Le réchauffement climatique et son impact en Franche-Comté

Le réchauffement climatique, tout le monde en parle et nous savons qu’il va aller en s’accélérant avec un impact déjà visible sur la faune et la flore. Samuel Maas, chargé de mission à la LPO ( Ligue de Protection des Oiseaux ) a accepté de répondre à nos questions et de nous parler de l’évolution de l’avifaune locale. Il nous indique également les actions simples que chacun peut entreprendre pour aider la faune à s’adapter à ce phénomène irréversible. Rencontre.

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Samuel, pourriez vous vous présenter ainsi que la LPO ?
La LPO, dont je suis chargé de mission à Besançon, est organisée sur le territoire avec un travail mutualisé entre des bénévoles et les 12 salariés pour la Franche Comté. Nous sommes engagés sur trois thématiques : La sensibilisation du grand public, la connaissance de l’évolution de la faune et la conservation de celle-ci. Nous sommes référents sur les oiseaux, les mammifères, les amphibiens er les reptiles. La LPO n’est pas une fédération, nous sommes une délégation locale. Nous avons également des groupes locaux de bénévoles, plus de 5000 sur la Franche-Comté, certains très localisés sur leur commune et d’autres très axés sur une espèce particulière qui vont se déplacer sur toute une région. Il y a deux groupes locaux dans le Jura, un à Dole et un dans le Haut Jura.

Chouette hulotte.
Rougequeue à front blanc.

Cette évolution est-elle déjà visible ?
Tout d’abord, il faut savoir que tout ceci est complexe et que l’évolution de l’avifaune locale, (groupe composé d’oiseaux de la même espèce ou d’espèces diverses qui partagent le même écosystème) face au changement climatique est visible sur plusieurs groupes d’espèces et à plusieurs niveaux.
En Franche-Comté, 40% des espèces sont en voie d’extinction dans un court terme. Sur les 20 dernières années, les oiseaux qui sont spécialistes du milieu agricole ont baissé de 45%, et 15% pour les oiseaux en milieu forestier avec une courbe qui va en s’accélérant. Nous avons 1500 points d’écoute sur la Franche Comté, ces points nous montrent une diminution de la plupart des espèces. La caille et l’alouette des champs ont déjà pratiquement disparu.
L’évolution est visible au niveau des oiseaux migrateurs. Certains des oiseaux qui venaient du nord de l’Europe ne viennent plus l’hiver car ils n’ont plus à fuir des conditions de gel important. Nous pouvons citer le Harle Piette qui est une sorte de canard et le garrot à œil d’or.

 

PipitSpioncelle
Tourterelle des bois.

Ce réchauffement n’a-t-il pas l’effet contraire pour d’autres espèces ?
Il est vrai que certaines espèces autrefois non hivernantes sur notre territoire sont à présent plus régulières et certains individus précurseurs tentent de passer l’hiver dans nos régions plutôt que d’aller en Espagne ou en Afrique, comme la cigogne blanche ou le milan royal, emblématique de nos régions.
Certaines espèces voient leur date d’arrivée de plus en plus précoce, à la manière de l’avancée des dates de vendange. Cette année encore, la première observation d’hirondelles rustiques a eu lieu le 27 février, alors que la date d’arrivée moyenne était autour du 10 ou 15 mars. Par contre arrivant plus tôt ces migrateurs ont du mal à trouver des proies qui elles vont arriver plus tard. Un exemple, le coucou gris est un migrateur stricte qui revient toujours à la même date, en conséquence, les petits passereaux dans lesquels le coucou va mettre son nid, eux sont déjà nichés quand le coucou revient, ce qui fait que le coucou est en diminution assez forte en Europe  parce qu’il trouve de moins en moins de nids dans lesquels mettre ses œufs.

Garrots oeil d’or


Que peut faire l’homme pour tenter de préserver cette biodiversité ?
On ne peut pas aider à supporter le réchauffement global, mais le lien indirect est notre mode de consommation. Effectivement, manger bio et manger local a un lien indirect avec la préservation de la nature. Par exemple, si l’usage des pesticides est moindre, la ressource en insectes augmente, donc, les oiseaux auront plus à manger. De plus, pour nourrir tout le monde on consomme de l’espace, espace que l’on prend au milieu naturel. Si on respecte ces quelques règles, on participe indirectement à préserver la faune locale en réduisant les pollutions diverses cet variées. Nous sommes dans une urgence climatique et de préservation de la biodiversité. L’homme a un impact sur l’environnement, on le constate et on le mesure.
On constate qu’il y a -80% d’insectes en biomasse, ce qui va se répercuter sur toute la chaine alimentaire, oiseaux, mammifères et petits rongeurs. C’est un constat, la solution est aux mains des instances et des spécialistes et qui ont à se pencher sur la question. Il faut proposer des modèles agricoles qui soient moins impactants. Par exemple, en suisse, il y a une bande de 3m autour de chaque parcelle qui n’est pas fauchée et laissée en libre évolution.

Cigognes.
Fauvette à tête noire.

Comment chacun à son niveau peut-il participer à cette transition ?
Je dirai qu’il faut déjà soutenir nos actions et chacun à son niveau peut préserver la biodiversité. Si vous avez un terrain par exemple, commencez par avoir une gestion un peu plus douce de votre jardin en accueillant la biodiversité. Mettre un gite à insectes, arrêter de tondre régulièrement la pelouse et laisser la flore en libre évolution sont des gestes simples qui ne coûtent rien. Ne tondez la pelouse qui est loin de la maison qu’une fois par an ou pas du tout, ce qui permettra aux fleurs de fleurir, donc de faire de la graine et ainsi participer à l’épanouissement des insectes et que les oiseaux reviennent un peu plus.
Vous pouvez laisser des tas de bois un peu partout pour laisser du bois mort que les insectes adorent. Egalement faire un tas de pierres sèches pour permettre aux lézards de venir se reproduire, laisser un coin de branches pour que les hérissons y fassent leur nid. Toutes ces actions sont simples et concrètes, à la portée de tout le monde.

En donnant à manger aux bêtes sauvages l’hiver, n’a-t-on pas le risque de rompre la chaine naturelle de l’alimentation ?
Si vous donnez à manger aux oiseaux, essayer dans la mesure du possible de donner par exemple des graines de tournesol bio. Si ce tournesol est produit avec des produits chimiques qui prend sur le milieu naturel des oiseaux, vous aurez « déshabiller Pierre pour habiller Paul ». en Angleterre, les oiseaux sont nourris toute l’année, des études scientifiques ont montré que le taux de réussite des jeunes était plus important du fait que les parents avaient plus le temps d’aller chercher la nourriture pour leurs petits sans passer du temps à chercher la leur. Donc en nourrissant au printemps, on avait plus d’oiseaux sur un territoire donné.

Tendances habitats.

Quelles sont les actions que vous entreprenez, surtout au niveau des jeunes ?
Nous avons un pôle sensibilisation qui intervient dans les écoles. Auprès du grand public, en collaboration aves Natura 2000, nous effectuons des sorties nature. Le second axe est articulé autour de la connaissance des espèces et de réaliser un observatoire de la faune. Sur la Franche-Comté, nous allons suivre un maximum d’espèces pour documenter les tendances de population des différentes espèces. Le dernier axe est le pôle conservation qui va agir sur les espèces les plus emblématiques et les plus en danger de la région. Tout cela pour faire en sorte que leur diminution soit moindre, voir favoriser la reproduction des espèces les plus en danger.

Comment mobiliser la population sans entrer dans un climat anxiogène genre Greta Thumberg ?
Tous ces constats dont on vient de parler sont connus depuis de longues années, mais il y a une défiance envers les associations de protection de la nature, alors que de notre côté, nous sommes tous issus de cursus scientifiques…
Nous rédigeons des articles, on sensibilise des classes dans les écoles. Nous faisons également des cycles de conférence et tous les rapports sont envoyés à l’Etat français qui est notre plus grand financeur. Nous faisons également des communiqués de presse pour relayer ses grandes tendances. Notre plus grande victoire a été qu’il n’y ait plus de pesticides au niveau du privé. Nous faisons également plus de 400 manifestations au niveau national.
Pour conclure, on peut dire que bien que les avancées soient faibles, elles existent. Comme on peut le voir, tout ceci est complexe, mais la nature est en continuelle adaptation, les oiseaux aussi face au changement climatique, face au changement d’exploitation des sols et à la disparition des ressources en insectes, bref, à l’activité humaine en résumé.
Un exemple d’action réussi est «pélerin  jura » qui commence à recenser toutes les falaises. Une action nationale vient de commencer pour compter les nids des hérons cendrés. Les premiers commencent à couver début mars. Si on se place par rapport aux années 50, l’espèce est en expansion.
Ce qui montre que l’espoir est permis…