Le dernier ours polaire sera-t-il champagnolais ?

« Un jour, il n’en restera peut-être qu’un ». A travers son ours en acier recyclé qui voyagera au Groenland, l’expédition « Atsunai kammak » (« Au revoir camarade » en inuit) entend fait passer un message fort sur le dérèglement climatique.

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Ce beau bébé de 120 kg en acier recyclé va vivre d'extraordinaires aventures.

« C’est un projet un peu fou qui devient réalité » : pour Céline Fauvey, chargée de communication de l’expédition « Atsunai kammak », l’ours en acier recyclé de 120 kg forgé par Pascal Bejeannin –artiste champagnolais inclassable- va entamer une extraordinaire aventure. Lui qui n’était que déchets métalliques glanés ici et là autour de Champagnole, va devenir la vedette d’un minuscule village situé sur la côte Ouest du Groenland. Oqaastsut, son lieu de villégiature (provisoire), n’a pas été choisi au hasard. Le village qui abrite une petite usine locale (transformation du flétan et de la morue du Groenland) est impacté de plein fouet par le dérèglement climatique. « Les 39 habitants n’ont pas vu d’ours polaire depuis 13 ans » expliquent les organisateurs de l’expédition : quelle sera leur réaction face à ce nouveau venu pour le moins surprenant ? Mais surtout quelle sera la réaction des humains face aux conséquences de leurs actes ? Car « Au revoir camarade » entend donner un coup de pied dans la fourmilière, voire « réveiller des consciences aveuglées ».

L’Espace des Mondes Polaires, début et fin du voyage

Les tribulations de l’ours champagnolais en terres inconnues donneront en effet lieu à de multiples échanges : Cédric Bejeannin, 38 ans, (qui n’est autre que le frère de Pascal) réalisera en effet pour Mizenboite un documentaire soigné dont l’ambition ne sera autre que « d’être une vraie référence des films lanceurs d’alertes ». En parallèle, l’école de Prémanon et celle d’Oqaastsut (7 élèves) noueront un jumelage riche en découvertes pédagogiques. L’équipe précise toutefois qu’ »il ne s’agit pas d’un projet moralisateur, mais humblement d’une envie de constat de l’action de l’homme par l’art ». Le réchauffement climatique entraîne une disparition des zones d’habitat naturel de l’ours polaire. Les scientifiques constatent aussi des pollutions au mercure et aux hydrocarbures.  Le cadre de vie des ours polaires est bouleversé, il en est de même pour celui des populations humaines.

L’ours blanc a disparu depuis 13 ans du petit village groenlandais où l’ours en acier prendra place.

Une escale dans la cabane de Paul-Emile Victor

Après avoir été inauguré le 15 février dans le magasin « Comptoir de l’Ours » (partenaire financier de l’expédition), l’ours de Pascal Bejeannin est exposé au sein de l’Espace des Mondes Polaires à Prémanon (dirigé par Stéphane Niveau). Une manière de préparer son voyage, avant de rejoindre en juin sa destination finale…ou presque. Car explique Céline Fauvey, l’ours voyagera dans divers lieux emblématiques : il fera ainsi escale près de la cabane où vécu notre immense explorateur jurassien : Paul Emile Victor. La cabane profitera d’ailleurs de l’occasion pour se faire une beauté « grâce aux peintures Veia, respectueuses de l’environnement et de la santé ». Grâce à l’explorateur lédonien François Bernard alias « Ben » et à son voilier polaire Atka, l’ours voyagera au fil des saisons sur la côte Ouest du Groenland à la rencontre des populations locales, avant de revenir à l’Espace des Mondes Polaires à l’horizon juillet 2020. L’aventure « Au revoir camarade » ne s’arrêtera toutefois pas là, puisque l’ours champagnolais ne constitue que le premier maillon d’un projet beaucoup plus vaste et ambitieux. Devraient lui succéder par la suite « un gorille en Afrique Centrale (Gabon), ou encore une tortue luth en Asie du Sud-Est » précise Céline Fauvey. De quoi nourrir peut-être les rêves et –on l’espère- les actes de tous ceux qui croiseront de près ou de loin leurs chemins quasi-mystiques ? Cette première atypique promet en tout cas une belle aventure humaine autant qu’artistique…