Les invités de la semaine : Jean-Michel Montassier et Henri Poncet

A l'issue de leur assemblée générale s'étant déroulée ce lundi, les bénévoles de Solidarité Paysans du Jura expliquent les difficultés du monde agricole et reviennent sur le salon de l’Agriculture. Un salon où l’acteur Guillaume Canet les a mis en lumière.

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Jean-Michel Montassier et Henri Poncet assurent le "SOS" agriculteurs.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Henri Poncet : J’ai été en Gaec avec mes frères sur Grozon. Nous produisions du lait standard et un peu de céréales. Aujourd’hui, à 70 ans, je suis en retraite. Je me suis engagé comme bénévole dans  l’association Solidarité Paysans Jura il y a 6 ans.

Jean Michel Montassier : Je suis un ancien technicien agricole ayant travaillé auprès des agriculteurs pendant plus de 30 ans. J’ai 68 ans et je suis bénévole à l’association Solidarité Paysans du Jura depuis 10 ans.

Quelles sont les principales missions de Solidarité Paysans dans le Jura ?

JMM : Notre mission auprès des agriculteurs en difficulté consiste à les accompagner, à les soutenir, à les défendre dans leurs droits, à les aider dans leurs démarches administratives et comptables. Par exemple, nous cherchons des solutions auprès des créanciers en leur proposant des échéanciers. Notre présence auprès des agriculteurs facilite les choses pour rétablir le contact et les liens de confiance avec les fournisseurs, les banques, l’administration ou la MSA.

HP : La première chose  consiste à gagner la confiance en étant à  l’écoute des personnes, toujours dans un climat de respect et de confidentialité. En effet, les personnes que nous accompagnons ont souvent perdu leur confiance en elles, et ont parfois des problèmes de santé, de surmenage, de stress, dû à la lourdeur des problèmes qui les oppressent. N’oublions jamais qu’une bonne situation peut vite se dégrader, suite à un incendie  sur la ferme, un accident de la vie, ou un contrôle administratif  qui se passe mal par exemple.

Comment se portent les agriculteurs du Jura ?

HP : On a la chance  dans le Jura d’avoir une production de comté qui marche bien malgré quelques accidents liés au climat. Mais n’oublions pas qu’il y a d’autres productions qui souffrent : la viande bovine et ovine notamment, et parfois les productions végétales  et la vigne qui sont aléatoires selon la conjoncture économique et le climat incertain (sécheresse ou gel de printemps). En 2018, je pense que le revenu a chuté à cause de la sécheresse qui a pénalisé les rendements -tant en foins qu’en céréales- et avec pour grave conséquence une dégradation des trésoreries.

JMM : N’oublions pas aussi que depuis trois ans la suppression des quotas laitiers  a provoqué la chute des cours en lait standard et a fragilisé la filière.

Pourquoi les paysans n’arrivent t-ils pas à s’en sortir, malgré certaines subventions ?

HP : Les productions agricoles restent des monnaies d’échange par rapport aux gros contrats industriels et militaires. Par la politique agricole commune (PAC) les agriculteurs se sont fait déposséder de la destination de leurs productions. Majoritairement les agriculteurs préféreraient avoir un prix juste et rémunérateur et ne pas toucher de primes. La solution économique, c’est la déconnexion avec les prix mondiaux, les circuits courts et la production biologique locale permettent par exemple des prix plus justes.

JMM : Je pense que c’est inadmissible que les aliments soient soumis au diktat de la mondialisation. Des échanges à l’intérieur d’un même continent suffiraient à créer un marché suffisamment ouvert et libéralisé. Cela créerait moins de pauvreté et diminuerait la pollution lié au transport des marchandises.

Comment s’est passé le salon de l’agriculture 2019 à Paris ?

HP : A notre grande surprise, le salon de l’agriculture a été une formidable caisse de résonance pour notre cause. Et nous remercions l’acteur Guillaume Canet de nous soutenir  (après son tournage dans le formidable film « l’Honneur de la Terre », NDLR). Aujourd’hui certains médias reconnaissent nos actions auprès des agriculteurs. Le fait déclencheur a été la révélation des chiffres sur le suicide : un tous les deux jours. Heureusement, ils sont rares dans le Jura.

JMM : Nous avons la chance d’être mieux écoutés et reconnus par le Ministre de l’Agriculture. La Chaîne de magasin Biocoop va aussi nous soutenir par l’action de l’arrondi en caisse : une opportunité de générosité  en faisant un micro-don  à l’arrondi supérieur.  Nous avons besoins du soutien de tous (y compris de nouveaux bénévoles) : les besoins sont tellement grands..

Contact : 03 84 24 95 11