Jura. Dole. Les défenseurs de la laïcité s’organisent

Samedi dernier, Christian Eyschen, vice-président de la Fédération nationale de la Libre Pensée (FNLP) et porte-parole de l’Association Internationale des Libres Penseurs, est intervenu, devant une cinquantaine de personnes à la Commanderie. Organisée par la section de Dole de la Libre Pensée, cette conférence, dédiée à la loi de 1905, fut appelée par plusieurs organisations. La laïcité (de nouveau) menacée ? Explications de l’invité.

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En début de mois, Christian Eyschen, vice-président de la Fédération nationale de la Libre Pensée (FNLP) et porte-parole de l’Association Internationale des Libres Penseurs, est intervenu, devant une cinquantaine de personnes à la Commanderie.

 

« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi », précise l’article 10 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789. Rapidement, « en 1795, la Convention a décidé la première séparation des Églises et de l’État. Cette séparation s’est concrétisée par la séparation des budgets des cultes », précise Christian Eyschen.

Quelques années plus tard, en 1801, Bonaparte établit le Concordat permettant d’organiser les relations entre les religions et l’État. La loi de séparation des Églises et de l’État mit fin à ce régime concordataire le 9 décembre 1905. Néanmoins, l’Alsace et la Moselle étant sous domination allemande à cette date – puisque ayant été imputés à la France à l’issue de la guerre franco-prussienne (1870-1871) – le Concordat ne fut pas aboli dans ces territoires. Si bien qu’il y est encore appliqué.

En 1882, dans le cadre des lois Jules Ferry, l’enseignement public devint laïque. Quatre ans plus tard, par la loi Goblet, afin de permettre l’enseignement public laïque, le personnel dut également être laïque.

La loi de 1905

Le 9 décembre 1905, la loi est adoptée avec 44 articles. Les articles premier et deuxième de celle-ci indiquent que, « la République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes […]. La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l’État, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes ».

Le 25 décembre 1942, le maréchal Pétain permit aux associations cultuelles de défiscaliser les dons et les legs. Christian Eyschen alerte alors en affirmant que « Pétain a fait ça, sans modifier l’article 1 et 2 de la loi de 1905. Il a vidé la loi de 1905 de son véritable contenu ».

En 1960, des centaines de milliers d’individus se rassemblèrent pour s’opposer à la loi Debré (1959). Celle-ci souhaitait institutionnaliser « le financement public des écoles privées dans le cadre de contrats simples ou d’associations », d’après la FNLP. Soixante ans plus tard, la Libre Pensée propose un rassemblement du mouvement laïque afin de défendre la loi de 1905.

Prévenir pour mieux guérir

Christian Eyschen l’affirme : « la loi de 1905 est très menacée ». C’est pourquoi, Jean-Pierre, un visiteur, est venu assister à cette conférence : « être ici me paraît essentiel. J’ai l’impression que ce sont des choses qui se perdent un peu ».

Et pour cause, le 9 avril 2018, Emmanuel Macron dévoilait « vouloir réparer le lien entre l’Église et l’État ». Un an plus tard, en mars 2019, il annonçait : « ma vision est claire, c’est 1905 et rien que 1905 ». Une réponse qui ne satisfit pas la Libre Pensée. De ce fait, un courrier fut envoyé le lendemain au chef de l’État. Depuis, aucune réponse…

Pour l’anniversaire de la loi, le 9 décembre 2019, la Ligue des Droits de l’Homme, la Ligue de l’Enseignement et la Libre Pensée rendirent public un appel signé par 53 associations, partis politiques et syndicats pour réaffirmer leur volonté de défendre les conclusions de 1905.

« Nous sommes en situation d’attente sur la question de la laïcité. Le président de la République a fait un certain nombre d’avance l’an dernier. On est dans une sorte de veillée d’armes » explique le vice-président de la FNLP.

De la question du voile aux crèches, la laïcité anime de nombreux débats, chacun interprétant le texte de 1905 selon ses propres codes.