Les lactaires : une mise au point indispensable de la société de mycologie et des amis de la nature de la ville et du canton d’Arbois

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Communiqué

Ce que l’on appelle communément « champignon », que l’on voit sortir du sol dans nos forêts, est en réalité l’organe reproducteur du « mycélium ».

Le mycélium est constitué de longs filaments présents en permanence dans le sol. Ce mycélium se nourrit par absorption directe des éléments minéraux dans le sol et il les transmet aux racines des arbres, avec lesquelles il vit en symbiose en profitant également des nutriments que les arbres lui apportent. Ils sont donc totalement complémentaires.

Rappelons ce qui est un leitmotiv chez tous les mycologues : « pas de forêts pas de champignons, pas de champignons pas de forêts ».

Le mycélium, présent toute l’année, finirait par s’épuiser s’il n’avait pas la possibilité de se régénérer, c’est pourquoi une fructification apparait à certains moments propices de l’année en produisant des « champignons », dont le rôle essentiel est, arrivés à maturité, de laisser tomber dans le sol un nombre très important de spores, organismes microscopiques, qui viennent le régénérer.

Il est donc indispensable de laisser sur le terrain un nombre suffisant de « champignons » mûrs pour produire des spores. Le ramassage intensif des champignons, principalement quand ils sont jeunes, va empêcher une production suffisante de spores, donc un appauvrissement du mycélium, voire, à terme sa disparition. Par conséquence les arbres ne reçoivent plus les nutriments nécessaires, ils se fragilisent, deviennent moins résistants aux maladies et finissent par disparaitre.

Bien sur, ces actions, qui se produisent sur un temps long, ne sont pas spectaculaires sur le moment, mais à l’heure où l’on a le souci de préserver la nature et notre environnement, il est indispensable de penser notre avenir à long terme et ne pas faire n’importe quoi parce que l’on a une méconnaissance du processus de la symbiose entre les champignons et la forêt, alors qu’il suffit de s’adresser aux spécialistes que sont les mycologues pour en être informé et prendre alors les décisions, dont on aura un jour à se justifier.

La très mauvaise « bonne idée » qu’ont eue certains de proposer un ramassage intensif légal pour empêcher le même ramassage intensif illégal est une aberration, car l’un n’empêchera pas l’autre. De même, comment faire ramasser correctement des champignons par des personnes qui ne sauront pas faire la différence entre un lactarius salmonicolor et un lactarius deterrimus, parce qu’on leur a fournir une simple photo de ces champignons, de plus on leur a dit de couper le pied à ras du sol, c’est encore une erreur grotesque, car il faut  au contraire prélever un champignon avec la totalité de son pied, sinon le morceau du pied resté dans le sol va pourrir en détruisant le mycélium.

Il faudrait également arrêter de parler des lactaires, comme s’il n’y avait qu’une seule espèce, alors que l’on en a déjà dénombré 112 différents en Franche Comté et 70, rien que sur le secteur d’Arbois, ensuite on précise qu’il s’agit des lactaires « sanguins », ces espèces ne poussent pas dans nos forêts de sapins et d’épicéa, mais seulement sous les pins, il y a donc tromperie.

A l’heure où certains crient au scandale parce que l’on détruit la forêt amazonienne ou parce qu’on la laisse bruler, les mêmes n’hésitent pas, par méconnaissance, à sacrifier les forêts de leur environnement.

Certains décideurs ont donc cru, sans doute de bonne foi, que les lactaires salmonicolor et deterrimus que l’on ne consomme pas dans nos régions, parce qu’ils sont très amers, pouvaient être utilement ramassés puisqu’on ne privait personne de leur consommation, comme on ferait des pommes restées sur le pommier que personne ne vient cueillir, sauf que les champignons ne sont pas des pommes et qu’ils doivent finir leur cycle de vie sur place pour régénérer le mycélium.

Il est également honteux d’appâter le public avec des promesses lucratives exagérées, qui seront certainement sous payées, parce que la marchandise ne sera pas assez fraiche ou ne correspondra pas aux critères de récolte, alors qu’un nombre important de champignons aura été inutilement ramassé. Sans compter la cohue dans certaines forêts et les rivalités entre ramasseurs.

Pourquoi les communautés de communes, qui ne sont propriétaires d’aucune forêt, se sont-elles engagées dans la promotion et l’encouragement du ramassage de ces champignons, en y investissant, sans doute, des moyens, alors qu’elles ont bien d’autres choses à faire, d’autant plus que les revenus de ces ramassages intensifs vont enrichir des entreprises extérieures à leurs propres territoires.

Autre chose à considérer, aujourd’hui les lactaires sont visés, demain ces entreprises auront des vues sur d’autres espèces et nos forêts risquent de devenir des « usines » à produire des champignons, « jusqu’à épuisement ».

Soyons donc responsables et gardons les véritables cueillettes écologiques des champignons en les limitant, comme il est prévu par les autorisations actuelles, à 2 kilos par jour et par personne, ces prélèvements sont assez limités pour ne pas affecter la régénération du mycélium. A la suite de quoi, il appartiendra à la puissance publique de trouver les moyens nécessaires pour exercer un contrôle efficace et suffisamment répressif sur tous les contrevenants, qu’ils viennent d’ici ou d’ailleurs, pour stopper le pillage organisé de nos forêts.

Le président

Pierre BEIRNAERT