Le Deschaux : un village animé, structuré par une route

« C’est un village vivant. Il y a des animations. Il se passe pas mal de choses » souligne la boulangère du Deschaux. Située à une quinzaine de kilomètres de Dole, la commune périurbaine jurassienne du Deschaux bénéficie de la D475, qui est un véritable poumon pour les commerces. Petit arrêt dans cette localité…

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Au XIXe siècle, « les habitants du Deschaux ont voulu faire leur église », Patrik Jacquot.

Réel lieu de passage, Le Deschaux apparaît comme un carrefour entre la D475 et la D469. Cette commune à la croisée des chemins est tout de même vigoureuse, celle-ci comptant notamment six classes d’école, soit environ 140 élèves sans RPI (Regroupement Pédagogique Intercommunal).

Village verdoyant de la communauté d’agglomération du Grand Dole, Le Deschaux ne se résume pas uniquement à sa structure sur l’axe routier principal. Il est vrai que de nombreuses promenades le long de l’Orain ou au bord des multiples étangs de cette localité sont possibles.

Il n’y a pas de consensus quant à l’origine du nom du village. Pour Alphonse Rousset, Le Deschaux viendrait de la langue celtique Chod, signifiant « bois », ce qui est plausible puisque celui-ci fut autrefois couvert par la forêt. Toutefois, Ulysse Déjeux stipule qu’ « il est fort possible qu’il ait été tenu compte, pour la création du mot Déchaux (devenu Deschaux), à la fois de sa situation dans les bois et du fait par les habitants des hameaux primitifs de se déchausser pour le passage de la rivière ». Effectivement, l’autre hypothèse pour expliquer ce nom proviendrait du déchaussement des habitants pour traverser l’Orain afin de se rendre à l’église de la paroisse de Villers-Robert, les ponts n’existant alors pas.

Vers 1540, noble Philippe de Vaulchier d’Arlay fit venir environ 300 personnes qui s’installèrent au quartier des Noues et dans celui des Baraques. Au XVIIe siècle, les guerres et les pestes provoquèrent un choc démographique négatif considérable. La population déclina alors. En 1793, 663 habitants étaient dénombrés tandis qu’environ 60 ans plus tard, en 1851, 1130 personnes peuplaient Le Deschaux. À ce jour, ce chiffre reste l’acmé démographique du village. Néanmoins, suite à l’exode rural et aux deux conflits mondiaux, le nombre de Deschaliennes et de Deschaliens se réduisit drastiquement. Ulysse Déjeux note également que « cet exode fut causé en grande partie par l’absence, au Deschaux, des moyens de transport rapide, le chemin de fer notamment ». Ainsi, en 1954, la commune enregistrait une chute démographique de plus de 55 % par rapport à 1851, celle-ci comptant seulement 505 habitants. En revanche, depuis les années 1950, la tendance démographique générale est positive, si bien qu’en 2016, Le Deschaux abritait 1022 âmes.

Histoire et origine de cette localité

Au Ve siècle, des Burgondes vinrent probablement s’installer sur l’actuel territoire du Deschaux notamment dans les quartiers du Carrouge et des Granges. Jusqu’au XIVe siècle, Le Déchaud et Villers-Robert avaient les mêmes seigneurs. En 1389, ce premier passa sous l’autorité de la maison de Chissey.

Comme l’indique le site internet du Deschaux : « à l’emplacement actuel du château existait un bâtiment appelé Tour de Lioutre ». Les rendez-vous dans ce lieu permettaient alors aux membres de la maison de Chissey d’aller chasser. Cette élévation existait encore à la fin du XVIIe siècle. Au début du XVIIIe siècle, le château fut bâti.

En 1536, noble Philippe de Vaulchier d’Arlay – qui était notamment secrétaire de l’empereur – acquit cette terre et augmenta la population. Toutefois, le village n’avait pas sa morphologie actuelle.

Signés en 1678, les traités de Nimègue eurent notamment pour effet le passage du comté de Bourgogne sous l’autorité du roi de France. Alors, Le Deschaux devint officiellement français.

Suite à la conquête française, une route royale passant par le village fut établie. Progressivement, les habitants des communautés humaines voisines s’installèrent le long du nouvel axe de communication. Le Deschaux acquit alors lentement sa structure contemporaine.

En 1814, suite aux multiples guerres napoléoniennes, les Autrichiens provoquèrent de lourdes pertes dans cette localité tandis que durant la guerre franco-prusienne (1870-1871), les Prussiens effrayèrent les Deschaliens et les Deschaliennes durant une vingtaine de jours.

Au XIXe siècle, « les habitants du Deschaux ont voulu faire leur église » explique monsieur le maire. Décidée par une délibération du conseil municipal en 1830, la construction de l’église fut effective à la fin des années 1840.

La Première Guerre mondiale (1914-1918) endeuilla le village, celui-ci perdant une cinquantaine de ses enfants. Durant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), en juillet 1944, il y eut une embuscade dans le bois de Villers-Robert. Les Allemands firent alors des otages. Parmi ceux-ci, cinq Deschaliens furent fusillés.

Plus joyeux pour la commune, l’écrivain Marcel Aymé (1902-1967) fréquenta probablement le village, celui-ci ayant de la famille au Deschaux.

Réel lieu de passage, Le Deschaux apparaît comme un carrefour entre la D475 et la D469.

Au bord de l’annexion

De profondes relations existent entre Villers-Robert et Le Deschaux. Jusqu’au XIVe siècle, le quartier des Noues appartenait par exemple à ce premier village.

La querelle entre les deux communes s’intensifia au XIXe siècle. En effet, en mars 1821, le conseil municipal de Villers-Robert demanda purement et simplement l’annexion du Deschaux. Une requête plutôt atypique et inhabituelle qui resta dans les cartons…

Une rue des Miracles peu chrétienne…

Bordant les anciens vergers du seigneur du Deschaux, la rue des Miracles était propice aux rendez-vous. La nature faisait alors son œuvre… si bien, qu’au moins la moitié des naissances avant la Révolution française (1789-1799) avaient lieu en dehors du sacrement du mariage.

« On disait donc, par moquerie, qu’une naissance dans ces conditions était un miracle » explique Ulysse Déjeux. Ainsi, cette rue prit le nom de rue des Miracles bien qu’il n’y ait eu aucun miracle chrétien.

La mairie du Deschaux.

L’étang communal Faigny

En 2009, Le Deschaux acheta 17 hectares de forêt à la localité voisine, Tassenières. Au sein de celle-ci, se trouve l’étang Faigny. Suite à des travaux en 2010 et à l’installation – par l’association « La Fruitière » – d’équipements rendant le lieu agréable, les Deschaliennes et les Deschaliens purent y pêcher dès 2011.

Selon le règlement « l’autorisation de pêcher est accordée tous les jours, pendant la période d’ouverture, du lever au coucher du soleil, à tous les habitants du Deschaux et ayants droit munis d’une carte ». Des journées détentes à planifier pour l’année prochaine…

Bientôt une maison de retraite…

« Conserver les commerces n’est pas une chose facile » concède Patrik Jacquot, maire de la commune depuis 2001. D’un petit commerce de première nécessité à une boulangerie, les Deschaliens et les Deschaliennes bénéficient d’une vingtaine de commerces, ce qui permet de vivifier le village.

Néanmoins, le premier magistrat de la commune aimerait toutefois qu’un boucher vienne travailler dans l’espace boucherie du village : « on a mis des sous pour ce coin boucherie et aujourd’hui, on n’a personne ».

Cette localité étant traversée par la route Dole-Lons-le-Saunier, de multiples personnes s’arrêtent quotidiennement au Deschaux. « On a eu beaucoup de touristes étrangers cette année », se réjouit la boulangère du village. Monsieur et madame Ferry ayant ouvert en avril dernier un bar-restaurant souhaiteraient tout de même que « plus de gens du Deschaux viennent ».

Les enfants étant présents en quantité – environ 140 élèves – une micro-crèche fut créée en 2013. Un centre de loisirs rend également service aux parents.

Riche d’un bureau de poste communal et de deux professionnelles de santé, Le Deschaux se dotera bientôt d’une maison de retraite qui accueillera normalement une vingtaine de résidents à l’automne 2020.

« Le grand débat, c’est bien ; maintenant, il faut passer aux travaux pratiques », Patrik Jacquot.

Je suis inquiet pour l’avenir…

Plusieurs associations animent fréquemment Le Deschaux. L’association communale de « La Fruitière » est primordiale pour cette localité. Créée en mars 1981, celle-ci prit le nom de la salle de tenue des réunions – lieu qui servait jadis à transformer le lait des paysans en comté. Donnant une force à diverses activités, les bénévoles de « La Fruitière » dynamisent Le Deschaux par plusieurs manifestations comme le traditionnel vide-greniers se déroulant le dernier dimanche de juillet et attirant environ 2 000 personnes.

Une douzaine d’associations insuffle au Deschaux une certaine vitalité. Du Foyer Rural à deux associations pour les retraités, les Deschaliennes et les Deschaliens ont à leur disposition une large offre d’activités pour tisser des liens sociaux avec leurs voisins. Un club canin renommé fait également la réputation du village.

Néanmoins, Patrik Jacquot s’inquiète du devenir de ces associations : « on a de bonnes associations […] on essaye de bouger un petit peu, mais on a des problèmes de bénévolat ». Une embûche qui semble récurrente…

Afin d’embellir et de rendre davantage agréable la vie dans la commune, un petit parc pour les enfants ainsi qu’un city stade furent créés cette année. Comme dans plusieurs localités du Jura, des travaux de mise en accessibilité aux personnes à mobilité réduite furent également menés dans les bâtiments communaux.

Devant entretenir 17 kilomètres de voirie communale, Le Deschaux subsiste par sa capacité à attirer de jeunes ménages. Après avoir envoyé en vain une lettre à Emmanuel Macron et à de multiples élus, Patrik Jacquot s’insurge : « j’ai des demandes sans arrêt pour acheter des terrains au Deschaux. On ne sait pas pourquoi on n’est pas constructible. […] Notre seule ressource passe par une augmentation raisonnée de notre population et par voie de conséquence, par la construction de maisons individuelles construites par de jeunes couples sur des terrains qui n’ont aucune valeur agricole significative ». Bien décidé à lutter pour rendre des terrains constructibles, Patrik Jacquot – qui annonce sa candidature aux élections municipales de mars 2020 – compte bien faire entendre sa voix. « Je suis inquiet pour l’avenir. Notre village va péricliter. Quand on n’avance pas, on recule. Le grand débat, c’est bien ; maintenant, il faut passer aux travaux pratiques ».

« Il est fort possible qu’il ait été tenu compte, pour la création du mot Déchaux (devenu Deschaux), à la fois de sa situation dans les bois et du fait par les habitants des hameaux primitifs de se déchausser pour le passage de la rivière », Ulysse Déjeux.

Petite commune charmante relativement animée, Le Deschaux connaît aujourd’hui une vitalité démographique propice à son développement.

Pour aller plus loin : bibliographie non exhaustive :

DÉJEUX Ulysse, Histoire du Deschaux (Jura), Paul Audebert éditeur, Dole, 1910.

ROUSSET Alphonse, MOREAU Frédéric (collaborateur), Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté (…), Bintot, Besançon, tome II, 1854, pp. 379-383.

Anthony Soares

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