Le Tour de France dans le Jura

Depuis la création du Tour de France en 1903, nombreux sont les coureurs à avoir foulé le sol du département du Jura. Cette année encore, le 8 juillet 2022, la course revient au départ de Dole, pour sa huitième étape. Notre rédaction a mené l’enquête pour mieux appréhender l’histoire de la Grande Boucle dans le Jura.

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Le Tour de France en 2017 à Dole. © Ville de Dole

Compétition cycliste, le Tour de France, appelé aussi le Tour et la Grande Boucle, est un événement sportif ayant aujourd’hui une réputation internationale. Derrière les Jeux olympiques d’été et la Coupe du monde de football, le Tour de France est l’événement sportif le plus regardé au monde. Un moyen de faire connaître nos régions françaises, tout en se divertissant.

Le Tour de France au départ de Moirans-en-Montagne en 2016. © Commune de Moirans-en-Montagne.

Organisé par ASO (Amaury Sport Organisation), le Tour de France permet de nos jours, chaque année, à terme de trois mille cinq cents kilomètres de course environ, de dresser un panorama de cartes postales du pays – ou brièvement d’autres nations.

Bien que la réputation du Tour ait été notamment entachée par le dopage de Lance Armstrong, le public est toujours au rendez-vous pour récupérer des cadeaux de la caravane et encourager les coureurs. Une histoire ancienne dans le Jura.

 

Podium de la 18ème étape du Tour de France (Annemasse-Lons-le-Saunier) le vendredi 23 juillet 2004. Le maillot jaune est attribué à Lance Armstrong (États-Unis). © Photographie ville de Lons-le-Saunier. © Collection service d’archéologie Lons-le-Saunier.

Le Jura furtivement traversé

En janvier 1903, le journal L’Auto annonce la création du Tour de France – une compétition visant à augmenter ses ventes. Après qu’Henri Desgrange ait accepté ce projet, le premier Tour de France débuta le 1er juillet 1903 et permit aux cyclistes de relier en six étapes de grandes villes. Maurice Garin devint le premier vainqueur de la compétition.

Il fallut attendre la troisième édition, en 1905, pour que les coureurs passent par le département du Jura, lors de la troisième étape, reliant alors Besançon à Grenoble. Cette édition est également la première où la vieille province de Franche-Comté fut traversée par le Tour de France – alors composée de trois départements (Jura, Doubs et Haute-Saône).

En revanche, à cette époque-là, le département du Jura était furtivement traversé, comme en 1929 durant la seizième étape (Évian-les-Bains-Belfort) de cette vingt-troisième édition. Les montagnes du massif du Jura durent être, et demeurent, une réelle épreuve pour les cyclistes.

Il fallut attendre 1937 pour que deux localités jurassiennes soient un lieu de départ et d’arrivée d’une partie d’étape du Tour. Il s’agit de Lons-le-Saunier et de Champagnole.

Photographie de l’arrivée de la première partie de la 5ème étape du Tour de France (Belfort-Lons-le-Saunier) le 04 juillet 1937. Henri Puppo (France) à gauche et Julián Berrendero (Espagne) à droite sont félicités à Lons-le-Saunier. © Photographie ville de Lons-le-Saunier. © Collection service d’archéologie Lons-le-Saunier.

Évidemment, nombre de localités jurassiennes furent traversées par le Tour de France. Ainsi, dans les années 1970, soit entre 1970 et 1979, le Jura fut traversé à sept reprises par le Tour – mais toujours très furtivement (notamment par un passage dans le Haut-Jura). Ces exemples sont nombreux. Le fait d’être un lieu de départ ou d’arrivée d’une étape ou d’une partie d’étape revêt néanmoins un caractère particulier.

Passage du Tour de France à Arbois le 28 juillet 1951. © Association Pasteur Patrimoine Arboisien.

 

« [C]e Tour […] peut surtout du jour au lendemain élever les plus humbles au sommet de la popularité », un rédacteur du Petit Comtois en juillet 1937.

 

Le peuple aime ses « Tour de France »

Le Tour de France de passage à Mont-sous-Vaudrey en 1951. © Collection Amaous.

En 1937, la première partie de la cinquième étape du Tour de France visait à relier Belfort à Lons-le-Saunier, via Besançon. Le chef-lieu du Jura fut donc la première localité jurassienne d’arrivée d’une partie d’étape du Tour de France, ainsi que la première de départ puisqu’un contre-la-montre s’élança ensuite de cette ville pour Champagnole. De Champagnole, les coureurs partirent pour Genève et achevèrent ainsi l’étape.

Un journaliste anonyme du Petit Comtois décrit en 1937 la ferveur populaire autour de l’évènement : « Sans doute par tout ce qui l’entoure, la grande épreuve procède à la fois de la kermesse et du cirque. Mais le côté attractif du spectacle ne suffit pas à expliquer le déploiement de tout un peuple au long des routes, les réceptions magnifiques des villes, et plus encore les humbles manifestations mais combien touchantes, où s’exprime le salut d’une petite bourgade », avant de poursuivre : « En vérité, le peuple aime ses « Tour de France ». Il a compris la grandeur de leurs efforts, l’étendue de leur courage ; il participe à leurs peines, il s’enthousiasme à leur triomphe, et il vit intensément ce Tour parce qu’il satisfait aussi un besoin de merveilleux, en une grande aventure qui, tel un beau conte, doit récompenser le mérite, mais peut surtout du jour au lendemain élever les plus humbles au sommet de la popularité » (Le Petit Comtois, 5 juillet 1937, année 53, numéro 19580, page 4).

En cette année 1937, après avoir traversé Quingey, les coureurs s’élancèrent en direction de Mouchard, d’Arbois, puis de Poligny. À leur arrivée à Lons-le-Saunier, ils furent accueillis par une foule considérable : « Vers 11 heures, Lons-le-Saunier fait aux <sic> « Tour de France » un accueil délirant. Toute la ville est sous les armes. Des milliers et des milliers de [spectateurs] couvrent les trottoirs, peuplent les carrefours et la promenade de la Chevalerie où est tracée la ligne d’arrivée » (idem). Puis vint le temps du contre-la-montre entre Lons-le-Saunier et Champagnole : « Après une demi-heure de détente, chichement accordée par le directeur de l’épreuve, pratiquement exploitée en ablutions externes,,, <sic> et internes, la caravane doit s’arracher aux festivités lédoniennes et reprendre la route que brûle le soleil de midi. Et quelle route ! Il faut avoir étudié son profil en course pour situer l’effort qui est demandé là, et notamment dans la côte abrupte qui s’élève à la sortie de la ville, sur cette distance de 34 kilomètres qui sépare Lons-le-Saunier de Champagnole, par des équipes courant contre la montre » (idem).

Le rédacteur ajoute ensuite : « Champagnole n’est pas loin, Champagnole qui, chaque année, pour avoir l’honneur de garder les coureurs trois pauvres minutes, décorait ses maisons, ravitaillait toute la caravane, et qui, cette fois reçoit, avec une arrivée, la récompense de son accueil simple et charmant » (idem).

 

Deux ans plus tard, en 1939, Dole accueillit l’arrivée de la première partie de la dix-septième étape et le départ d’un contre-la-montre jusqu’à Dijon. Ce fut donc la troisième ville jurassienne à être inscrite sur les cartes du Tour.

Passage du Tour de France à Arbois le 28 juillet 1951. © Association Pasteur Patrimoine Arboisien.

 

Après l’interruption de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) de 1940 à 1946, le 12 juillet 1963, la dix-neuvième étape du tour s’élança d’Arbois pour Besançon en contre-la-montre. Bien plus récemment, en 2010 et 2017, la station des Rousses fut mise à l’honneur, tandis que Moirans-en-Montagne, la capitale du jouet, accueillit le 18 juillet 2016 le départ de la seizième étape du Tour, qui se termina dans la capitale de la Suisse.

Moirans-en-Montagne, la capitale du jouet, accueillit le 18 juillet 2016 le départ de la seizième étape du Tour, qui se termina dans la capitale de la Suisse. © Commune de Moirans-en-Montagne.

Le 8 juillet 2017, la huitième étape du Tour fut 100% jurassienne.

Passage du Tour de France par Arbois en 2017. © Philippe Bruniaux.

 

Départs et arrivées d’étape ou d’une partie d’étape en fonction des localités jurassiennes (jusqu’à 2021 inclus)

Localités jurassiennes Nombre de départ Années Nombre d’arrivée Années Total
Lons-le-Saunier 1 1937 3 1937 ; 1963 ; 2004 4
Champagnole 2 1937 ; 1964 1 1937 3
Dole 3 1939 ; 1992 ; 2017 1 1939 4
Arbois 1 1963 0 / 1
Station des Rousses 1 2010 2 2010 ; 2017 3
Moirans-en-Montagne 1 2016 0 / 1

La caravane du Tour

La caravane du Tour de France de passage à Moirans-en-Montagne en 2016. © Commune de Moirans-en-Montagne.

Indissociable de la Grande Boucle, la caravane publicitaire du Tour attire nombre de spectateurs, pas forcément adeptes du cyclisme. Juste avant le peloton, ce convoi de voitures décorées est une sorte de défilé où chaque spectateur se précipite pour récupérer des échantillons et cadeaux en tout genre. À l’issue de ce passage, les sourires sont au rendez-vous. Les enfants sont heureux d’avoir récupéré un porte-clés, tandis que les parents chanceux rangent déjà les parasols offerts.

La caravane du Tour remonte à un siècle environ. Déjà dans les années 1920, Wolber (fabricant de pneumatique) distribuait des cartes postales durant l’épreuve. Peu après, Henri Desgrange, en recherche de financement, accepta la présence de voitures publicitaires sur le Tour.

La musique s’empara aussi du Tour : Charles Trenet et Annie Cordy réjouirent par exemple les Français sur les routes du Tour. Yvette Horner en devint une icône avec son accordéon. Le succès fut total : de vingt-cinq marques en 1935 à cent cinquante-cinq véhicules en 1979.

L’impact écologique des véhicules et cadeaux de cette caravane est aujourd’hui pourtant bien réel et préoccupe de plus en plus.

 

9 juillet 2022 : L’étape Dole-Lausanne

Des coureurs au départ de Dole en 2017. © Ville de Dole.

La huitième étape de la cent-neuvième édition du Tour de France visera à relier Dole à Lausanne (cent quatre-vingt-quatre kilomètres). Au coude à coude avec Lons-le-Saunier en terme d’accueil d’arrivées et de départs cumulés d’étape ou de partie d’étape du Tour de France, Dole deviendra cette année la ville jurassienne qui aura accueilli le plus la Grande Boucle.

Pour ce départ de la ville de Dole, la note s’élèvera à 120 000€, dont 20 000€ du Conseil départemental du Jura. Une autre demande de subvention de 40 000€ a été réalisée. Un véritable investissement, notamment au vu des retombées économiques attendues.

Le passage du Tour de France par Dole et le Jura sera aussi l’occasion de mettre en avant Louis Pasteur, dont nous fêtons cette année le bicentenaire de la naissance.

 

Et en Franche-Comté alors ?

Aujourd’hui rattaché à notre belle région, Belfort, chef-lieu du département du Territoire de Belfort (créé en 1922), a rapidement été un passage incontournable du Tour. En cent-huit éditions, Belfort a été une ville d’arrivée et/ou de départ d’étape ou de partie d’étape pour trente-et-une années, dont dix-huit fois pour les trente premières éditions (1907, 1908, 1909, 1910, 1911, 1912, 1913, 1914, 1927, 1928, 1929, 1930, 1931, 1932, 1933, 1934, 1935, 1936, 1937, 1938, 1961, 1967, 1969, 1970, 1972, 1973, 1979, 1988, 2000, 2012 et 2019). Avant la restitution de l’Alsace et de la Moselle par l’Allemagne à l’issue de la Première Guerre mondiale, Belfort était une des villes les plus orientales du territoire métropolitain. Il n’en reste pas moins qu’avant la deuxième moitié du XXe siècle, Belfort n’était pas en Franche-Comté.

Concernant le département du Doubs, Besançon est sans surprise la ville qui a accueilli le plus d’années une arrivée et/ou un départ d’une étape ou demi-étape du Tour de France. En cent-huit éditions, l’ancienne capitale comtoise a été une ville étape d’arrivée et/ou de départ pour vingt années (1905, 1938, 1947, 1954, 1957, 1958, 1960, 1963, 1964, 1968, 1974, 1977, 1981, 1988, 1990, 1996, 2004, 2009, 2012 et 2014). Pontarlier se défend bien aussi avec sept années (1927, 1928, 1960, 1972, 1985, 2001 et 2009).

Plus ponctuellement, des localités furent choisies comme Valentigney en 1976, le lac Saint-Point en 1994, Montbéliard en 1997 ainsi que Arc-et-Senans en 1996 et 2012.

Le parent pauvre reste la Haute-Saône avec seulement deux villes mises à l’honneur, Vesoul et Lure, respectivement en 2017 et 2020.

À la limite entre la Haute-Saône et le Territoire de Belfort, La Planche des Belles Filles est un sommet du massif des Vosges qui a été un lieu d’arrivée d’étape du Tour de France à cinq reprises (2012, 2017, 2014, 2019 et 2020). Cette année, La Planche des Belles Filles sera l’arrivée de la septième étape.

 

Une famille jurassienne attendant le passage du Tour de France dans le Jura en 2016.

Au cours de l’histoire du Tour, vingt-et-un Français différents l’ont remporté, pour trente-six éditions gagnées. La dernière victoire française remonte à 1985 avec Bernard Hinault. Depuis, les Français attendent la victoire.

En 2014, Thibault Pinot, né le 29 mai 1990 à Lure (Haute-Saône), termina en troisième position du Tour de France et fut désigné meilleur jeune. Néanmoins, jamais une personne née ou décédée en Franche-Comté ne remporta la course. Une place est donc à prendre…