Jura. Arbois. Les bourgeons pleurent mais la vigne est heureuse …

Des larmes qui montrent que la vigne reprend son activité, la remontée de sève en témoigne.

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Rencontre avec Philippe Tissot, des domaines Jacques Tissot à Arbois.
En pleine phase de liage, qui devrait durer encore une bonne quinzaine de jours, Philippe observe une avance de deux à trois semaines dans le cycle de végétation. « Nous avons très peur, explique-t-il, craignant des gelées comme celles de 2017 et 2019 et des rendements inférieurs à 30 hl/ha. »
L’hiver 2019-2020 se classe au 3e rang des hivers les plus doux après les hivers 2015-2016 et 2000-2001. La répétition de ces « vagues de douceur hivernales » bouleverse les us et coutumes liées à l’histoire de la vigne et transmises entre générations. Difficile pour une entreprise viticole d’anticiper et de prévoir à long terme le travail et l’investissement nécessaire pour faire face à ces changements. « On se demande où l’on va, on marche sur des œufs », souligne Philippe.
« L’organisation est rendue difficile, la gestion des ventes aussi avec la peur de manquer de stock. Certaines maisons connaissent déjà des problèmes de volumes, notamment sur le Savagnin ».

Des tensions importantes

« Les marchés à l’export sont tendus, la viticulture doit aussi être revisitée. Lors d’une récente réunion de travail au Vernois, une météorologue annonçait que le Jura pourrait, dans les cinquante prochaines années, devenir le deuxième vignoble le plus gélif après le Chablis. Et que faire pour lutter contre le gel ? Faire des feux comme en 2019 si la préfecture l’autorise, ou bien disposer des grosses bougies en grand nombre dans la vigne. Mais si le gel est très fort cette deuxième solution ne suffira pas » explique Philippe Tissot.
Dans le cadre des changements climatiques, des expérimentations sont actuellement en cours sur d’anciens cépages blancs et rouges. Mais avant de pouvoir les exploiter ils doivent être validés par le syndicat viticole. « Ces cépages anciens seront plus résistants aux sécheresses, mais ils ne le seront pas plus face au gel ».