Léon Mesny de Boisseaux, martyr et héros de la guerre de 1870

Champagne-sur-Loue se prépare à honorer la mémoire d’un jeune franc-tireur massacré en novembre 1870. Un de ces héros sans grade qui voulait sauver l’honneur de la patrie.

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Le tableau de Louis-Hippolyte Mouchot exposé au musée municipal de Nuits-saint-Georges. Photo : musée de Nuits-saint-Georges / Photo : Jean-Louis Berny
Christine Mathieu, passionnée par l’histoire de son village.
Photo : Daniel Greusard

Joliment posé en surplomb de la Loue, Champagne-sur-Loue est connu pour sa vigne conservatoire où sont conservés des cépages d’avant phylloxera. Ce bourg du Val d’Amour est moins connu pour avoir vu naître dans une maison cossue un de ces héros de la guerre de 1870 qui relevait l’honneur des armes mis à mal par l’incompétence du haut commandement. Léon Mesny de Boisseaux naît en janvier 1852. En 1870, il vit tranquillement « très couvé par sa mère dont c’était le dernier enfant vivant » raconte Christine Mathieu, passionnée par l’histoire de son village. Cet aspect très maternel aura son importance.
Quand la guerre vient contre la Prusse et les états allemands, après le désastre de Sedan, la nouvelle République proclame une mobilisation générale. Contre l’avis de sa mère, Léon s’engage comme franc-tireur dans une compagnie du Jura qui est intégrée dans le corps-franc des Vosges commandé par l’énergique colonel Bourras. Léon combat dans les Vosges, avec pugnacité. Selon les témoignages, il semble être un peu la mascotte de l’unité. Le corps-franc bat en retraite avec le reste de l’armée des Vosges, jusqu’à Nuits-Saint-Georges. Là, l’ennemi est arrêté et recule. Pour Léon tout s’arrête aussi.

« Fait indigne »

Un autre tableau de Louis-Hippolyte Mouchot conservé dans les collections du musée de Dole. Photo : musée de Dole / Reproduction : Daniel Greusard.

Il est capturé le 20 novembre, sans être traité comme un prisonnier de guerre. Il est supplicié pendant des heures, on parle de dizaines de coups de baïonnettes, des yeux crevés et même d’un peloton d’exécution final. Le corps est récupéré après le retrait des Allemands, et la nouvelle du supplice se répand. Le colonel Bourras avertit le général von Werder que, si de tels fait se renouvelaient, le sort des prisonniers allemands serait revu et il dénonce « un fait indigne de toute nation civilisée ».

Le monument aux morts, initialement créé pour la mémoire de Léon. La famille en a fait don à la commune.
Photo : Daniel Greusard

Léon est d’abord inhumé sur place puis sa mère entre en action. Elle se démène pour récupérer le corps et organiser des obsèques dans son village. Quelques années plus tard, elle le raconte dans un petit livre où on entend la douleur de cette mère courage (1). Le livre contient aussi des témoignages et de touchants poèmes à la gloire de Léon. Avec le temps, les écrits de Mme Mesny semblent un peu arrangés à sa manière. Il n’en demeure pas moins que le sort de son fils a ému. Le peintre Louis Hippolyte Mouchot lui consacre trois tableaux. L’un est exposé au musée municipal de Nuits-Saint-Georges, un deuxième figure dans les collections du musée de Dole, le troisième a brûlé lors d’un incendie de la mairie du village.

Une vie en monuments

La Chapelle érigé dans le parc de la maison des Mesny de Boisseaux.
Photo : Christine Mathieu
Le caveau de la famille Mesny de Boisseaux, à la gloire de Léon.
Photo : Daniel Greusard

Il y a en sus les monuments, témoignages de la volonté de la mère de Léon pour sa mémoire. Christine Mathieu fait la visite : « Dans l’ancienne propriété de la famille, il reste une chapelle. Ma grand-mère mère me disait que Mme Mesny y avait fait enterrer les jouets de son fils. Il y avait aussi un monument, mais plus tard la famille en a fait don à la commune. Il a été déplacé et c’est maintenant le monument aux morts. Enfin, il y a le caveau familial dans le cimetière qui est tout à la gloire de Léon ».
Ce n’est pas tout. Un monument s’élève à Nuits-Saint-Georges puis un autre dans le cour du collège de L’Arc à Dole où Léon avait été élève. Cette œuvre est signée par Max Claudet, une référence à l’époque.
En traversant bien des villages, on ne se doute pas de nombre de destins que le temps passant efface. On voit des monuments devant lesquels on passe dans les regarder. On les verra cette année à Champagne-sur-Loue, en cette période de 150e anniversaire de la guerre de 1870-71. La situation sanitaire reporte les évènements mais Marie-Christine Paillot, maire, avec son équipe, espère enfin programmer cet hommage, probablement lors du 11 novembre. Comme le dit l’un des poèmes publiés dans le livre de Mme Mesny on se souviendra « C’était presque un enfant, c’était un volontaire. »
Jean-Claude Barbeaux
(1) A la mémoire de Léon Mesny de Boisseaux, Imprimerie Bernin, Dole, 1898.

 

La guerre de 1870-71 dans le Jura

La France déclare la guerre à la Prusse et aux états allemands le 19 juillet 1870. La guerre tourne à la déroute. Napoléon III capitule à Sedan, la République est proclamée. Sous l’impulsion de leaders comme Léon Gambetta, on décide de poursuivre la guerre. Il faut reconstituer des armées surtout après la honteuse capitulation de Bazaine à Metz. Paris est vite assiégé.
Dans le Jura, à l’automne, Dole voit arriver les troupes confiées à Garibaldi, héros de l’indépendance italienne. Même s’il existe une place Garibaldi, son passage laisse un souvenir mitigé. En janvier 1871, une armée de 130 000 hommes, conduite par le général Bourbaki, avance de Besançon vers le nord. Objectif : dégager Belfort assiégé et poursuivre pour couper les voies de communication allemandes. Après un succès initial à Villersexel, c’est l’échec durant les trois jours de la bataille de la Lizaine. C’est la retraite vers Besançon où les troupes de Bourbaki sont menacées d’encerclement, Garibaldi positionné sur Dijon ne lui apportant d’ailleurs aucun secours. L’armée prend le chemin du Haut-Doubs pour une véritable retraite de Russie. S’enchaînent des péripéties invraisemblables. Le passage vers le Jura s’avère impossible. La Suisse accepte d’accueillir cette troupe où elle sera désarmée et internée – près de 90 000 soldats et 12 000 chevaux. C’est ce qu’on appellerait aujourd’hui une opération humanitaire. La toute jeune Croix-Rouge Suisse intervient pour la première fois à grande échelle.
Quelques troupes réussiront quand même à se glisser le long de la frontière pour déboucher sur le Jura.
Dans le reste du pays, la voie est libre pour l’armée Allemande en attendant les effets de l’armistice. Dole est conquis. Les forts de Salins font échec à l’ennemi qui s’avance sur Arbois, avec des exactions contre les civils.

La stèle du zouave Léopold Coco. Photo : Daniel Greusard
La tombe de Léopold Coco à Montigny-les-Arsures. Photo : Daniel Greusard.

C’est là que le zouave Léopold Coco, tonnelier à Lunéville, écrit sa légende. A Montigny-les-Arsures, protégé sur un tertre, il s’affronte seul à une troupe nombreuse. Jusqu’à sa dernière cartouche, avant d’être massacré. Une stèle le rappelle, Léopold Coco est inhumé dans le cimetière du village.
Dans le même temps, les élections législatives ont lieu. Le jurassien Jules Grévy est élu à la présidence de la nouvelle assemblée. Il sera élu président de la République en 1877.
L’ensemble du Jura sera occupé jusqu’en octobre 1871.