Éditorial

Les passages du temps

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En cette période de mi-janvier, qui voit toutes ces similaires cérémonies de vœux, guindées et conformistes, se multiplier un peu partout, je voudrais, vraiment du fond du cœur, souhaiter “du temps” à tous ceux qui déplorent ne pas en posséder lorsque l’on les sollicite, mais sont les premiers à en dilapider beaucoup (car de manière répétée), dans ce genre de manifestations.

Dans tous ces rassemblements, artificiels et impersonnels, qui au final, n’apportent rien de bien concret pour notre ordinaire, sinon de s’embrumer l’esprit gratuitement. La première heure, de discours policés et soporifiques, puis le reste de la soirée, de divers breuvages plus ou moins locaux, d’une qualité devenue, au fil du temps, souvent médiocre.

Encore du temps donc, du bon temps surtout, pour tous ceux dont l’essentiel objectif professionnel (parfois personnel également, ce qui est encore plus grave), consiste à en subir le passage : à attendre que s’égraine le sablier, que progresse la trotteuse, que la roue tourne, en somme.

Histoire de pouvoir enfin, le soir venu, retrouver leur petit monde et offrir leur si précieux temps “de cerveau disponible”, au petit écran ou à leur smartphone.

A propos de ce déplorable cloisonnement de l’esprit, je me dois par ailleurs, d’adresser une pensée particulière à certains salariés des services clients d’opérateurs de téléphonie, de sites marchands, ou de fournisseur d’accès à internet, qui lorsqu’ils sont pris en défaut, n’ont d’autre issue que de mentir, de raccrocher, voire d’insulter les appelants qu’ils réceptionnent. Que de temps perdu !

Également à certains personnels administratifs qui se permettent de sortir de leur réserve, livrant leur “leçon de choses” au public qu’ils ont en charge de gérer (alors qu’on ne leur demande rien), mais sont incapables de fonctionner comme il se doit de manière efficiente, autonome et économiquement viable. Il serait temps de changer.

Tout comme aux différents guichetiers stoïques, qui demeurent d’un calme olympien, alors que 27 personnes sont en attente devant eux… Le temps s’étire, parfois.

Pour tout dire, j’admire cette faculté qu’ils ont, ces “drôle de gens”, d’occulter si aisément l’impatience, le stress, la légitime tension du public nécessiteux à qui ils ont à faire. De se dédouaner de leur manque d’implication personnelle au sujet des carences, dysfonctionnements ou anomalies, conséquentes à leurs agissements.

Je l’avoue sans peine. J’envie ce flegme qui les habite, qui érige leurs certitudes, qui œuvre à cette imperméable indifférence qu’ils renvoient face à l’exaspération grandissante de leurs interlocuteurs.

Oui, j’envie leur suprême bonheur, de se trouver tout à fait à l’aise, à leur juste place, en rentrant dans le rang où pas une seule tête ne dépasse. Mais puisque c’est ainsi qu’il faut être, pour gravir les échelons de la pyramide…

Nous y voilà ! Voilà précisément pourquoi on ne peut pas bouger d’un centimètre la trajectoire du paquebot système, et qu’au vu des importants ressentiments que cela provoque, ils sont désormais de plus en plus nombreux à envisager l’abordage.

On les aura prévenu : 2019 risque fort de tanguer dangereusement…