Les vignes du Jura attisent certaines convoitises

Selon la Confédération paysanne, le prix du foncier croît et pourrait dénaturer la filière.

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Le vignoble jurassien se vendrait désormais davantage via des parts sociales. Photo illustration Stéphane Hovaere.

178.000 € à l’hectare : après une vente aux enchères de vignes à Arbois, un autre domaine viticole bio dans le sud Revermont a été vendu « dans des ordres de prix très élevés » selon Steeve Gormally, porte parole de la Confédération Paysanne du Jura. Le syndicat agricole observe avec une certaine inquiétude cette évolution, liée à davantage d’opacité sur les transactions. « Au lieu de vendre des vignes, on vend des parts sociales » de sociétés ayant pour objet l’exploitation de ces dernières.
Or « le fait de détenir ou d’exploiter du foncier via la possession de parts sociales, anonymise la propriété ou l’exploitation de la terre, un moyen très opportun pour pratiquer l’accaparement de terre, sans se faire contrôler par les outils fonciers actuels : contrôle de la propriété par les SAFER, contrôle du droit d’usage par le Préfet » souligne le syndicat agricole.
Ainsi, le vaste domaine Rollet à Arbois (65 ha) avait été vendu via un montage sociétaire et « appartiendrait aujourd’hui selon les informations dont je dispose à un grand groupe hôtelier parisien » confie Steeve Gormally.
D’après lui, d’autres exemples pourraient suivre, car « les vignobles bourguignons sont devenus inaccessibles », et ceux du Jura, moins chers, sont devenus un terrain de spéculation plus intéressant. Outre les investisseurs bourguignons, ils attiseraient l’appétit de jurassiens fortunés ; « on entend aussi parler de Russes ou d’Indiens » confie Steeve Gormally qui craint que le renchérissement du foncier viticole fasse tache d’huile sur d’autres pans de l’agriculture jurassienne.
Les aléas climatiques (gels tardifs) restent toutefois en embuscade, et limitent la prospective sur ces évolutions du vignoble jurassien.