à tous les adhérents, il n’y a pas de secret concernant les « taches » de champignons. Si la pluie est de la partie, les perspectives devraient être de bon augure. Des cèpes sont déjà arrivés avec deux fortes poussées (exceptionnelles), suivis de russules en masse.

Quels conseils donner aux néophytes ?
Utilisez un panier peu profond ou des cagettes aérées, surtout pas de sac plastique dans lequel les champignons s’écrasent et macèrent. Tous les champignons sont fragiles, et cette prolifération bactériologique peut les rendre impropres à la consommation. Cueillez les champignons dans leur intégralité à l’aide d’un couteau (de la base du pied au sommet du chapeau). Une volve d’amanite phalloïde (espèce mortelle) restée en terre peut avoir des conséquences tragiques avec la consommation d’autres espèces ressemblantes et comestibles. De plus, le pied du champignon peut receler les seuls indices distinguant une espèce toxique d’une espèce comestible. Chaque détail compte ! Enfin, s’il y a le moindre doute sur la comestibilité, il vaut mieux demander l’avis d’un pharmacien ou de la SMJ.

Avez-vous d’autres petits trucs à donner, que peu de personnes connaissent ?
Pour prévenir la maladie de Lyme, je pulvérise de l’eau de Cologne ambrée (type « Mont Saint-Michel ») sur tout le corps, et cela semble marcher mieux que des répulsifs qui sentent très mauvais. Enfin, des espèces très comestibles peuvent être mangées crues ou peu cuites. Mais pour beaucoup de champignons, (comme le bolet au pied rougissant par exemple), n’hésitez pas à bien les faire cuire : longtemps, à feu doux, en les remuant souvent pour qu’ils soient cuits à cœur. Et sans mettre de couvercle pour permettre aux éventuelles toxines thermolabiles de s’évaporer !

Où en est la pousse des fameux lactaires sanguins ?
A l’heure actuelle, (autour du 10 septembre, N.D.L.R.), la pousse de ces lactaires reste faible par manque de précipitations. Les cueilleurs clandestins ramassent principalement les lactaires de couleur saumon et le lactaire de l’épicéa, au goût très fort, qui sont consommés dans le sud en salades ou en préparations vinaigrées. La SMJ n’a pas eu de confrontation avec ces personnes, mais a quelquefois rencontré des dépôts sauvages prouvant leur passage.

A suivre : Salon des champignons les 12 et 13 octobre au Puits salé à Lons le Saunier.
Sorties tous les jeudis et vendredis après-midi depuis Lons.
Contact : 06 07 55 39 58.

Propos recueillis par Stéphane Hovaere