Le livre fait un tabac dans le Jura

Privés de sorties et de culture, les jurassiens se sont tournés en masse vers les libraires indépendantes.

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Florence Javelle (à droite) a le sourire : les affaires et les pages tournent bien.

Prisonniers de leur propre domicile, les jurassiens ont retrouvé le chemin de leur bibliothèque. Une vraie planche de salut pour s’évader d’une réalité et d’un monde par trop atterrants. Grands gagnants de cette appétence, les libraires indépendants, comme Guivelle à Lons-Le-Saunier. D’après la gérante Florence Javelle, le livre a également profité du niveau affligeant des programmes télévisés. « Durant le 2e confinement, nous avons transformé notre site ‘vitrine’ en site de vente, avec retrait en click and collect, ce qui a permis de sauver les meubles ». Et aux déconfinements, en particulier en décembre, les clients se sont rués en librairie avec « l’envie de se faire plaisir, et l’achat de beaux livres », conséquence sans doute également d’économies forcées réalisées ailleurs. L’expédition des livres a été proposée gratuitement, suite à la décision de l’Etat de prendre en charge intégralement celle-ci. « Un ex-jurassien installé en Martinique nous a ainsi commandé des livres » relate la libraire, mais le click and collect a davantage rempli le tiroir caisse que la vente par correspondance : de vrais métiers, chronophages, où le conseil cède la place à la logistique. Quant à la concurrence des géants du numérique et du e-livre, elle ne semble pas trop l’inquièter, constatant avec joie que la forme, le plaisir de feuilleter des pages ont la peau dure. « La culture c’est important »  conclut Florence Javelle, qui « pense beaucoup aux autres acteurs culturels qui galèrent ».

Un “relais colis” local à Dole

A la librairie la Passerelle à Dole, le gérant Mathieu Cascaret fait un constat similaire : à la faveur des confinements, la lecture est devenue la valeur refuge par excellence. Faute de théâtre, de cinéma, de concert, de spectacles vivants, les jurassiens se sont tournés vers le bon vieux livre. Pour faire face, la librairie a innové durant le 2e confinement : « Nous avons mis en place un système de vente en click and collect qui a très bien fonctionné (environ 30 ventes par jour). Nous avons également proposé une sorte de ‘relais colis local’ dans 4 commerces partenaires, où nos clients pouvaient venir retirer leurs ouvrages. Enfin, nous avons également proposé l’expédition gratuite de livres », grâce aux incitations de l’Etat. Un système qui a connu un succès moindre. Dans le Jura, les clients semblent encore attachés au format papier du livre, question de mentalité, de ruralité, de pyramide des âges entre autres. Au final Mathieu Cascaret se réjouit du succès des librairies indépendantes et se dit résolument « optimiste » pour l’avenir.

Le streaming littéraire plait aux plus jeunes

A l’inverse des librairies ayant pignon sur rue depuis des siècles, une start-up comme « Rocambole » développe un concept novateur. « La France a loupé le streaming télévisuel » constate François Delporte, un des co-fondateurs de la société implantée à Avignon et Paris entre autres. D’où l’idée de fonder une plateforme proposant pour « le prix de deux livres par an », l’accès à des séries littéraires (8 à 12 épisodes de 5 minutes chacun), faciles à lire sur smartphone ou tablette. Une ‘speed lecture’ nomade qui séduit particulièrement les moins de 18 ans ou les plus de 35 ans. Vu les privations endurées par les Français, certains genres ont cartonné comme « la romance, la comédie, les biopics, car la lecture permet de s’évader en quelques lignes, de déconnecter ». Lire fait du bien, à tel point que les français ont dévoré en moyenne 2,5 livres durant le 1e confinement, les femmes constituant 70% des bataillons.