Les cafés hôtels restaurants du Jura dans la rue pour crier « S.O.S. »

Au slogan de « Laissez nous travailler ! », la « marche des sacrifiés » a rassemblé plus de 300 à 400 personnes dans les rues de Lons. Cafés, hôtels, restaurants, mais aussi viticulteurs tous menacés de mort, ainsi que –par ricochet- leurs fournisseurs ou grossistes.

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Trois cent à quatre cents manifestants ont défilé avec leurs tabliers, casseroles, ou outils de travail.

« Laissez nous travailler ! » : derrière ce slogan scandé à travers les rues de Lons-le-Saunier le 24 novembre à l’appel de l’UMIH, 300 à 400 chefs d’entreprises ou employés au bout du rouleau. Comme cette réceptionniste de l’hôtel –restaurant « Le Grill » à Lons-le-Saunier au bord des larmes : « Notre établissement compte treize personnes, pour la plupart au chômage partiel. Certains comme des femmes de ménage et un plongeur n’ont jamais repris leur activité depuis le premier confinement en mars ».
Seul les repas en room-service fonctionnent encore, dérisoire compensation de tous leurs efforts. « Nous avons réduit de moitié la capacité de la salle de restauration, installé deux personnes par table de quatre, acheté des produits hors de prix pour répondre aux exigences sanitaires. Une boîte de masques nous est désormais facturée 45 € par notre fournisseur ».
Même son de cloche pour Chantal Bouillier, qui tient le restaurant « La Maison du Revermont » à Beaufort depuis 24 ans : « La situation est critique. Nous ne travaillons plus qu’avec des plats à emporter, et nous ressentons beaucoup d’incompréhension.
Les restaurants de l’Assemblée Nationale ou du sénat restent ouverts pour servir les élus. Certains cafés ou restaurants du sud de la France restent aussi clandestinement ouverts : les rideaux sont tirés, mais les clients rentrent par la petite porte. Ici, nous jouons le jeu et nous sommes pénalisés ».
Pourrait-on ainsi envisager Arbois, capitale gastronomique et viticole du Jura sans restaurants et sans vignerons ?

Un cuisinier a remis sa toque symboliquement à Rouget de Lisle.

Au moins 30% de fermetures au plan national

C’est pourtant ce qu’Yves Lecoq, adjoint au maire de la commune redoute : « Nous comptons quinze établissements qui font travailler 150 personnes plus tout le secteur viticole, les brasseurs artisanaux, etc. ». D’après l’élu en charge du tourisme, les mesures étatiques –cautère sur une jambe de bois- présentent de plus des trous dans la raquette : « Les employés au chômage partiel ouvrent des droits aux congés payés, comment les solderont-ils ? Ceux qui ont créé ou repris une entreprises récemment, n’ont également droit à rien car les aides tiennent compte du chiffre d’affaires de l’année N-1 ».
Et de citer l’exemple de l’hôtel-restaurant des Cépages, qui recevait « un ou deux autocars de Chinois chaque semaine avant le confinement » et qui désormais se retrouve au cœur de la tempête avec des travaux d’agrandissement et de rénovation en cours, mais suspendus aux décisions de l’Etat.
Patrick Franchini, président de l’UMIH (Union Départementale des Métiers des Industries de l’Hôtellerie du Jura) assume cette démonstration de force : 300 à 400 personnes dans les rues, voilà qui n’était pas arrivé depuis longtemps.  Selon lui, 30% des établissements fermés administrativement pourraient déposer le bilan au plan national. Outre leur réouverture, il demande de véritables aides d’accompagnement : au moins « 15% du chiffre d’affaires de décembre abondé par l’état, et 15% du chiffre d’affaires abondé par les assureurs ».
Des assureurs qui auraient empoché les bénéfices du confinement et qui seraient les grands absents de l’effort de solidarité national… « Tout a été mis en place pour assurer la sécurité des clients, nous avons été de bons élèves », d’où ce cri de colère et de désespoir adressé entre autres au préfet du Jura.
Symboliquement, les manifestants ont attaché leurs tabliers ou instruments de travail aux grilles de la préfecture, après avoir remis les clés de leurs établissements à la députée du Jura Danielle Brulebois.
La balle est désormais dans le camp du gouvernement…

Selon Patrick Franchini (au micro), 30% des établissements au moins pourraient fermer.