Les pompiers volontaires sont menacés

La DETT (directive européenne du temps de travail) a été initiée en 2003. Les gouvernements français successifs ont toujours écarté sa transposition car elle conduirait à assimiler les pompiers volontaires à des travailleurs.

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64e Congrès départemental des pompiers du Jura

Les pompiers du Jura se sont retrouvés, samedi 30 mars, à Domblans, pour leur traditionnel Congrès départemental. Après le chapitre des satisfactions, Philippe Huguenet, président de l’Union départementale des sapeurs-pompiers du Jura, a soulevé quelques points qui posent questions et sur lesquels il souhaite que les pompiers s’attellent de manière collective.

 

Le 64e Congrès départemental des pompiers du Jura s’est déroulé samedi à Domblans.

 

Valoriser les employeurs

Philippe Huguenet a tout d’abord montré du doigt le peu d’imagination sur le sujet des employeurs de sapeurs-pompiers, qu’ils soient publics ou privés.
« Nous ne pourrons pas échapper à une valorisation significative des employeurs libérant les volontaires, et pour cela, il faut passer par des avantages financiers comme par exemple des exonérations de charges sociales », a-t-il martelé.

Autre gros sujet d’inquiétude pour la corporation : la DETT, autrement dit la directive européenne du temps de travail. Le problème n’est pas nouveau. Il a été initié en 2003, mais il n’est pas réglé malgré les interpellations récurrentes de la fédération depuis cette date.
« Pire encore, nos élites nous expliquent qu’en transposant cette directive, elle n’aura que très peu d’impact sur le volontariat car on pourrait exploiter des dérogations, précise Philippe Huguenet. Ceci est totalement faux. Nous serons très impactés et ainsi notre système de sécurité civile sera mis à mal. Pour preuve, les gouvernements successifs depuis 2003 ont toujours écarté cette hypothèse car elle conduirait à assimiler les pompiers volontaires à des travailleurs. »

Une menace désormais palpable…

Cette « épine irritative » a été remise sur le devant de la scène de façon spectaculaire par la Cour de justice de l’union européenne (CJUE) en février 2018. Devant statuer sur un contentieux opposant un sapeur-pompier volontaire nommé Matzak à la commune belge de Nivelles, à propos de la rémunération de son service d’astreinte, la Cour de travail de Bruxelles a décidé de s’interroger sur l’applicabilité de la DETT sur sa situation.

Pour ce faire, elle a saisi la CJUE, qui a fini par conclure que les sapeurs-pompiers volontaires sont assimilables à des « travailleurs ». Un arrêt qui a eu l’effet d’un séisme chez les sapeurs-pompiers. Car si aucune procédure de mise en demeure n’a été engagée contre la France jusqu’à aujourd’hui pour non-conformité avec la DETT, la menace est désormais palpable.

« Les élections européennes tombent à point nommé pour interpeller les différentes têtes de listes sur le sujet et nous devons construire une directive spécifique aux services de secours », conclut Philippe Huguenet.

L’accroissement du secours à personne

Il ajoute encore à cette menace, et pour toute la communauté sapeurs-pompiers, l’accroissement effréné des missions, entre autres pour le secours à personne. Le sujet n’est pas nouveau, mais l’activité continue d’augmenter sans cesse. Plusieurs pistes d’améliorations et d’expérimentations sont à l’étude pour le Jura.

Face à ces nombreux sujets, les pompiers ont redit toute leur détermination pour trouver les solutions.

 

LES POMPIERS APPELÉS A SE MOBILISER

Le président de l’Union départementale des sapeurs-pompiers du Jura note une baisse du nombre d’adhérents au niveau des membres actifs au sein de l’association. C’est 57 sapeurs-pompiers de moins.
Autre sujet d’inquiétude, le turn over des dirigeants d’amicale. Certes, ce n’est pas une exclusivité jurassienne, mais ceci fragilise le système et même dans certains cas peut interférer dans le fonctionnement des centres de secours. Sur ce sujet, Philippe Huguenet annonce qu’il va poursuivre les soirées de formation et d’information à destination des présidents et des chefs de centre.

DES JURASSIENS FORMÉS

Les actions de formation de l’Union auprès du grand public restent une activité majeure. En 2018, c’est encore 1 410 Jurassien.ne.s qui ont suivi l’offre de formation secourisme, allant de la sensibilisation aux gestes qui sauvent au secours en équipe de niveau 2, en passant par le PSC1, le SST ou le BNSSA.
Sur ce sujet, il y a sans aucun doute encore une marge de progression car il y a encore beaucoup de concitoyens à former ou à sensibiliser dans ce domaine pour atteindre l’objet de 80 % de Français formés.
Quant aux dispositifs prévisionnels de secours, pour leur deuxième année d’existence, la demande est très forte. 40 prestations ont été effectuées en 2018.