Qui veut la peau du lynx boréal ?

A l’instar du loup, ce super-prédateur déchaîne les passions. Accusé de décimer les populations de chevreuils par les uns, protégé bec et ongles par les autres, il reste un des emblèmes faunistiques du Jura comme le grand tétras.

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Majestueux félin peuplant les forêts jurassiennes, le lynx sera équipé de collier GPS. Crédit photo : Aconcagua-commons.wikimedia.

Il fascine autant qu’il inquiète : invisible mais présent sur une vaste aire incluant le Jura, le Doubs et l’Ain, cet agile félin constitue un des emblèmes du département. Un emblème que le centre Athénas, situé à l’Etoile (à côté de Lons-le-Saunier) défend bec et ongles : il est vrai que le centre de sauvegarde de la faune sauvage rayonne sur toute la région centre-Est (onze départements dont le Jura, le Doubs, la Haute-Saône, le Territoire de Belfort mais aussi la région Bourgogne et Rhône Alpes entre autres) et se bat depuis 1987 pour les recueillir, soigner et réhabiliter avant de les relâcher dans le milieu naturel.
Lors d’une conférence donnée à Macornay devant une salle des fêtes pleine à craquer, son emblématique directeur, Gilles Moyne a dévoilé de nombreux détails sur l’hôte invisible de nos bois.
Selon lui, « Le Jura compte actuellement environ 40 individus » présents plutôt des premiers plateaux jusqu’aux confins de la Suisse et du Haut-Doubs. Un chiffre stable ou en diminution selon l’association, qui se base sur des données de l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage).
Le Jura reste cependant le territoire le plus peuplé de France, puisque le Doubs en compterait une trentaine, et l’Ain (Bugey) une vingtaine (le reste étant disséminé dans les Alpes). Quant aux Vosges, ils n’abriteraient plus que trois individus, après le tir volontaire d’un lynx découvert le 16 janvier 2020.

Des colliers GPS pour les chasseurs

Toujours selon Gilles Moyne, le lynx paye un lourd tribu aux accidents de circulation, qui constituent la première cause de mortalité non naturelle (environ 10 lynx par an). « Seuls 20% des lynx blessés suite à une collision survivent » précise-t-il. Mais c’est son régime alimentaire qui donne mauvaise presse au lynx : « un chevreuil par semaine ? ».
Faux selon Gilles Moyne qui reconnait que ce super-prédateur de 20 kg peut tuer un brocard de 20 à 25 kg, ou un chamois, mais table sur « 30 à 33 chevreuils par an ».
« Son régime alimentaire est diversifié : renards, lapins, lièvres, etc. ».
Pour en avoir le cœur net, la fédération de chasse a lancé en 2019 un programme Prédateur Proies Lynx : identifiés par piégeage photographique, l’objectif consiste à capturer 10% des lynx chaque année pendant 10 ans, pour les équiper de colliers GPS… et connaître ainsi leur impact sur le cheptel d’ongulés sauvages. Une décision qui ne passe pas pour le centre Athénas qui craint une exploitation cynégétique de ces précieuses données, et qui dit « Non au préfet ».
« Le préfet a validé par arrêté le Schéma Départemental de Gestion Cynégétique pour le Jura. Le problème avec ce document, c’est qu’il parle ouvertement de programmer la régulation de grands prédateurs, et de l’évolution du statut de protection du lynx ». Contacté, Christian Lagalice, président de la fédération de chasse du Jura, ne s’est pas exprimé sur ce sujet dans les délais impartis.

Contact : Centre Athénas 03 84.24.66.05 (pour signaler un lynx blessé, mort ou errant).

Dossier réalisé par Stéphane Hovaere.

Le centre Athénas recueille des jeunes ayant perdu leur mère. Crédit photo : Guillaume François/ Athénas.

Un animal très sauvage

C’est la nuit (du crépuscule au lever du soleil) que le lynx chasse. Comme le chat, il s’approche au plus près de sa proie à pas feutrés, pour pouvoir la capturer par surprise après une brève course d’attaque (moins de 20 mètres, avec des bonds jusqu’à 5 mètres). « Il a peur de l’homme » précise Gilles Moyne, autant dire que vous n’en verrez presque jamais, sauf cas très exceptionnels…