Les invités de la semaine : Gérard Aymonier et Guy Forest

L’association ‘Solidarité paysans Jura’ vient en aide aux agriculteurs jurassiens en difficulté. Une mission qui nécessite tact et persévérance lorsqu’endettement ou isolement sévissent dans nos campagnes.

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Guy Forest (à g.) et Gérard Aymonier, des paysans au service des paysans.

Gérard Aymonier, quel a été votre parcours avant de devenir président de Solidarité paysans Jura ?
G.A. J’étais exploitant d’une ferme de lait à Comté à Marnoz depuis 1963. J’ai également été président de la coopérative de Marnoz-Salins et président des coopératives du Jura pendant plusieurs décennies. Je suis désormais retraité et âgé de 73 ans.

Et vous Guy Forest, avant de devenir vice-président ?
G.F. J’ai exercé pendant 40 ans en GAEC dans une ferme de lait à Comté. J’ai également exercé des fonctions syndicales entre autres, un engagement poussé au service du collectif. J’ai 74 ans et suis originaire de Saint-Agnès.

Quelle est votre raison d’être ?
G.A. Nous accompagnons les paysans en difficulté, sans juger et sans prendre de décisions à leur place. Quelles solutions trouver ? Voici notre rôle, mais nous n’intervenons que si le bénéficiaire fait la démarche de nous appeler.

Le Jura semble plutôt une terre d’excellence grâce à la filière du lait à Comté ; où se situent donc les écueils ?
G.A L’élément visible réside dans une situation économique dégradée, des défauts de paiement (parfois supérieurs à 50.000 €) ou un endettement excessif (matériel agricole), etc.
G.F. Certains exploitants ont vécu sous la coupe de leurs parents, d’autres n’ont pas osé refuser de reprendre l’exploitation familiale. D’aucuns se retrouvent dépassés lorsque les parents malades ou disparus ne peuvent plus aider…

Les difficultés proviennent-elles également de process administratifs abscons ?
Une déclaration pour les subventions européennes prend 3 jours et se fait entièrement par voie numérique ! Le travail est devenu moins physique que naguère, mais comporte davantage de tracas. Par exemple, tout doit être traçable dans une exploitation : l’identification des bêtes depuis leur naissance, les soins médicaux, l’utilisation et les stocks de produits phytosanitaires, etc…
Les démarches administratives représentent au moins 25% du temps de travail d’un agriculteur.

Quels sont vos atouts ?
G.F. Nous apportons un regard extérieur et gratuit, et des conseils à ceux qui ont la tête dans le guidon. Nos interventions sont reconnues même par les juges ou les services sociaux, car nous n’avons aucun intérêt personnel. Nous essayons aussi de redonner confiance à ceux qui l’ont perdue. Si personne n’avait cru en moi, je ne serais moi-même jamais devenu paysan !

Et vos résultats ?
G.A. En 2019, nous sommes intervenus auprès de 134 bénéficiaires et nous sauvons globalement près de 70% des bénéficiaires, pour qu’ils puissent poursuivre leur exploitation jusqu’à leur retraite.
G.F. Si on n’avait pas été là, on aurait peut-être eu des suicides. J’ai le souvenir du long suivi d’un agriculteur qui m’appelait lorsque cela n’allait pas : je quittais tout et 45 minutes plus tard j’étais chez lui. Nous discutions aussi souvent des heures au téléphone. Un jour, il m’a appelé pour dire « Je vais bien, et toi ? », une belle journée…

Comment fonctionnez-vous ?
Nous employons trois salariées très compétentes : ce sont elles qui nouent les prises de contact, qui se déroulent parfois dans les larmes…
Notre réseau est tissé également de 46 bénévoles répartis sur le Jura. Nous avons intégré une dizaine de nouveaux, mais il existe toujours des lacunes dans la Petite montagne et dans le haut-Jura, des manques de femmes aussi car nous intervenons en binômes…

Contact : Solidarités paysans
Tel : 03 84 24 95 11
www.solidaritepaysans.org