Quand l’artiste Pierre Duc rend hommage au secrétaire d’Erasme

Retour sur l'implantation d'une sculpture de Gilbert Cousin à Nozeroy, dans la cité natale de celui qui connu un prestigieux destin au 16e siècle.

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Pierre Duc (à g.) et sa sculpture "L'Humanisme en marche" tenant sous son bras "l'Eloge de la folie"...

A l’instar de la place des Grands hommes à Paris, Nozeroy compte désormais sur sa place principale la silhouette d’un homme au destin peu commun. Un homme, Gilbert Cousin, qui vécu dans l’ombre du célèbre Erasme.
Grande figure de l’humanisme du 16ème siècle, Érasme de Rotterdam fût un esprit ouvert et cultivé à l’heure où la religion régissait strictement le monde. Mais derrière tout grand homme se trouve des collaborateurs : selon Jacques Mivelle, président des Amis du vieux pays de Nozeroy, Gilbert Cousin fût de ceux là. Né le 21 janvier 1506 à Nozeroy, celui-ci fût d’abord domestique d’Erasme, puis promu secrétaire particulier en raison de son esprit éclairé.
Un travail de « crève la faim » selon Jacques Mivelle, ce qui explique qu’il donna suite en 1535 à la proposition du seigneur de Nozeroy de revenir au pays pour y devenir premier chanoine. Une décision lourde de conséquences, puisque Gilbert Cousin écrivit à Erasme son ennui de revenir dans une bourgade jurassienne, alors qu’il côtoyait à Bâle les plus grands philosophes du 16e siècle.
Selon Jacques Mivelle, le Nozérien « créa une école où il enseignait la médecine, le latin, le grec et l’hébreu ». L’enseignement de cette dernière langue, langue biblique, inquiéta les franciscains qui n’eurent selon Jacques Mivelle de cesse de l’épier dans les années 1550-1560 et de le dénoncer au Pape Pie V…
Sans compter ses œuvres subversives à l’égard du catholicisme… A tel point qu’en vertu d’une bulle papale, Gilbert Cousin fût jeté en prison en 1567, une prison administrée par un de ses anciens élèves et où il finit ses jours en 1572.
Comme témoignage de ce destin hors normes, la silhouette de Gilbert Cousin arpente désormais la place de son village natal, qui peut s’enorgueillir d’avoir lui aussi hébergé un précurseurs du siècle des Lumières.

L’humanisme en marche

Selon Pierre Duc, artiste champagnolais éminemment (re)conu pour ses œuvres de land art (en particulier pour les passages du Tour de France), le projet de cette sculpture en bronze a duré environ une année.
Une année durant laquelle l’artiste a affiné la silhouette de Gilbert Cousin : « un visage, des mains des pieds figuratifs » tandis que sa robe de bure s’affiche de belle façon, plus abstraite et contemporaine.
« Gilbert Cousin a été implanté sur la place des Annonciades et en marche vers sa maison natale toute proche, avec son bras l’Eloge de la folie ». Œuvre culte d’Erasme s’il en fût…