Les Compagnons de la Libération du Jura

Fondé par le général de Gaulle en 1941, l’Ordre de la Libération honore 1038 destins qui n’ont pas plié après la débâcle de 1940. Parmi eux, neuf Jurassiens et une Jurassienne.

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La croix de l’Ordre de la Libération. Sa devise latine dit : « En servant la patrie, il a remporté la victoire ». Photos : Ordre de la Libération.


La croix de l’Ordre de la Libération. Sa devise latine dit : « En servant la patrie, il a remporté la victoire ». Photos : Ordre de la Libération. [/caption]Liés au Jura, il sont dix a accéder à la dignité de Compagnon de la Libération. En fait, c’est plutôt leur dignité qui leur a donné le droit d’épingler le ruban vert et noir, deuxième distinction nationale après la Légion d’honneur. Ce sont des destins, des vies que des romanciers n’auraient pu inventer pour leurs personnages.
L’Ordre de la Libération a été créé en janvier 1941 par le généra de Gaulle. Il compte 1 038 titulaires dont cinq communes et 18 unités combattantes. Le dernier des Compagnons de la Libération sera inhumé au Mont Valérien près de Paris. En juillet dernier, Henri Germain était le dernier Compagnon de la Libération en vie.
Voici donc brièvement présenté ces dix personnalités. En élargissant à la Franche-Comté, ils sont 43 Compagnons de la Libération a avoir un lien avec la province, auxquels s’ajoutent les douze Compagnons tués lors des combats entre Lure et Belfort de l’automne 1944.

Antoine Béthouart

Photo : Ordre de la Libération

-Fait Compagnon de la Libération le 7 juillet 1945.
-Né à Dole en 1889, décédé à Paris en 1982.
Condisciple de Charles de Gaulle et d’Alphonse Juin à Saint-Cyr, Antoine Béthouart commande le corps expéditionnaire qui intervient à Narvik au printemps 1940. A Londres en juin, il ne rejoint pas le général de Gaulle mais permet à ce dernier de s’adresser à ses troupes, un millier de légionnaires se rallieront. En poste au Maroc, il participe clandestinement à la préparation du débarquement américain de novembre 1942 en Afrique du Nord, ce qui lui vaut d’être arrêté par les autorités obstinément fidèles à Pétain. Il prend ensuite vite des responsabilités au sein de la nouvelle armée française. Antoine Béthouart commande le corps d’armée qui débloque la situation sur le front des Vosges, en Alsace puis entre en Allemagne jusqu’en Autriche où il est nommé haut-commissaire. Après sa carrière militaire, il entame une carrière parlementaire. Antoine Béthouart a raconté ces épisodes dans un livre de souvenirs : Cinq années d’espérance, mémoires de guerre 1939-1945 (Plon, 1968).

Paul Buffet-Beauregard

Photo : Ordre de la Libération

-Fait Compagnon de la Libération le 30 novembre 1944.
-Né en 1914 à Publy, décédé en 1990 à Strasbourg. Inhumé à Soucia.
En juin 1940, Paul Buffet cherche d’abord à rallier Londres, sans succès, il est même arrêté. Il entre dans la Résistance. Dans la région lyonnaise, ce spécialiste des transmissions organise des réseaux d’écoutes téléphoniques des lignes allemandes, participe à l’équipement de maquis, de service de santé. Il prend le nom de Paul Beauregard. Arrêté en 1943 à Toulon, transféré à Lyon, torturé, il parvient à s’échapper. Il finit par rejoindre Londres où il intègre le BCRA et termine la guerre avec le grade de lieutenant-colonel. Après la guerre, il entame une brillante carrière d’industriel dans des entreprises qui participent notamment au programme nucléaire.

Roger Gardet

Photo : Ordre de la Libération

-Fait Compagnon de la Libération le 23 juin 1943.
-Né en 1900 à Epinal, décédé en 1989 à Fréjus. Inhumé à Chevigny.
Né dans une famille aux origines jurassienne, militaire de carrière, il se retrouve au Cameroun en juin 1940 et rejoint le camp gaulliste. Roger Gardet intègre la mythique Première division française libre (DFL) et combat en Afrique du Nord, puis en Italie et en France après le débarquement de Provence. Il s’illustre au sein de la deuxième brigade de la DFL, et finit par en prendre le commandement. Il poursuit sa carrière après la guerre et termine général de corps d’armée. Il est rappelé en 1962 pour présider la cour militaire de justice chargée de juger les membres de l’OAS.

André Henry

Photo : Ordre de la Libération

-Fait Compagnon de la Libération le 13 mai 1941.
-Né en 1903 à Fraisans, décédé en septembre 1940 à Londres.
En septembre 1939, André Henry est dessinateur industriel à Arras. Il est mobilisé dans le génie. Le sergent Henry se signale lors de combats dans le secteur de Valenciennes. Il se retrouve dans la poche de Dunkerque pour gagner l’Angleterre. Grièvement blessé à l’occasion d’un bombardement, il est évacué vers Londres. Quoique mutilé, il choisit de s’engager dans la France Libre. Sa biographie sur le site de l’Ordre de la libération précise : « Il entraîne avec lui de nombreuses recrues. Il fait ensuite de nouvelles adhésions notamment lors de ses nombreuses visites à White City ». Dans la soirée du 9 septembre 1940, en revenant de son travail, le sergent André Henry est tué à Londres, aux environs de Hyde Park, au cours d’un bombardement aérien. Il est inhumé au Brookwood Cemetery en Angleterre.

Edgard de Larminat

Photo : Ordre de la Libération

-Fait Compagnon de la Libération le 1er août 1941 .
-Né en 1895 à Alès, décédé en 1962 à Paris. Inhumé à Montain.
Un personnage HDI comme on dirait aujourd’hui : haute densité intellectuelle. Colonel au Levant en 1940, Edgard de Larminat tente de rallier les troupes à de Gaulle, il est emprisonné, s’évade, rejoint la Palestine et commence une brillante épopée dans la France Libre, posant les bases des ses unités comme la 1ère DFL. Cet esprit brillant ne s’entend guère avec de Lattre de Tassigny. Après le débarquement de Provence, il prend en charge la mise sur pied, à partir des unités de résistants, d’une armée chargée de réduire les poches de l’Atlantique encore occupées par les Allemands. Après la guerre, il se signale par des positions originales soutenant par exemple la Communauté européenne de défense. Rappelé en 1960 pour juger les officiers putschistes d’Alger, il se suicide. Quelques mois plus tôt, il publiait ses Chroniques irrévérencieuse, hélas introuvables aujourd’hui, sauf dans les bibliothèques et chez les bouquinistes. Un ouvrage savoureux ponctué de portraits hauts en couleurs (Leclerc, De Lattre…). Il y souligne avec tendresse ses origines comtoises et détaille par le menu et avec humour comment ses obsèques devaient être organisées à Montain.

François de Menthon

Photo : Ordre de la Libération

-Fait Compagnon de la Libération le 16 octobre 1945.
-Né à Montmirey-la-Ville en 1900, décédé à Annecy en 1984.
Ce juriste est mobilisé en 1939 comme officier, blessé, fait prisonnier, il s’évade. Entré en résistance, il est l’un des fondateurs du mouvement Combat. Dans la clandestinité, il participe au Comité général d’études (CGE) créé par Jean Moulin en avril 1942, pour étudier les mesures à prendre à la Libération et proposer des plans et projets de réformes. Il rejoint Londres, puis Alger. A la libération, il est nommé Garde des Sceaux, chargé notamment de l’épuration, puis représentant français au procès de Nuremberg. Il poursuit une carrière politique sous l’égide du MRP, de nature démocrate-chrétienne, soucieux notamment de la construction européenne.

Simone Michel-lévy

Photo : Ordre de la Libération

-Faite Compagnon de la Libération le 26 septembre 1945.
-Née à Chaussin en 1906, décédé à Flossenburg en avril 1945.
La Jurassienne Simone Michel-Lévy est employée dans l’administration des Postes en 1939, dans un service lié aux moyens de communication. Elle rejoint la Résistance, le réseau Action PTT, et en relation avec d’autres réseaux, développe et organise des systèmes et des moyens de transmission. Dénoncée, avec d’autres, en novembre 1943, elle est déportée à Ravensbruck puis à Holleischen, en Tchécoslovaquie, où elle poursuit son action en sabotant des lignes de production. Condamnée à mort, elle est pendue le 13 avril 1945 dans le camps de Flossenburg. Elle est l’une des six femmes Compagnons de la Libération, et quelques-uns de ses pseudonymes, comme Madame Royale, laisse devinez quelque chose d’indomptable chez elle. Jacques Péquériau lui a consacré une biographie publiée aux éditions Cêtre. Un cénotaphe rappelle sa mémoire dans le cimetière de Chaussin, bourg auquel elle était très lié comme le village des Essarts-Taigneveaux.

Jean-Gabriel Revault d’Allonnes

Photo : Ordre de la Libération

-Fait Compagnon de la Libération le 29 décembre 1944.
-Né en 1914 à Louannec (Cote d’Amor), décédé en 1994 à Pagney.
Jeune officier de carrière, Jean-Gabriel Revault d’Allonnes est en poste en Afrique en 1940. Après diverses péripéties, il parvient à rejoindre le Cameroun tout juste rallié à la France Libre. Il intègre le régiment de marche du Tchad, composante de la future Deuxième division blindé du général Leclerc. Jean-Gabriel Revault d’Allonnes connaît toute l’épopée de la 2ème DB, de la Normandie à Paris et au-delà. Il poursuit sa carrière après la guerre, termine général de corps d’armée. Il se retire dans le village jurassien de Pagney.

François Rozoy

Photo : Ordre de la Libération

-Fait Compagnon de la Libération le 20 novembre 1944.
-Né en 1918 à Arinthod, décédé en 1987 à Paris.
François Rozoy choisi la carrière des armes. Après Saint-Cyr, il opte pour l’armée de l’air. Stationné en Syrie, il rejoint la France Libre en août 1941. Il combat au sein de l’escadrille de bombardement Lorraine en Afrique du Nord puis en Europe. Plusieurs fois blessé, il compte 109 missions. Il poursuit sa carrière après la guerre, il la termine en 1968 avec le grade de général de division aérienne.

Bernard Saint Hillier

Photo : Ordre de la Libération

-Fait Compagnon de la Libération le 27 mai 1943.
-Né à Dole en 1911, décédé à Paris en 2004.
Bernard Saint Hillier : une légende. Chasseur alpin, légionnaire, parachutiste, il a tout connu de la guerre en première ligne. Jeune officier, après l’expédition de Narvik, il se trouve à Londres en juin 1940 et rejoint la France Libre. Au sein de la 13e demi brigade de la légion étrangère (DBLE, près de 100 Compagnons de la Libération à elle seule) et de la Première division de la France libre, il participe à toutes les campagnes : Érythrée, Syrie, Bir Hakeim, Libye, Tunisie, Italie, France. Chef d’état major de la 1ère DFL à 32 ans, il termine la guerre à la tête de la 13e DBLE, au moment ou cette unité est également faite Compagnon de la Libération. Bernard Saint-Hillier termine général de corps d’armée. Sa biographie écrite par Christophe Notin (parue chez Perrin) permet aussi de comprendre les tensions entre officiers de la France Libre, et ceux qui était vichystes, attentistes, tensions qui perdurent même après la guerre.