Les routes vers les stations de ski pavées d’embûches

Le dernier conseil communautaire Champagnole Nozeroy Jura (CNJ) s’est résolument tourné vers l’avenir avec ses espoirs -autonomie énergétique assurée par une nouvelle filière bois déchiqueté- et ses embûches (dessertes routières du haut-Jura). Décryptage.

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Une future plateforme de stockage élégante, aérienne…et en bois scolyté du Jura. La preuve que ce bois attaqué par des insectes conserve toutes ses qualités intrinsèques... Crédit : De Bagatelle Architecture.

« Que feront les dijonnais demain : aller skier à Métabief en toute tranquillité, ou venir dans le haut-Jura par des routes à vocation départementale ? ». Clément Pernot a poussé un coup de gueule à l’occasion de l’examen du SRADDET (schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires). Un acronyme barbare visant à un certain équilibre entre les territoires…et tout le contraire en réalité pour le Jura. D’après le président de CNJ, l’axe Dijon-Lausanne serait favorisé sur Besançon, où des gros travaux ont été ou seront entrepris sur la RN 57 (côte des Mercureaux, doublement du pont sur le Doubs à Beure…). C’est après Besançon que les choses se corseront, car si l’axe Besançon-Poligny-Haut-Jura venait à être délaissé, « le Jura et ses stations de ski seraient mis en difficulté » a alerté Clément Pernot. L’élu local a également incité à voter contre ce SRADDET qui prévoit dans sa règle n°3 « une zéro artificialisation nette à l’horizon 2050 ». En d’autres termes, « si on veut développer une zone d’activité de 4 ou 5 ha, il faudra rendre (à la nature N.D.L.R.) 4 ou 5 ha ». Inacceptable pour le président, étant donné que CNJ ne possède pas de friches de cette taille. Le conseil communautaire a donc rejeté ce SRADDET en l’état, d’autant plus que ce document serait opposable aux élus.

La filière bois déchiqueté prend forme

Une structure élégante, aérienne…et en bois scolyté du Jura : la filière bois déchiqueté prend (belle) forme sur la zone d’activités qui sera située à Montrond. Selon la CNJ, cette nouvelle filière créée de toutes pièces n’aura que des gagnants : à commencer par les communes forestières, terriblement impactées par des insectes ravageurs (scolytes). Selon Claude Giraud, vice-président de CNJ, les épicéas ne sont pas seuls à dépérir : « sur le plateau, des frênes sont malades et des hêtres commencent à souffrir ». Selon la CNJ, les bois jugés de moindre valeur arriveront sur la plateforme de Montrond pour y être broyés par une déchiqueteuse mobile avant d’y être entreposés 4 ou 5 mois pour séchage naturel. L’aire de séchage, abritée par une toiture métallo-textile, pourra abriter 3.500 tonnes de bois déchiqueté, pour un budget de 1,729 million €. « J’ose espérer que nous serons soutenus par les pouvoirs publics » a glissé le président de CNJ, car de gros investissements seront nécessaires en aval. Cette matière première aura en effet vocation à alimenter de grosses chaudières bois réparties à travers le territoire (avec création d’emplois associés). Ce qui permettrait à terme à CNJ de gagner son autonomie énergétique, d’autant plus précieuse que les énergies fossiles flamberont… Outre le chauffage de nombreux bâtiments (écoles voire logements sur Censeau ; centre nautique, collège, salles municipales voire logements OPH à Champagnole), Clément Pernot envisage aussi à terme de « vendre cette chaleur ‘verte’ plutôt que de la plaquette de bois sèche ». Preuve de l’ambition du projet : le conseil communautaire gérera la plateforme de stockage via la création d’une société publique locale (SPL), à travers « un projet juridique clair et cohérent » a ajouté Pierre Brégand, vice-président de CNJ.

Les restos du cœur et la banque alimentaire logés à titre gratuit

Le conseil communautaire a voté un bail gratuit pour héberger les Restos du cœur et la Banque alimentaire sur la nouvelle plateforme qu’elle a acheté et rénovée (1,02 million € investis répartis à 40% Etat, 40% Département et 20% CNJ) rue Alexandre Volta. Des conditions optimales pour encourager leurs actions caritatives à vocation départementale.