La filière élevage et abattage dopée par le Covid et l’État

Julien de Normandie, ministre de l'Agriculture (LREM) a annoncé un plan de soutien de 250 millions € pour les élevages et les abattoirs, lors d'une récente visite officielle en terre jurassienne.

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Julien de Normandie (à d.) a visité l'abattoir qui travaille avec des animaux issus de la région.

Les abattoirs sont un peu à la peine. Selon Sophie Fonquernie, vice présidente de la région en charge de l’agriculture, ‘”ils tournent au plan national entre 50 et 60 % de leurs capacités”.  Une surcapacité liée peut-être à un certain désamour des français pour la viande, mais surtout un manque de rentabilité inhérent à toutes les filières de première transformation.  Selon la vice-présidente, toutes les collectivités locales mettent la main à la poche pour les maintenir à flot, “afin de ne pas en arriver à exporter des animaux vivants, comme dans les pays en voie de développement”. Une manière également d’encourager les circuits courts, afin que les animaux élevés en Franche-Comté y finissent leur existence.
Mais ce soutien parfois conséquent ne suffit pas toujours, comme l’a prouvé la procédure de liquidation judiciaire engagée il y a un mois à l’abattoir de Beaune (21), loin d’atteindre le quota d’abattage fixé par son agrément (8.000 tonnes/an).

Le Covid, « une chance » pour la filière viande !

Heureusement, l’abattoir municipal de Lons-le-Saunier s’en sort mieux : selon Fabien Deprost, directeur de Gexal  “5.730 tonnes ont été abattues l’an dernier pour un agrément de 6.000 tonnes” avec une répartition toutes espèces : “porc (en progression), bovin, ovin” provenant pour majorité de la grande région. Selon Sophie Fonquernie, l’espoir vient paradoxalement du Covid qui serait même “une chance”. Grâce au retour vers le local, on a constaté un retour en grâce des commerces de proximité. “Boucheries, grandes et moyennes surfaces représentent 70 % de nos débouchés” explique Sandra Royer, présidente  de Gexal.
La restauration en forte baisse ne représentait heureusement “qu’une part infime” de l’activité de Gexal. Les emplois (environ 25) ne sont donc pas menacés, l’abattoir peine même à recruter, du fait aussi de ses conditions de travail  (embauche à 4h du matin…). L’autre bouée de sauvetage des abattoirs pourrait venir d’une diversification dans la première transformation : de la découpe à façon, permettant d’engranger de la marge bénéficiaire. Une découpe assurée à Lons-le-Saunier par les entreprises mitoyennes Py et Royer.

Dossier réalisé par Stéphane Hovaere.

Le Ministre de l’Agriculture s’est dernièrement rendu au lycée agricole de Montmorot, où il a échangé avec des élèves, puis dans une exploitation agricole à Ounans.

Un plan de soutien de 250 millions €

Dernièrement en visite dans le département, le ministre de l’Agriculture Julien de Normandie a expliqué que 125 millions € seraient dédiés aux investissements dans les abattoirs “pour contribuer au bien-être des salariés et des animaux”. Selon lui, “des hommes et des femmes exercent dans des conditions difficiles” dans les abattoirs, mais ces derniers s’avèrent indispensables pour la survie d’AOP ou d’AOC (exigeants dans leur cahier des charges un abattage local). 125 autres millions seront investis par l’État dans le soutien de la filière élevage, une filière soumise à davantage d’exigences sans hausse corrélative du prix de la viande. A propos d’actes extrémistes, qu’ils soient vegans ou anti-spécistes, Julien de Normandie a réaffirmé que les intrusions du style de l’association L.214 n’ont aucune légitimité, et qu’il “n’accepte pas qu’on impose un régime alimentaire à autrui”.

L’abattoir de Lons -qui emploie 25 personnes- se porte plutôt bien.

Le bien-être animal “pris en compte”

« On est vigilants sur le bien-être des animaux » a affirmé Fabien Deprost, directeur de l’abattoir depuis trois ans. Des travaux ont été entrepris pour ce faire, par exemple la « pose de films bleus sur les fenêtres et de lumière bleutée ». « Des ventilateurs rafraichissent les animaux en cas de chaleur, et ils sont abreuvés et nourris » a-t-il précisé. Des agents de la DDCSPP sont présents tous les jours pour l’arrivage des animaux et assistent parfois aux mises à mort. Des mise à mort effectuées via un pistolet d’abattage (le ‘Matador’) pour les bovins et par électronarcose pour les porcins et les ovins : une perte de conscience qui précède la saignée…