Les clochers comtois du Val d’Amour

Aujourd’hui, plus de 30 % des communes franc-comtoises en abritent un. Véritable identité régionale, les clochers comtois, influencés par l’architecture florentine, sont surmontés d’un dôme à l’impériale et sont souvent des clochers-porches. Plusieurs se distinguent dans le Jura, notamment dans la communauté de communes du Val d’Amour. Nous sommes partis à leur rencontre.

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Le clocher comtois de l’église de l’Assomption de Mont-sous-Vaudrey.

Créée en 1993, la communauté de communes du Val d’Amour regroupe 24 villages pour un peu moins de 10 000 habitants. Dans celle-ci s’élèvent 19 églises, cinq communes n’en disposant pas (Bans, Chatelay, Écleux, Germigney, Grange-de-Vaivre).

Parmi ces 19 églises, seulement cinq villages (Chamblay, Mont-sous-Vaudrey, Mouchard, Ounans, Villeneuve-d’Aval) abritent un clocher comtois. Ainsi, un peu plus de 20 % des églises de la communauté de communes du Val d’Amour sont surplombées par un clocher typique de la région.

Outre l’aspect esthétique, ceux-ci ont aussi été construits pour permettre aux villageois de se distinguer de leurs voisins. Le choix des couleurs n’était alors pas anodin, le coût d’une tuile vernissée noire ou rouge n’étant pas le même. Un excellent moyen de montrer sa richesse à tout un chacun. Pour autant, des clochers n’ayant pas de tuiles vernissées peuvent aussi être qualifiés de comtois s’ils ont un dôme à l’impériale, comme celui d’Ounans par exemple. Présentation rapide clocher après clocher.

Le clocher comtois de Mont-sous-Vaudrey

« Il y a eu un premier clocher comtois de mauvaise facture. En 1828, l’état de l’édifice était catastrophe », explique Charles Goy, un passionné ayant entrepris des recherches sur l’histoire de l’église de l’Assomption de Mont-sous-Vaudrey. En juillet 1832, un incendie se déclara et détruisit une partie de l’église, avant d’être reconstruit quelques années plus tard. Vingt ans après, « en 1858, ils ont refait un nouveau clocher avec un dôme couvert en petites tuiles vernissées et un lanterneau », note Charles Goy. En 1968, le lanterneau en bois fut démonté – ce qui provoqua une réduction de la hauteur du clocher d’environ 1m50.

Vue de l’église de l’Assomption de Mont-sous-Vaudrey avant le démontage du lanterneau en bois en 1968. Collection Amaous.

Paulette Giancatarino, maire du village depuis 2020 ne cache pas son attachement vis-à-vis de ce clocher comtois aux motifs en losanges : « C’est un clocher typique. C’est important pour nous de le mettre en valeur. On a un beau bâtiment ». Un clocher particulièrement représentatif des bases utilisées habituellement pour un clocher comtois. Ainsi, par exemple, à l’exception du rouge/brun, toutes les couleurs de base sont présentes (vert, jaune et noir).

Un clocher qui abritait jusqu’à très récemment une horloge de 350 kilogrammes, datée entre le milieu du XIXe siècle et le début du XXe siècle. Ce patrimoine horloger n’était alors pas du tout visible et valorisé. Après 18 heures de démontage et la descente de toutes les pièces du haut du clocher en automne, cette horloge qui se trouvait au niveau des cadrans nécessitera entre 200 et 230 heures de travail de restauration.

Bernard Berthaud, conseiller municipal de Mont-sous-Vaudrey espère que « sur l’année 2021, nous pourrons l’exposer en mairie, certainement dans le hall d’entrée ».

Le clocher comtois de Chamblay

Débutée en 1771, la construction de l’église Saint-Étienne de Chamblay s’acheva en 1775. Elle est l’œuvre d’Anatoile Amoudru (1739-1812). Financée par les fonds privés de la marquise de Salives, avec le concours des habitants de Chamblay pour le transport des matériaux, cette église est composée d’un clocher, qui comme le note Alphonse Rousset, « est terminé par un gracieux dôme ». Situé à 32 mètres de hauteur, ce clocher fut restauré en 1959.

« Au cours du XIXe siècle, les piliers intérieurs se sont enfoncés de plus de 10 centimètres. Le clocher de Chamblay penche sur l’intérieur du bâtiment », explique la municipalité de Chamblay.

« Ça marque l’identité franc-comtoise sur le territoire », estime Philippe Brochet, maire de Chamblay depuis 2014. Un clocher qui n’a jamais eu de tuiles vernissées sur son toit, bien que 2 couleurs de tuiles se laissent distinguer. Comme pour de multiples clochers comtois, les arêtes en « S » sont métalliques. S’ensuivent un piédestal, un globe, une croix et un coq.

Le clocher comtois de l’église Saint-Étienne de Chamblay.

Pour la petite histoire…

Au XVIIIe siècle, le clocher de Chamblay était ouvert sur les quatre côtés. Avant l’installation d’une horloge mécanique au XIXe siècle, un cadran solaire indiquait l’heure. Cette horloge engendra des travaux de maçonnerie sur le clocher comtois.

Une fois réalisé, certains la prirent pour cible, ainsi que le coq du clocher. Un arrêté municipal fut même pris pour interdire aux habitants de tirer sur ces éléments du clocher. Et pour prouver la véracité historique de ces coups de feu, des impacts furent constatés en 2015 lorsque le coq fut repeint.

Trois autres clochers comtois bien différents

Portant la date de 1764, l’église de Mouchard est, comme l’écrit avec exactitude Alphonse Rousset, « couronné[e] par un dôme ». Dédiée à la Sainte-Trinité, celle-ci abrite un clocher comtois avec un toit métallique argenté.

Le clocher comtois de l’église de la Sainte-Trinité de Mouchard.

Dans une commune voisine de Mouchard s’élève le clocher de l’église Saint-Laurent de Villeneuve-d’Aval, un village de moins de 100 habitants. La toiture de celui-ci fut refaite en 2013. Composé d’une demi-douzaine de couleurs différentes, ce clocher comtois tranche avec les autres du Val d’Amour, par sa forme et sa diversité chromatique, même si celui de Mont-sous-Vaudrey arbore aussi plusieurs teintes.

Le clocher comtois de l’église Saint-Laurent de Villeneuve-d’Aval.

Entre Mouchard et Mont-sous-Vaudrey, un autre clocher comtois s’élève. Il s’agit de celui de l’église Saint-Maurice d’Ounans, datant de la fin du XVIIIe siècle. Assez simple, ce clocher comtois est dépourvu de tuiles vernissées.

Le clocher comtois de l’église Saint-Maurice d’Ounans.