L’accompagnement du projet d’Alexis Lambert par le SIVAM Le Serpolet

« La dynamique du Serpolet est bien d’informer, soutenir, accompagner. »

0
115
Alexis Lambert.


Originaire du Haut-Doubs, Alexis est un jeune qui veut se lancer dans le maraîchage bio en 2018. C’est par son grand intérêt pour l’écologie qu’il a souhaité se reconvertir dans l’agriculture afin d’être un acteur de la préservation de l’environnement mais aussi d’un territoire, pour comme il l’explique « faire pousser sa propre nourriture et en distribuer aux autres. »
Alexis est autodidacte, n’a aucune formation dans l’agriculture. Son expérience vient de celle vécue en faisant le jardin de ses parents et au travers de différents temps de wwoofing au sein de fermes maraîchères de diverses tailles.

Maraichage sous forme circulaire.
Maraichage sous forme circulaire.

Aujourd’hui, Alexis souhaite exploiter un terrain d’un hectare qu’un couple de retraités a souhaité lui mettre à disposition dès 2020. Pour commencer, il a défriché durant l’été une bonne partie du terrain, qui était alors en friche depuis 40 ans. Puis « depuis novembre 2020, je travaille la terre puis j’ai démarré les semis en mars. La terre est argileuse, j’espère que ça ne posera pas trop de problème au moment du repiquage. Malgré les châssis que j’ai construits en matériaux de récupération, j’ai tout de même dû rentrer à la cave tous mes semis plusieurs nuits de suite lors des grandes gelées, puis les ressortir chaque matin. J’ai eu la chance de pouvoir tout sauver. Au-delà des caprices de la météo, ces temps de contact avec la nature, me permettent de m’ancrer doucement dans ce monde de la terre. ».
L’idée générale est « viser la diversité plutôt que produire de la quantité et le tout sans pesticides, sans plastiques, sans pétrole…et sans être passé par le circuit de formation classique. »

Projet : Ne pas en rester là !


Alexis est assez solitaire. Bien qu’il apprécie cela, il a bien compris que les contacts avec les autres dans ce métier sont très importants et constructifs. De plus, il a plein d’idées dans la tête comme « développer un projet pédagogique autour du concept de – préserver la terre et ce qui y pousse – sous forme d’ateliers avec des enfants. Mais, avant il faut que je crée mon entreprise ; c’est la prochaine étape.»
Très indépendant, Alexis n’aime pas dépendre d’autrui et a du mal à solliciter l’autre, par peur de déranger. Il a une idée des prochaines étapes et précise « je vois globalement ce qu’il me reste à faire pour mon installation, les interlocuteurs que je dois contacter et rencontrer. D’autre part, je passerai sûrement un BPREA (Brevet Professionnel Responsable d’Exploitation Agricole en maraîchage bio diversifié) mais pour ce faire je dois trouver des financements. Or, je me vois mal demander des financements sans être sûr de mon projet ni être en accord avec moi-même. C’est pourquoi je préfère, dans un premier temps, vivre une saison complète de découverte et d’apprivoisement du terrain, quitte à ne pas ressembler encore à un « vrai maraîcher », avant de m’inscrire sur cette formation professionnalisante ».

Maraichage sous une autre "forme".
Maraichage sous une autre “forme”.

Les membres du CIVAM le Serpolet, qu’ Alexis a rencontrés, constatent que « les porteurs de projets sont précieux car aujourd’hui il y a beaucoup de départs à la retraite donc besoin de jeunes pour prendre le relais. Les jeunes apportent un plus, du nouveau, une énergie dynamique. »

Liens et conseils du CIVAM Bio le Serpolet: : de l’idée au projet

En débutant dans ce nouvel univers paysan, il est important qu’Alexis soit conseillé et guidé pour mener à bien son projet d’’installation maraîchère. C’est de cette manière qu’il s’est rapproché du CIVAM Bio le Serpolet. Pour accueillir des porteurs de projets, cette association dispose d’une commission « Porteurs de Projets » composée de bénévoles, anciens paysans ou personnes expérimentée ainsi que d’une salariée diplômée en agriculture (Ingénieure Agronome). L’association lui indique aussi la possibilité de s’adresser au point Accueil Information de la Chambre d’Agriculture quand son projet aura mûri.
Il est important de montrer aux néo paysans qu’ils vivent sur un territoire qu’ils doivent apprendre à connaître et où c’est à eux d’aller vers les autres. Ils y rencontreront des alliés mais aussi de toute évidence des freins et des détracteurs.
Le CIVAM* Bio le Serpolet, comme il le fait avec d’autres porteurs de projet, propose de considérer ses atouts et leviers pour la réussite de son entreprise mais aussi des contraintes qui ont été identifiées ; prendre conscience de ses freins, afin de mettre en place un processus qui va permettre de les lever petit à petit.

Maraichage à Chatelay.

Dans le cas d’Alexis, l’association lui propose de rencontrer d’autres producteurs. Pour des maraîchers, il est intéressant d’échanger sur la nature des terrains, sur les techniques de plantations, d’irrigation, de commercialisation. Autour de Dole, plusieurs agriculteurs bios sont installés comme, en autres, Cyril Clément à Augerans, Adeline Simon et Anne-Sophie Charles aux Jardins de La Guinguette aux Hays ou Mickaël Merone (Les Jardins de l’Apprenti’Sage) à Chatelay. Ces rencontres permettent de prendre des conseils et savoir-faire auprès de paysans expérimentés.

Un soutien des élus

Pour la situation particulière d’Alexis, il serait aussi utile qu’il rencontre des élus locaux comme les maires de Pierre de Bresse et/ou de Neublans. Les communes, au plus près des habitants, peuvent être un appui conséquent pour des jeunes paysans qui veulent s’installer. On apprend des relations sociales et on offre aussi aux autres, c’est un échange.
Un paysan qui s’installe contribue à revitaliser le territoire rural. Pour l’Association, le fait de proposer un projet innovant est un atout pour le territoire. Un paysan qui s’installe va apporter beaucoup à la vie du village ; une activité économique, bien sûr, mais aussi une possibilité de se nourrir localement et sainement, et sans doute une animation avec la création possible d’un marché local, un lieu de rencontres et de lien social.
Les maraîchers bios se développent bien dans le Jura et les chiffres montrent l’évolution conséquente de ce mode de culture qui représente à ce jour 10% des fermes (voir plus bas l’encart sur l’évolution du BIO en Franche- Comté)**. Pour qu’ils se connaissent mieux entre eux et puissent se soutenir, il serait intéressant de développer encore des rencontres et des temps d’échanges entre maraîchers. Ces pratiques existent déjà notamment avec Inter bio ou des syndicats agricoles. Des tutorats pourraient aussi être pensés et mis en place ; ce pourrait être très pertinent.

Des projets pour 2021 : ne pas rester isolé


Parmi les différents projets pour cette année 2021, le CIVAM le Serpolet va accompagner les porteurs de projet agricoles (maraîchage ou autre culture diversifiée) dans l’étude de faisabilité de leur projet, en apportant une méthodologie. L’installation en agriculture est d’une grande complexité : il sera question du statut juridique, social et fiscal… Plusieurs étapes sont à franchir avant de s’installer. Des démarches complémentaires sont à mener auprès de la Chambre d’Agriculture et les autres services liés à l’agriculture comme la Direction des territoires, la SAFER . L’ installation est complexe et c’est aussi pour cela qu’il est important d’être bien conseillé car cela évite les erreurs et permet de gagner du temps.
En amont de l’installation, la connaissance de la réalité du métier d’agriculteur peut être transmise par des pairs ; comme le dit Le Serpolet : « nous croyons, de par notre expérience, en la transmission de l’aîné au jeune. Nous savons aussi qu’il est important de freiner l’agrandissement des exploitations qui entraîne de forts endettements et qui est un piège. Il est possible de gagner correctement sa vie avec une petite exploitation bien gérée. »

Produire, mais aussi vendre…

Le paysan, en vente directe, doit savoir produire mais aussi vendre…
Une fois installé, une fois la récolte faite, il importe alors de vendre sa production. Questions importantes à se poser dès le départ : comment je commercialise ? Où ? A qui ? Comment je crée une AMAP ? Dans quel réseau est-il important que je sois ? Comment me faire connaître ?
De nombreux producteurs privilégient la vente en circuit court de proximité ou la vente directe du producteur au consommateur. La vente en direct leur permet de retrouver la fierté de vendre sa propre production et d’en vivre dignement.
Sur Dole, il existe déjà plusieurs magasins spécialisés en bio. Depuis plus de 10 ans, tous les jeudis soir de l’année, se tient le marché des producteurs au cours St Mauris à Dole. En été, hors pandémie, les Dolois apprécient les barbecues paysans qui leur permettent d’acheter et de déguster les produits sur place, au son de la musique. De belles soirées en perspective ! Cette année, un marché de producteurs locaux se tient aussi alternativement les samedis matin sur Parcey, Mont S/Vaudrey, Rahon et Tassenières.

La Coopér’Active Paysanne, via le site “Les collectifs bio.org” est aussi un circuit de vente original qui fonctionne depuis plusieurs années, suscité au départ par l’association Le Serpolet : il s’agit de commander en ligne des produits locaux et bio avec récupération de l’ensemble de sa commande les vendredis soir. Ce sont des producteurs locaux qui s’organisent ainsi avec le concours de bénévoles pour gérer le site et les commandes. Il n’est pas toujours facile de tenir sur l’année entière car les productions, en particulier de légumes sont saisonnières . “Nous avons constaté que les légumes sont moteurs car quand il n’y en a pas, les marchés fonctionnent moins bien“.
Les AMAP représentent une façon plus sécurisée pour le producteur : en début de saison, les consommateurs -les AMAPiens- font plusieurs chèques et préachètent la production sur l’année. De son côté, le paysan en AMAP s’engage à fournir une part de sa production chaque semaine. Cela peut se faire pour des légumes, mais aussi pour du pain, des œufs… Il existe plusieurs AMAP dans la région doloise : à Dole mais aussi à Tavaux, Orchamps, Dampierre. Ce système est un vrai soutien au producteur car il s’agit d’un engagement des consommateurs à pré acheter sur toute la saison ; une partie de ses recettes sont ainsi assurées. Voir le site du Réseau régional des AMAP de BFC et MIRAMAP (réseau national).

La nouvelle gouvernance du Serpolet

Depuis novembre 2019, l’association a inauguré, de façon expérimentale, une nouvelle forme de gouvernance : une gouvernance collégiale. Ceci pour partager davantage les responsabilités. Pour cela il a fallu considérer les diverses activités de l’association et les organiser en pôles. Cette forme de gouvernance partagée amène à organiser régulièrement des temps de réunion, de concertation. Les modifications des statuts ont été actées lors de l’Assemblée Générale du 27 mars 2021.
Pour gérer cette association, il y a un responsable de chaque pôle, mais au niveau administratif, il y a deux responsables identifiées, Annick Wambst et Claude Pinsard. L’association emploie une jeune ingénieure-agronome Claire-Marie Bonnet. C’est elle qui mènera, entre autres, les études de marché et l’accueil des porteurs de projets avec des liens forts avec d’autres associations de la région.
Pour financer ce poste l ’association ne peut plus guère compter sur des subventions de fonctionnement. Elle doit répondre à des appels à projets (qui constituent 80 % de ses ressources) afin de mettre en avant ses compétences. En outre, les personnes qui interviennent pour l’association sont des bénévoles, des jeunes en service civique, des apprentis.

Actions du SIVAM Le Serpolet.
Actions du SIVAM Le Serpolet.

 

La reprise des activités

Les projets autour de la pédagogie ont été rares depuis avril 2020 du fait du contexte sanitaire mais devraient prendre toute leur place dès septembre, s’il n’y a plus de confinement. La sensibilisation, l’éducation au sein des crèches, des écoles, des centres de loisir est une responsabilité que porte Le Serpolet avec les thèmes « De la fourche à la Fourchette », « Les perturbateurs endocriniens » « Zéro plastiques, zéro, déchets ».
Le Festival AlimenTerre va se poursuivre comme chaque année ainsi que l’action « Le Jura de ferme en Ferme » qui a permis en 2020 d’accueillir plus de 7 000 visiteurs.
Le projet RARES mobilise Le Serpolet au côté d’une quinzaine d’associations régionales afin de trouver de nouveaux outils à l’installation des paysans/semeurs du possible. Le Serpolet défend cet esprit de collectif citoyen avec, entre autres, l’association Terres de Liens.
Les projets sont locaux, régionaux, européens mais aussi mondiaux (Si on considère le festival AlimenTERRE menée sous l’égide de Recidev et de l’association “Peuples solidaires” .
Le Serpolet contribue aussi à des actions de formation et d’appui à l’émergence d’un projet ; c’est le cas de l’action menée sur 10 jours intitulée : « De l’idée au projet agricole » cofinancée par le Grand-Besançon depuis 2016 et depuis peu par la Région ; ces journées sont un véritable moteur pour les projets car durant ces journées sont abordé les aspects connaissance du milieu agricole et de la règlementation (impôts, gestion, droits des terres…) avec des temps de visites de fermes et rencontres avec des producteurs et un suivi de projet individuel ; cela crée aussi des liens forts entre les personnes.

(encadré)

Si vous souhaitez soutenir leurs actions, vous pouvez joindre l’association. Vous serez reçus avec grand plaisir par l’un(e) d’entre eux qui vous proposera, en fonction de vos souhaits et savoir-faire, différentes actions dans l’un ou l’autre des pôles : contribuer à la rédaction de la lettre aux adhérents, à l’organisation de visites de fermes, participer aux animations… ou à des missions plus administratives.

* CIVAM : Les CIVAM (Centres d’Initiatives pour Valorisves.er l’Agriculture et le Milieu rural) sont des groupes d’agriculteurs et de ruraux qui travaillent de manière collective à la transition agro-écologique. Ils constituent un réseau de plus de 130 associations qui œuvre depuis 60 ans pour des campagnes vivantes.

**Chiffres– janvier 2021 : C’est une nouvelle année record pour 2019 avec 358 nouvelles conversions et installations ! La dynamique de conversion engagée en 2015 ne se dément pas et hisse la Bourgogne-Franche-Comté au 8ème rang national avec 2 666 fermes biologiques. Cela représente 10% des fermes de la région. En termes de surfaces, la Bourgogne-Franche-Comté atteint cette année 195 753 hectares conduits en agriculture biologique dont 59 991 hectares en conversion (+16% par rapport à 2018) représentant aujourd’hui plus de 8% de la SAU régionale. La Haute-Saône occupe toujours le premier rang régional dans la part de SAU avec 13,1% en 2019 et le Jura la première place en part de fermes bio avec 14,7% du total de fermes.

Contact : Association CIVAM Bio Le Serpolet
27 rue de la Sous-Préfecture à Dole
contact@leserpolet.org
06 44 02 91 23
leserpolet.org