Liberté d’expressions

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Gérard Bouvier

En ces temps troublés deux expressions familières ont fleuri en abondance sous les lambris dorés du pouvoir et sur les rond-points jaunis de nos campagnes. Tandis que le gilet jaune prenait de l’avance sur le forsythia, la campenotte1 et le cramaillot2, deux expressions essaimaient sans tendresse : « cette fois, c’est la fin des haricots ! », et « on n’est pas sorti de l’auberge ! ».

Ces expressions font le désespoir des étudiants étrangers d’Erasmus qui craignent ne jamais maitriser la subtilité de notre langue.

Au XVIIIème siècle, la fin des haricots signifiait sur nos navires en mer vers de lointains comptoirs qu’on avait épuisé les réserves de légumes et de fruits frais, et qu’on touchait le fond du saloir. Ne restait qu’un sac de légumineuses déjà bien entamé : les haricots blancs.

Vous pouvez lire : les zaricots puisque ce n’est que plus tard que Vaugelas et l’Académie ont imposé l’élision qui oblige au « h aspiré », en plus d’avaler ces fadasses et pétulantiels flageolets.

Ainsi la fin des zaricots annonçait la famine. Et si le marin ne voyait pas au plus vite les côtes c’est bientôt les siennes qu’on verrait.

Sortir de l’auberge, en Ardèche au début du XIXème siècle, ne coulait pas de source. Un cabaretier et sa gargotière s’étaient spécialisés dans le saucissonnage de leurs hôtes qu’ils dépeçaient nuitamment avec le tranchant de la jeunesse et un couteau du même métal. L’histoire effrayante a duré 20 ans et a longtemps défrayé la chronique.

Souhaitons ne pas arriver à la conviction que « les carottes sont cuites ».

  1. Campenotte : jonquille 2- Cramaillot : pissenlit