Les cascades du Jura prises d’assaut ?

Un bel été touristique est espéré, le Jura tente de surfer sur le succès des vacances franco-françaises. Le comité départemental du tourisme fait le point sur la saison à venir, tandis que certaines cascades, comme celles du Hérisson, montrent les limites de cette surfréquentation.

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La cascade de l'Eventail est victime de son succès et de 400.000 touristes par an.

« Effet campagne » et conséquences…

« Incroyable de voir que l’accès aux Cascades du Hérisson est passé de 4 € à 10 € pour 3h, voire 15€ pour plus de 3h » : une levée de boucliers jurassienne avait répondu sur les réseaux sociaux au doublement, début mai, du prix du parking situé au pied de la cascade de l’Eventail. La communauté de communes Terre d’Emeraude, propriétaire des lieux, a rapidement fait machine arrière : cette année, l’accès pour une voiture vous en coutera 5 € la première heure et 10 € les 4 heures (incluant le parking et l’accès à la maison des cascades). Au-delà, il vous en coutera 15 €.
Si l’affaire s’avère aussi sensible, c’est que nombre de jurassiens estiment que « leurs » cascades et la nature n’ont pas de prix. Et pourtant…la comcom a fait ses comptes : selon Hervé Revol, délégué aux cascades et par ailleurs maire de Bonlieu l’entretien du site a un coût. « Environ 200.000 € par an via la mise en place de 8 salariés permettant d’accueillir les visiteurs » : maison des cascades, bureau d’information, entretien des toilettes et des poubelles, nettoyage du parcours pédestre tous les deux jours, sans oublier remise en état des sentiers. Chaque année, il a fallu abattre des frênes malades (40.000 € par an), poser des barrières, ou encore sécuriser des falaises menaçant de s’ébouler : près d’un million € investi ces 15 dernières années.
Premier site naturel de Bourgogne Franche-Comté avec 400.000 visiteurs par an, le site a surtout été victime de son succès l’été dernier : « La France entière est venue se réfugier dans nos sites naturels…/…et je crains une récidive cet été 2021 » confie Hervé Revol.
Alors que faire pour protéger ce site naturel des hordes de touristes…qui font par ailleurs vivre à l’année toute l’économie locale ?
« Une opération Grand Site est lancée : une étude est en cours pour maitriser la fréquentation du site en écartant les véhicules tant soit peu de part et d’autre », étude budgétée pour 100.000 €.

Qui paiera pour les navettes ?

Par ailleurs, Terre d’Emeraude a repris la main sur le foncier : « Nous avons racheté 400.000 € » le bail commercial (du bar restaurant le relais de l’Eventail situé au pied des cascades), ainsi que la pisciculture non loin pour 200.000 €. Une belle réserve foncière avec une grande parcelle propice à un nouveau parking ?
Hervé Revol renvoie aux résultats de l’étude à venir. Toujours est-il que d’autres Grands Sites de France ont ouvert la voie en éloignant les parkings pour mettre en place des navettes. Mais le transport coûte cher, un fait sur lequel les débats achoppent depuis des années.
« Un système de navette mis en place il y a une quinzaine d’années par Gérard Bailly a été un fiasco monumental. Plus récemment, j’ai demandé si on pouvait utiliser des bus scolaires désaffectés en été, la réponse a été non, non et non. Quant à la mise à disposition de véhicules électriques, je me suis aussi heurté à des refus ».
Face à ces obstacles, une chose est sûre : « Terre d’Emeraude et ses 25.000 habitants n’aura pas les moyens de mettre en place une navette gratuite ». Quelqu’un devra donc bien payer pour que les 400.000 visiteurs accèdent au pied des cascades. Et le prix du parking en ferait bien partie…

« On ne communique plus l’été sur les grands sites »

Pour Gérôme Fassenet, président du Comité départemental du tourisme, les « locomotives » telles que les cascades ou les lacs permettent d’attirer les touristes, pour essayer ensuite de les ventiler sur le territoire. Mais « on ne communique plus l’été sur les grands sites » confie Jean-Pascal Chopard, directeur de Jura Tourisme.
Une façon de protéger ces sites naturels, qui auraient plus été « victimes » des excursionnistes à la journée l’été dernier, que de « vrais » touristes. Mais les collectivités locales doivent s’organiser pour gérer une logistique basique, comme l’entretien des poubelles et des toilettes. L’air du temps favorise les modes de déplacements doux, comme par exemple le tour des fruitières à Comté en vélo (et l’ouverture des véloroutes des Salines, de la Bresse et Jules Grévy), des promenades en calèche, etc…
La toute nouvelle Maison du Comté à Poligny sera vraisemblablement, l’une des grandes attractions de cet été.

Dossier réalisé par Stéphane Hovaere.

Diffusée sur les réseaux sociaux, cette photo avait mis le feu aux poudres avant que le tarif ne soit revu à la baisse.