Laurent de Bondy, une analyse inédite du scandale des décorations

Né durant la Seconde Guerre mondiale à Loches, Laurent de Bondy a publié en 2018 un ouvrage proposant un examen nouveau du scandale des décorations. Descendant de Daniel Wilson (1840-1919) et de Jules Grévy (1807-1891), il considère que son aïeul fut victime d’un complot politico-médiatique. Explications.

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« Je voulais entrer un peu plus dans ce sujet de manière honnête, en citant tout ce qui pouvait être retenu pour ou contre lui. J’ai donc écrit ce livre pour défendre Daniel Wilson. C’est une défense, mais je dis des choses parfaitement véridiques et vérifiables, en reprenant des documents d’époque » ; Laurent de Bondy.

L’œuvre d’un descendant du président

Arrière-petit-fils de Daniel Wilson, Laurent de Bondy conserve des relations privilégiées avec le Jura, et plus précisément avec Mont-sous-Vaudrey, la patrie du seul président de la République française franc-comtois. Depuis le scandale des décorations, sa famille souffrait des regards portés à l’égard de son aïeul. Lorsque la retraite vint, Laurent de Bondy ressentit le besoin d’entreprendre des recherches pour défendre son aîné. « Je voulais entrer un peu plus dans ce sujet de manière honnête, en citant tout ce qui pouvait être retenu pour ou contre lui. J’ai donc écrit ce livre pour défendre Daniel Wilson. C’est une défense, mais je dis des choses parfaitement véridiques et vérifiables, en reprenant des documents d’époque ».

Ingénieur de l’École Centrale, Laurent de Bondy est également diplômé de l’Institut d’Études Politiques. Il a travaillé successivement chez Kodak (informatique), à la SNECMA (contrôle de gestion) et dans une entreprise du secteur de l’emballage, en tant que Secrétaire général. Dans son ouvrage Défense de Daniel Wilson, cet intellectuel encra sa plume pour apporter une nouvelle analyse des sources propres au scandale des décorations.

Un homme vraiment influent !

Intéressé par la politique, Daniel Wilson devint bientôt député d’Indre-et-Loire. En octobre 1881, il épousa Alice Grévy, la fille unique du président de la République française. Jules Grévy occupait alors cette fonction depuis le 30 janvier 1879. Il avait une confiance considérable envers son gendre, si bien que celui-ci occupa un rôle de médiateur non rémunéré, au palais de l’Élysée, afin de recevoir les visiteurs ayant des requêtes à formuler au président. Il reçut alors des personnes qui souhaitaient être décorées d’une légion d’honneur.

Bien que vivant au palais de l’Élysée, Daniel Wilson « [contrôlait] un groupe de quotidiens régionaux bon marché, qui [faisait] de la concurrence aux grands journaux parisiens distribués dans toute la France » ; précise Laurent de Bondy. Un homme vraiment influent !

En 1887, Daniel Wilson fut impliqué dans un scandale où il fut accusé, à tort, de trafic de décorations, notamment de légions d’honneur. Suite à des manifestations, Jules Grévy démissionna le 2 décembre 1887 pour éviter un embrasement généralisé dans le pays. Après une condamnation assez lourde lors d’un premier procès, Daniel Wilson fit appel. À l’issue du second jugement, il ne fut plus inquiété – mais son nom demeura associé à la chute de son beau-père.

L’homme vêtu de noir est Daniel Wilson. Photographie prise au début du XXe siècle à Mont-sous-Vaudrey. © Alice Wilson. Collection Amaous.

Une nouvelle lecture du scandale des décorations

« Si on peut l’accuser de quelque chose, c’est d’avoir fait un peu de clientélisme » ; indique Laurent de Bondy, avant d’ajouter ; « on en a fait un modèle de la IIIe République corrompue ».

Lors de ses recherches, il considéra les différents motifs d’inculpation. Il réexamina notamment les « cas » Belloc, Legrand et Crespin.

Selon Laurent de Bondy, une étude objective des faits prouve que ce scandale fut l’œuvre de journalistes alliés à des politiciens ; « des journalistes ont colporté des rumeurs pour éliminer un concurrent et accroître leurs ventes, sans se donner la peine de vérifier leurs informations. […] [C]ertains hommes politiques […] ont également colporté des rumeurs pour se débarrasser de Wilson ». Dans un contexte politique difficile, certains voulaient effectivement se débarrasser de Jules Grévy, et provoquer la chute du premier président républicain.

D’autres arguments sont avancés pour expliquer les accusations proférées à l’encontre de Daniel Wilson, comme « la maladresse de Jules Grévy, qui a détruit une lettre qu’il jugeait – à tort – compromettante pour son gendre ».

Afin de restaurer l’honneur de Daniel Wilson et de sa famille, Laurent de Bondy fit une conférence à Loches pour exposer sa théorie. Prochainement, il devrait soutenir ses arguments dans le Jura.

Décédé en 1919, Daniel Wilson repose aujourd’hui aux côtés de Jules Grévy, dans le caveau familial, à Mont-sous-Vaudrey.