L’Ermitage de Conliège, témoins des faits marquants de la Franche-Comté

Sur le versant ensoleillé de l’entrée de la reculée, dominant un vaste paysage, l’Ermitage de Conliège de par son histoire et sa position exceptionnelle a été témoin des faits marquants de la Franche-Comté de 1595 à nos jours. Patrick Verguet, président de l’association l’Ermitage dont l’objectif est de sauvegarder ce site a bien voulu nous retracer les grandes lignes entre histoire et petite histoire de ces bâtiments plusieurs fois restaurés. Cet ensemble évocateur par sa forme et sa position demeure complet, ce qui est rare.

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L'Ermitage (photo, association l'Ermitage).

Patrick Verguet, pouvez vous présenter ainsi que votre association ?
L’association l’Ermitage a été fondée en 1996 par Alain Brune qui en a été le président jusqu’en 2004, date à laquelle je l’ai remplacé. Nous sommes propriétaires des bâtiments et du terrain. Notre objectif est de sauvegarder ce site et de le mettre en valeur. Quand nous l’avons acquis, l’ensemble des bâtiments était peu ou pas entretenus et même dangereux car certains murs menaçaient de s’écrouler alors que le site était ouvert au public. On peut dire que nous avons sauvé l’Ermitage de la ruine qui a d’ailleurs à notre grande satisfaction été classé monument historique le 29 juillet 1998.

 

 

La chapelle sous la neige (photo, assocition l’Ermitage).
Patrick Verguet.

Qu’est ce qui fait de ce site une exception ?
D’abord, sa longévité. Si la chapelle date de 1605, construite par Claude Robin, noble de Binans pour remercier les ermites qui protégeaient le site et Conliège, certains bâtiments autour sont beaucoup plus vieux et l’on ignore la date de leur construction. L’état de conservation en est remarquable vu les différentes restaurations qui ont été effectué sans altérer l’ouvrage. Nous pouvons aussi parler de sa position exceptionnelle au dessus de Conliège qui domine un vaste paysage typique de la Franche-Comté.
La chapelle est formée de deux travées voûtées. Elle est flanquée par une cuisine et une pièce voûtée que surmonte un clocher. Le logement se poursuit par trois petites pièces devant la chapelle. Un bâtiment au nord comportait deux pièces sur un cellier.

Vue de la chapelle (photo, association l’Eermitage).

Quel était le rôle de ces ermites ?
Les ermites qui se sont succédé avaient entre autre pour mission de surveiller le village pour alerter en cas d’incendie en sonnant la cloche pour avertir les villageois. Le plus illustre d’entre eux fut Joseph Elie Simonin qui a restauré l’Ermitage entre 1836 et 1848. Le règlement de l’Ermitage était très sévère. C’est une vie de prière et de travail. A minuit, on se relève pour prier pendant 2 heures. Le travail est entrecoupé par les offices religieux. La cloche rythme les activités de la journée et retentit ainsi à minuit. Les ermites ne doivent pas consommer de viande, ils peuvent consommer des laitages et un peu de beurre, sauf pendant le carême.

La chapelle (photo, association l’Ermitage).

On pense souvent que les ermites sont des personnes pieuses, il y avait aussi apparemment des charlatans ?
Oui en effet, d’ailleurs une lettre anonyme adressée à la préfecture le 15 août 1836 l’atteste : « Ces gens, presque sans aveu ont pour but principal d’exploiter la crédulité publique. A cet effet, ils viennent de placer un tronc, planter une croix à côté de cet Ermitage et tout cela avec une cérémonie pompeuse et sans permission. A cette cérémonie, assistaient les personnes les plus crasses de Conliège.
Ces prétendus ermites se font passer pour des thaumaturges, Conliège et ses environs sont remplis de leurs miracles…Un de ces escogriffes prétend guérir les plaies, à la manière de St François d’Assise. Ce sont des gens complètement tarés, l’un a abandonné sa femme, un autre est un jeune homme usé, tonsuré, vêtu d’une soutane, qui n’a pas encore fait connaître ses pouvoirs ecclésiastiques ».

La bergerie après l’incendie (photo, association l’Ermitage).

Des charlatans, mais aussi des miracles dont le miracle de la Vierge de la Roche ?
Oui, en effet, la tradition rapporte qu’un berger rencontra une image de la Vierge  dans une fissure de rocher, non loin de l’Ermitage et qu’il la porta à l’église de Conliège. Le lendemain, ne la voyant plus sur l’autel. Il la retourna chercher derrière son rocher et la rapporta sur l’autel.
Nouvelle disparition, et la troisième fois, la Vierge se fixa dans les rameaux d’un gros arbre, à l’extrémité de la rue Haute. Ce miracle ne tarda pas à faire du bruit. Une confrérie s’organisa et érigea une petite chapelle en l’honneur de Notre Dame de Lorette à la place de l’arbre.
Depuis, la Vierge a retrouvé sa place derrière le rocher qu’elle tente de retenir, non loin de l’Ermitage et de la Fontaine l’Ermite.

Les travaux à la bergerie (photo, association l’Ermitage).

Comment faire connaitre ce site et le valoriser ?
C’est grâce à Alain Brune, premier président de l’association que les fonds ont pu être réunis pour acheter le site à la famille Prost qui le possédait depuis 1927. Depuis cette date, on restaure en mettant des portes et des fenêtres, le toit de la chapelle a été refait en laves. Le terrain est débroussaillé et entretenu. De temps en temps, on relève certains murs qui ont tendance à s’écrouler. En 2015, un incendie criminel a détruit la bergerie. Le remboursement de l’assurance ne suffisant pas, nous avons collecté des fonds en « vendant » des laves afin que les donateurs puisent s’approprier une part du toit. Ce fut un succès.
Le site est ouvert librement au public, à part la chapelle qui n’est ouverte que exceptionnellement. La bergerie reste ouverte pour l’accueil des randonneurs et des promeneurs puisque nous sommes sur le chemin de l’Echappée jurassienne qui est un sentier de randonnée qui part de Dole jusqu’aux Rousses. Le GR 59 y passe également. On a fait construire un gros barbecue couvert. On a fait également du théâtre, du cinéma en plein air, fête de la soupe… le but est que ce soit un site qui soit agréable à tout le monde. L’ONF a fait une brochure sur les sentiers, l’Ermitage y figure, les livres de la FFRP ( Fédération Française de la Randonnée Pédestre) nous mentionne.

La réfection du toit en laves ( photo, association l’Ermitage).

Il y a un projet de film, pouvez vous le confirmer ?
C’est une école de cinéma qui fait un travail de fin d’étude : la Femis à Paris. Ils ont décidé de faire un film sous forme de court métrage de fiction sur la chasse aux sorcières en France à la fin de l’époque médiévale. C’est l’histoire d’une sage-femme herboriste et de son apprentie. Avant les femmes « soignantes » étaient considérées comme des sorcières qui exerçaient leur art librement et rendaient beaucoup de services. L’Église les a par la suite martyrisées. Le site de l’Ermitage leur convenait parfaitement pour ce tournage. Un casting s’est déroulé à Lons début janvier pour trouver des figurants.

 

Le campanile (photo, association l’Ermitage).

Quels sont vos projets à plus ou moins long terme ?
En temps normal, nous effectuons deux « corvées » par an  pour tondre, nettoyer, effectuer  un tas de petits travaux. Dans l’immédiat, il nous faut terminer les travaux de couverture, un aménagement intérieur de la bergerie avec des tables et des bancs, ainsi que des panneaux d’affichage. On a un réservoir souterrain qui n’est plus alimenté en eau par une source qui s’est déplacée. Le projet est de faire un système de recueil d’eau pour alimenter ce réservoir en pierre qui est classé. On aimerait aussi organiser des petites randonnées qui partiraient de l’Ermitage, et ce à différentes saisons pour observer les différences sur la végétation. il nous faut également entretenir les différents sentiers qui conduisent au site. Si des personnes veulent se servir du site, toute proposition sera étudiée avec bienveillance.

C’est le temps des corvées (photo, association l’Ermitage).

 

@ermitageconliege39 Communauté