L’Hôtel-Dieu de Lons le Saunier de 1745 à nos jours

L’Hôtel-Dieu de Lons le Saunier est le monument le plus remarqué et remarquable de la ville. Cet ensemble est en grande partie à rénover. Un projet de musée initié par l’ancienne municipalité a été remis en cause par la nouvelle qui a engagé une nouvelle étude. Cette réflexion pourrait durer tout au long de la mandature. Il nous a paru intéressant de retracer les grands moments de cette institution qui a forgé en partie l’histoire de la ville. Détails.

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L'Hôtel-Dieu.

Le premier hôpital dont les archives de Lons le Saunier ont gardé la mémoire était situé rue du commerce. On l’appelait « Hôpital des Arcades » ou « Hôpital du St Esprit ». Les premières traces remontent au 14ème siècle. Cet hôpital fut détruit en 1536 par un gigantesque incendie. Lons connut un autre grand incendie en 1567 qui détruisit une grande partie de la ville.
1734 est une date importante dans l’histoire des hôpitaux de Lons le Saunier puisqu’elle marque le début de la construction de l’Hôtel-Dieu. L’hôtel-Dieu a été construit sur le modèle du grand hôpital St Jacques de Besançon. La première pierre fut posée le premier septembre 1735. Sa construction dura 10 ans, ce qui est relativement court.

Une partie de l’apothicairerie.

Un bâtiment resté tel que jusqu’en 1830


L’hôpital s’est confronté tout au long de son histoire, comme aujourd’hui d’ailleurs au manque de place. Le 28 juillet 1830, la première pierre de l’aile nord fut déposée, les travaux durèrent neuf ans. Le nombre de lits est donc porté à 94 dont 45 pour les militaires. On peut noter qu’à cette époque, on érigea une statue de Bichat. Elle fut récupérée par les Allemands en 1944 avec les métaux non ferreux.
La troisième aile qui donna sa forme définitive au bâtiment fut terminée en 1868. Cela permit l’installation supplémentaire de 15 lits, d’une seconde chapelle et d’un dépôt mortuaire. Il est à noter que ce sont des dons privés qui finançaient en grande partie la construction des bâtiments.

Le grand salon.

La pharmacie de l’Hôtel-Dieu


Une des curiosités qui restent de nos jours est bien sur la pharmacie de l’Hôtel-Dieu qui vit le jour en 1697. Cette première pharmacie, tout en boiseries, placards et rayonnages existe encore actuellement. Il s’agit du petit salon ou officine de l’apothicairerie. Actuellement, elle se compose de trois pièces, le grand salon, l’officine et le laboratoire.
Le grand salon est la salle la plus spacieuse et somptueuse. Elle contient une collection de pots à pharmacie de toute beauté. C’est dans cette salle que les religieuses chargées de l’apothicairerie vendaient aux riches et donnaient aux pauvres les remèdes qu’elles préparaient.
Jusqu’en 1988, la pharmacie moderne était installée en partie dans les locaux de l’apothicairerie. Cette cohabitation n’était pas sans poser quelques problèmes, puisque les touristes se présentaient par groupes entiers dans ces locaux.

La chapelle.

L’arrivée des sœurs hospitalières

C’est le 07 décembre 1689 que les deux premières sœurs hospitalières arrivent à Lons le Saunier, donc avant la construction de l’Hôtel-Dieu. Avant cette date, les soins étaient assurés par des hommes et des femmes de la ville, non qualifiés, mal rétribués et en nombre insuffisant. L’arrivée de ces sœurs fit beaucoup de bien et « professionnalisa » quelque peu les soins. Au nombre de deux à leur début, elles passèrent à sept en 1712. Elles étaient guidé dans leur travail par un médecin, un chirurgien et un apothicaire.
Jusqu’en 1789, on ne note pas de changement majeur dans le statu de ces sœurs, mais cela changea lorsqu’on exigea d’elles qu’elles prêtent serment de fidélité à la Constitution Civil du Clergé. Les sœurs ont toujours refusé, si bien que le 29 janvier 1794, elles furent remplacées par des journalières au nombre de huit. Si, elles avaient prêté serment, elles n’avaient aucunes compétences particulières, et la qualité des soins en pâtirent. Devant l’état déplorable dans lequel les infirmières avaient mis l’’hôpital, le conseil d’administration rappela les sœurs qui acceptèrent de revenir sous certaines conditions.

Le self de l’hôpital.

Vocation de l’Hôtel-Dieu

L’Hôtel-Dieu, comme tous les hôpitaux antérieurs à lui, n’était pas comme on les appelait à l’époque un Hôpital Général. Ceux-ci avaient été créé pour « loger, enfermer et nourrir les pauvres, mendiants et invalides natifs des lieus, ainsi que les enfants orphelins ou nés de mendiants ». Ces Hôpitaux étaient en quelque sorte des prisons pour mendiants. L’Hôtel-Dieu était quant à lui un lieu où on soignait les malades.
Le règlement stipule que le malade ne sera reçu qu’en vertu d’un ordre écrit du maire de la ville : « S’il y a une place vacante et avec certificat d’un médecin attestant que le malade n’est ni contagieux ou incurable« . Le médecin et le chirurgien visitent les malades tous les jours dans la matinée à heure fixe et convenable. Ils prescrivent les remèdes que les sœurs infirmières étaient chargées d’administrer.

Une partie de la charpente.

Le chirurgien opérait au milieu de la salle des malades en costume de ville

Les moyens médicaux en usage jusqu’au milieu du XIX siècle étaient très modestes. La médecine n’en était qu’à ses balbutiements. Les soins donnés par les sœurs et le personnel médical consistaient en une nourriture suffisante, un toit, un lit et l’administration de quelques potions et tisanes empruntées davantage à la superstition qu’à la science médicale. Jusqu’à la révolution, le médecin venait à l’hôpital uniquement par charité, il en retirait cependant un grand prestige social dont il tirait avantage dans son cabinet privé.
Concernant la chirurgie, l’histoire de Lons le Saunier se calque sur celle de l’ensemble des hôpitaux de France. L’absence de salle d’opération obligeait le chirurgien à opérer au milieu de la salle des malades. Si le malade ne décédait pas d’un choc hémorragique, l’antisepsie et l’asepsie n’existant pas, l’infection venait à bout de nombre d’opérés. Les interventions se faisaient sans anesthésie avec un matériel rudimentaire. A Lons le saunier, c’est en 1897 qu’une salle d’opération put être aménagée grâce au don de 10 000 francs d’une certaine dame Trouillot.

Un herbier de l’apothicairerie

L’établissement d’une maternité en 1855 soulève d’âpres controverses

Le 20 janvier 1855, à une lettre du Préfet demandant au nom du Ministre de l’Intérieur la création d’un service d’accouchements, la commission administrative répondit que les services et les locaux ne permettaient pas l’organisation d’une maternité. Il fallait soit construire une nouvelle aile, mais l’hospice ne peut supporter une pareille dépense, soit renvoyer les malades ordinaires, ce qui serait contraire à sa vocation et pourrait entrainer des réclamations motivées.
Finalement, quelques temps plus tard, sur l’instance du Ministre de l’Intérieur, le premier service de maternité fut créé avec deux lits réservés pour les femmes en couche.

Le cloître.

Les enfants assistés et les prémices de la pédiatrie

Pendant longtemps, l’Hôtel-Dieu servit d’hospice aux enfants assistés du Jura, enfants trouvés, abandonnés, orphelins et secourus temporairement. Avant 1897, il n’y avait pas de salle réservée aux enfants. Entre deux placements, ils se retrouvaient à la rue. Ce n’est qu’à cette date que fut construit un pavillon spécial dédié aux enfants assistés. En 1952 , on trouvait encore sur les registres cinq enfants trouvés ou abandonnés entretenus par l’hôpital.
Après le départ du service de santé militaire c’est en 1951 que fut créé un service de pédiatrie. Il compta jusqu’à 32 lits en 1960.

Le dôme de la; chapelle.

Le monument historique le plus remarqué de la ville

Le Centre Hospitalier Général de Lons le Saunier a un certain nombre de particularités qui le rendent intéressant. D’une part, il a gardé son unité au centre de la ville. L’Hôtel de Ville ayant été construit à la même époque (1734 ), ces deux bâtiments forment un ensemble cohérent. L’Hôtel-Dieu avec ses grilles et son cloître est le monument historique le plus remarqué de la ville.
D’autre part, son évolution a été assez particulière. Alors que l’institution hospitalière s’est développée de manière exponentielle avec très souvent un départ du centre ville à la périphérie, celui de Lons est resté longtemps traditionnel et rural. Ce n’est que tardivement que se sont posées à lui les nécessités de rénovation et d’expansion. Les moyens de cette mise à jour lui ont été fournis par l’arrivée d’un nouveau directeur en 1976. Rénovation et expansion qui se poursuivent jusqu’à nos jours.

Mes remerciements vont au docteur Gilles Mougin qui a produit une thèse : « Histoire de l’hôpital de Lons le Saunier des origines à nos jours : 14ème-20ème siècle », dont je me suis avec, sa permission, largement inspiré.

Jean-Marc Fouqueau