Les pêcheurs au pied du mur climatique

Face au dérèglement climatique et à « la fin d’une époque », la gaule régionale Champagnolaise (G.R.C.) doit faire face à d’immenses défis. Et s’adapter ou tarir, comme les rivières en été…

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Comme leur président Pascal Grenier, les pêcheurs de l’Ain connaissent leur chance.

« Nous sommes à la fin d’une époque » : en marge de l’assemblée générale de la GRC -qui s’est tenue le 3 février à l’Oppidum de Champagnole- Pascal Grenier, son président, a essayé d’enclencher une prise de conscience générale. En cause, le dérèglement climatique croissant, qui année après année lamine le potentiel halieutique du Jura, particulièrement en rivières de première catégorie. « Les truites meurent au-delà de 24-25°C » a rappelé Pascal Grenier, or ce seuil fatidique a été franchi dans la majorité des rivières jurassiennes l’été dernier (dans celles où l’eau coulait encore). Une véritable hécatombe, peu visible mais que la fédération de pêche du Jura résume ainsi : « Il n’y a plus de truites dans le Jura, hormis entre Sirod et Crotenay !».
Face à constat d’une gravité extrême, le président Grenier et son bureau ont envisagé toutes les solutions possibles : depuis « ne rien faire et ne rien changer » jusqu’à « on ferme la pêche », en passant par « on propose un no-kill général sur l’ensemble de nos parcours».

Vers un parcours « no-kill » de 10 à 15 km ?

Pour l’année 2020 (car ces modifications nécessitent un arrêté préfectoral qui tombe chaque année en janvier), l’assemblée a envisagé les mesures suivantes : 1 truite par jour, et/ou un quota annuel avec pêche (avec des bagues, un peu comme les chasseurs), et/ou une maille « flottante » (par exemple entre 28 et 32 cm, au choix du pêcheur). L’assemblée (rassemblant 53 adhérents) a également réfléchi sur l’extension du parcours no-kill actuel (situé au Goux Charpeau) jusqu’à l’AAPPMA de Crotenay (déjà en no-kill). Soit un linéaire considérable de 10 à 15 km où tous les poissons seraient remis à l’eau, mais Pascal Grenier souligne que « le no-kill serait peut-être un des seuls moyens de sanctuariser nos parcours qui restent sauvegardés ».
Si la GRC reste l’une des rares AAPPMA (association agréée de pêche et de protection des milieux aquatiques) du Jura encore préservée alors que l’état des rivières et des lacs est jugé par tous comme « catastrophique », un second écueil l’attend à l’ouverture de la truite. Combien seront-ils en effet au bord de l’Ain le 9 mars à l’aube ? Un afflux massif de pêcheurs venus de tout le Jura pourrait décimer les rangs des truites survivantes. Une chose est sûre : « la pêche de demain ne sera plus celle d’hier » a conclu Pascal Grenier, à qui l’assemblée a donné pouvoir pour fermer ou réouvrir la pêche rapidement en cas d’aléas climatiques majeurs.

En chiffres

La GRC gère 47 kilomètres de superbes parcours de 1ere catégorie. En 2018, les cartes annuelles majeurs (+2%) et mineurs (+5%) ont très bien résisté. Mais canicule et sécheresse interminables ont eu raison des cartes à durée limitée, davantage météosensibles, comme les cartes journalières (-11 %). Les cartes « découverte mineur » ont également plongé (-13 %), mais elles représentaient un faible pourcentage des recettes. Les finances qui ont toujours été saines devront désormais se passer du trésorier historique de l’association. Après 50 ans de bons et loyaux services, Michel Billet a en effet raccroché. Un symbole aussi pour la GRC qui à presque 120 ans, devra se réinventer pour réinventer la pêche de demain. Le tarif des cartes restera inchangé, à 97 € pour la carte fédérale majeure (35,50 € pour la carte fédérale mineur). Les cartes sociétaires seront vendues 75 € (majeur) et seulement 15,50 € (mineur).