Les containers trop chers rebattent les cartes des relocalisations

La pénurie et le renchérissement des transports maritimes depuis l'Asie ces derniers mois pourraient inciter certains secteurs stratégiques à migrer en Europe.

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Depuis plusieurs mois, le SFCI (indice des prix spot du fret maritime par conteneurs depuis Shanghai) s’est envolé. A tel point qu’en quelques mois, le coût du transport maritime depuis le premier port du monde a été multiplié par trois, quatre, cinq à minima. Une flambée qui change un peu la donne dans l’échiquier mondial des échanges de biens…
En particulier pour les produits de faible valeur, sur lesquels il est difficile de répercuter cette hausse.
Certes la moitié du marché était structurée par des contrats long terme, moins sensibles aux aléas, mais tout contrat a une fin et doit être renégocié… Les tarifs pratiqués ne sont d’ailleurs pas la seule épine dans la chaussure des importateurs français et européen.
Face à une explosion de la demande, les délais ont eux aussi connu une inflation : « Nous estimons que le rallongement des temps de livraison pourrait coûter 1,2 point de croissance au PIB de la zone euro en 2021 » a ainsi précisé dans un communiqué Euler Hermes, société d’assurance-crédit française.
Malgré des tarifs prohibitifs, la qualité de services était jugée assez médiocre, avec des retards de plusieurs jours s’ajoutant aux quatre, voire huit semaines de transit.

La relocalisation en Europe de l’Est ou en France de nouveau envisagée

Mais que faire face à la concentration du transport maritime : une dizaine d’armateurs détiennent désormais 90% du marché mondial. Et la demande de certains biens a explosé : prisonniers de leurs domiciles, beaucoup de français ont changé leurs habitudes de consommation : davantage de meubles, de high-tech et de biens achetés sur internet (provenant souvent de l’Empire du milieu).
Au final, tout cela a donné des idées à certains grands importateurs. Disposer de fournisseurs fiables et plus proches a suscité un regain d’intérêt, d’autant plus que la responsabilité sociale et environnementale gagne des points. Certes la « première usine du monde » garde son monopole, mais la pandémie économico-sanitaire a permis de rebattre les cartes et de réaliser à quel point la France est devenue accro et donc dépendante de la Chine.
Pour prendre un exemple concret, le surcoût sur une chaise de bureau à 100€ pouvant atteindre 10€, les fournisseurs d’Europe de l’Est (Pologne, Bulgarie, Roumanie, etc) deviennent compétitifs grâce à leur faible coût du travail, et à leur faible pression fiscale. Un espoir aussi pour l’économie française, qui pourrait revenir dans la course en accélérerant certaines évolutions, comme la robotisation.
Ceci ne sera certes pas le cas des productions massives nécessitant énormément de main d’œuvre, mais certains secteurs stratégiques pourraient changer de cap, comme les pièces automobiles, les composants électro­niques, les équipements télécoms, etc…sans oublier la santé.
Un milliard d’euros est consacré par la France à les encourager grâce au plan de relance destiné à surmonter la pandémie. En parallèle le transport maritime se réorganise et une normalisation des prix et des délais devrait se dessiner au fil des mois. Mais les tarifs ne devraient pas revenir à leur état initiaux estiment les spécialistes de la logistique…

Stéphane Hovaere