La Vieille-Loye, une clairière ayant la culture pour philosophie

Au cœur de la forêt de Chaux se dresse une petite communauté humaine d’environ 400 personnes. Village où le bois et la culture se conjuguent, La Vieille-Loye tente de tirer bénéfice de son enclavement – ce qui est loin d’être aisé. Des célèbres Baraques du 14 à l’exploration d’une grotte, visite de cette commune encerclée par la nature.

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Le XIXe siècle vit l’établissement notamment de l’église actuelle de la commune. Effectivement, au milieu de ce siècle, cet édifice religieux, placé sous le vocable de la Nativité de la Sainte Vierge, fut élevé.

Seule localité établie au sein de la deuxième forêt de feuillus de France, La Vieille-Loye est traversée par deux cours d’eau : la Clauge et la Tanche. Ce village verdoyant de la communauté de communes du Val d’Amour est l’objet de plusieurs manifestations, à l’instar des cafés philos. Les Vieilogiens et les Vieilogiennes peuvent alors randonner dans la forêt de Chaux tout en profitant d’un relatif accès à la culture.

Provenant de Vétus Logia, la signification du toponyme du village n’est pas certain. Ainsi, comme l’expliquait Alphonse Rousset au XIXe siècle, « Les historiens ne s’accordent pas sur l’interprétation du mot Logia. Les uns le traduisent par maison de chasse ; d’autres veulent lui faire signifier bureau d’entrepôt ou de péage ». Dans tous les cas, les habitants de La Vieille-Loye peuvent jouir de la riche biodiversité de la forêt voisine.

En 1793, 558 personnes étaient dénombrées à La Vieille-Loye tandis qu’environ 50 ans plus tard, 749 individus peuplaient le village. Depuis, ce chiffre demeure l’apogée démographique de la commune. Effectivement, le village connut progressivement une perte de population. Ainsi, en 1936, La Vieille-Loye enregistrait une chute démographique de plus de 50 % par rapport à 1841, celle-ci n’abritant plus que 382 individus. Il est vrai qu’en 1931, la célèbre verrerie de La Vieille-Loye cessa son activité, ce qui provoqua le départ de plusieurs personnes. Outre l’exode rural, ce choc démographique négatif s’inscrivit également dans les conséquences de la Première Guerre mondiale. Malgré des moments de croissance démographique positive, le village n’abritait plus que 309 habitants en 1982. En 2017, La Vieille-Loye comptait 404 âmes, soit 19 individus de plus que l’an dernier. En revanche, Alain Bigueur, maire du village depuis 1985, se veut rassurant, puisque qu’il estime que cette diminution est résorbée. En effet, « il y a eu des décès. Il y a eu des personnes qui se sont séparées. Cette fois-ci, il y a des naissances et des gens qui s’installent, donc, je pense que l’on est revenu au même niveau ».

Histoire et origine de cette localité

Faute de sources, il est complexe d’établir l’histoire du territoire de La Vieille-Loye avant l’an mil. À l’aube du deuxième millénaire, en 1087, la première mention écrite concernant le village permet de prouver son existence. Par conséquent, la « seule chose qui soit claire pour nous, c’est que la Vieille-Loye existait avant 1087, puisque à cette époque la Loye des environs de Belmont était qualifiée de Nouvelle, par opposition à la précédente », développe Alphonse Rousset.

Celui-ci poursuit en expliquant que « le comte Raynaud III donna, [au XIIe siècle], à l’abbaye d’Ounans, une place dans la partie de la forêt de Chaux dite la Vieille-Loye, pour y bâtir une grange ». Cette grange connut des vicissitudes puisqu’elle fut détruite en 1272, avant d’être reconstruite et de nouveau annihilée en 1374.

Au cours du Moyen Âge tardif (XIVe-XVe siècles), une motte féodale existait également avec un château [vers la confluence de la Tanche et de la Clauge]. Ce lieu fut abandonné à la fin du XIVe siècle. En 1477, La Vieille-Loye subit l’ambition dévastatrice du roi de France Louis XI (1461-1483).

Signés en 1678, les traités de Nimègue eurent notamment pour effet le passage du comté de Bourgogne sous l’autorité du roi de France. Alors, le village de La Vieille-Loye devint français.

Outre le développement de la verrerie, le XIXe siècle vit l’établissement notamment de l’église actuelle de la commune. Effectivement, au milieu de ce siècle, cet édifice religieux, placé sous le vocable de la Nativité de la Sainte Vierge, fut élevé.

« La Vieille-Loye a servi de lieu de transit au moment de la Seconde Guerre mondiale parce que l’on n’était pas loin de la ligne de démarcation. Quelques personnes qui se sont occupées de l’accueil et du passage habitaient à La Vieille-Loye », indique Alain Goy, le responsable des Baraques du 14.

Plus récemment, dans les années 1980, les auteurs Bernard Clavel et André Besson contribuèrent à la renommée de la commune par leurs écrits.

Seule localité établie au sein de la deuxième forêt de feuillus de France, La Vieille-Loye est traversée par deux cours d’eau : la Clauge et la Tanche.

Les Baraques du 14, l’âme du village

Les Baraques du 14 sont aujourd’hui un incontournable pour quiconque souhaite visiter la forêt de Chaux. Explications sur l’histoire de ce hameau par Alain Goy.

« À l’origine, les bûcherons-charbonniers de la forêt de Chaux habitaient dans les villages autour de la forêt. Ces gens vivaient sur deux mondes : sur le monde agricole l’été et sur le monde forestier l’hiver. L’hiver, ils faisaient des marches très importantes pour venir sur les chantiers. Très vite, ils se sont installés en forêt.

Alors, ils construisirent leurs maisons de façon anarchique. En 1830, les Eaux et Forêts entreprirent d’aménager le massif forestier. Ils gérèrent ce potentiel humain et ils créèrent quinze hameaux en forêt. Les Baraques du 14 est le quatorzième de ces quinze hameaux.

Tous ces hameaux disparurent entre la Première et la Seconde Guerre mondiale, au moment où arrivèrent dans nos villages des commodités de vie comme l’électricité et l’eau courante. Cette vie s’estompa peu à peu à l’exception des Baraques du 14, parce que l’on est proche du village de La Vieille-Loye.

Il y a une maison de 1537 aux Baraques du 14, c’est ce qui a provoqué l’existence du hameau. Les trois autres maisons datent de 1830. Le cinquième bâtiment est une extension de la deuxième baraque ».

Vivant dans une société relativement fermée, des centaines de bûcherons-charbonniers évoluaient dans la forêt de Chaux au XIXe siècle. Toutefois, seulement une trentaine de personnes résidait aux Baraques du 14. En 1961, la dernière maison habitée du hameau fut désertée.

Durant une vingtaine d’années, le site fut abandonné, si bien qu’en 1985, lorsque des travaux furent entrepris – notamment sous l’impulsion de l’ADAVAL – pour sauvegarder ce patrimoine, la deuxième maison fut détruite. En 1986, le site fut inscrit aux monuments historiques. Quatre ans plus tard, en 1990, les Baraques du 14 devinrent un écomusée.

Un chantier qui mobilisa de nombreux acteurs comme l’association des villages de la Forêt de Chaux ou l’Office national des forêts. Un pari réussi, puisque qu’actuellement, 8 000 visiteurs par an foulent la terre de cette ancienne communauté humaine.

Outre les multiples manifestations programmées dans ce lieu comme les soirées contes, Alain Goy se réjouit de l’existence du festival Philo Jazz qui a permis au site, l’an dernier, de rayonner par sa diversité culturelle. Une diversification des programmations culturelles qui devrait se poursuivre, puisque un théâtre de verdure devrait naître prochainement. Un Escape Game organisé par la communauté de communes du Val d’Amour verra le jour en été, ce qui permettra « aux Baraques de rentrer, en 2020, dans le XXIe siècle. Les Baraques du 14 sont un lieu de mémoire tourné vers l’avenir », estime Alain Goy.

Un lieu de mémoire qui sera à nouveau mis à l’honneur le 1er mai durant la fête des charbonniers ainsi que le 15 et le 16 août lors de la fête d’été.

Non loin de l’église du village, un étonnant panneau indique l’existence d’une grotte. Dédiée à la Vierge Marie, celle-ci fut construite en 1903.

Une grotte artificielle peu profonde

Non loin de l’église du village, un étonnant panneau indique l’existence d’une grotte. Dédiée à la Vierge Marie, celle-ci fut construite en 1903.

Peu avant de partir en pèlerinage à Lourdes, lors d’une balade, le curé indiqua, à un jeune, son souhait d’établir une grotte de Lourdes. Néanmoins, l’argent manquait pour réaliser ce dessein.

Pendant que le curé était en pèlerinage, ledit jeune alla chercher des amis pour construire une grotte de Lourdes à l’emplacement suggéré par l’ecclésiastique. Quelque temps après, la solidarité l’avait emporté – la grotte était élevée.

Aujourd’hui, le cadre est propice à des moments de délectation. Cet été, le 5 juillet, sera organisé un pèlerinage à la grotte, qui sera précédé d’une messe. Un moyen de faire vivre ce patrimoine religieux ombragé par la végétation.

La Vieille-Loye, une commune verdoyante.

Une verrerie historique

La première mention de la verrerie de La Vieille-Loye date de 1295. Toutefois, comme l’indique Alain Goy, celle-ci « se situait sur le village de Belmont, au lieu-dit la Vieille Verrerie ». Ainsi, l’histoire de la verrerie de La Vieille-Loye débuta sur le territoire d’une localité voisine.

En août 1636, quelques mois après la fin du siège de Dole, les Français détruisirent ladite verrerie. Une quarantaine d’années plus tard, en 1674 – année où la Franche-Comté fut conquise par Louis XIV (1643-1715) – une nouvelle verrerie fut installée. Néanmoins, celle-ci fut déplacée de son lieu initial vers La Vieille-Loye. Par conséquent, l’histoire de la verrerie dans le village débuta réellement en 1674.

« Celle-ci connut des heures de gloire. Il y eut vraiment une période prospère qui se situe approximativement entre 1850 et la Première Guerre mondiale », précise le responsable des Baraques du 14. Déjà au début du XIXe siècle, Hyacinthe Langlois démontra l’importance du lieu pour le territoire ; « […] sur les bords de la forêt de Chaux, on doit visiter une très-belle verrerie établie à la Vieille-Loye; c’est la seule qui existe dans le Jura ».

Cette verrerie forestière atteignit probablement son acmé sous le règne de Napoléon III (1852-1870), puisque l’empereur des Français fit fabriquer des bouteilles trônant ensuite sur des tables parisiennes. Au paroxysme de l’activité, 1 400 000 bouteilles/an étaient soufflées. Bien qu’elle fut rayonnante à une époque – certaines bouteilles de La Vieille-Loye étant actuellement au Canada – la verrerie périclita et cessa d’exister le 30 mai 1931.

L’héritage le plus considérable de cette verrerie est sans doute le clavelin. Bouteille dans laquelle est contenu le vin jaune, le clavelin naquit à La Vieille-Loye au XVIIIe siècle. Aujourd’hui, ce récipient cylindrique demeure une identité culturelle pour le Jura.

Pour en savoir plus : il existe une exposition permanente aux Baraques du 14 traitant de la verrerie de La Vieille-Loye.

La Clairière de Chaux, un générateur de liens

« Franchement, il y a un réseau associatif qui est important. La Clairière de Chaux a été achetée en 2000 par la commune. S’il n’y avait pas la Clairière de Chaux, il n’y aurait rien », avoue Alain Bigueur. Permettant d’offrir des services à la population – comme une cantine ou une garderie – ce lieu est un foyer créateur de liens sociaux.

Née dans une ancienne auberge, la Clairière de Chaux dispose d’un bar et d’une licence IV. Elle est ouverte le premier vendredi de chaque mois – sauf au mois d’août. Cet établissement communal « permet à la population de discuter. C’est super ! Ça crée ce lien avec les habitants. Si on n’avait pas ça, qu’est-ce que l’on ferait ? La Vieille-Loye serait un village dortoir… », poursuit le maire du village.

La demi-douzaine d’associations permet de compenser la perte, à la fin du XXe siècle, du dernier commerce de la commune. Quelques entreprises sont toutefois domiciliées à La Vieille-Loye, même si elles n’ont pas pignon sur rue.

Un village qui se modernise

« On est un peu à part et on tient à le rester. La forêt est une richesse puisque c’est la tranquillité du cadre mais on supporte aussi le passage de la desserte du massif. Les engins qui passent. On subit au niveau de la voirie et de nos ponts communaux », souligne Alain Bigueur.

Effectivement, La Vieille-Loye dispose de 6,9 km de voirie communale ainsi que de cinq ponts à entretenir. Les coûts engendrés pour l’entretien de telles infrastructures deviennent rapidement une charge considérable pour ce petit village.

Outre la mise en accessibilité pour les personnes à mobilité réduite des bâtiments publics, de nombreux travaux furent dernièrement menés.

En 2020, une chaufferie à granulés devrait voir le jour à la Clairière de Chaux. Les réseaux d’assainissement devraient également être prochainement renouvelés dans plusieurs rues du village. Dans quelques années, la station d’épuration de La Vieille-Loye devrait être supprimée – une nouvelle devant être construite à Montbarrey.

« Les historiens ne s’accordent pas sur l’interprétation du mot Logia. Les uns le traduisent par maison de chasse ; d’autres veulent lui faire signifier bureau d’entrepôt ou de péage », Alphonse Rousset.

Enclavée dans la forêt de Chaux, La Vieille-Loye a su tirer bénéfice de ses richesses pour devenir une clairière à la fois pittoresque et culturelle.

Pour aller plus loin : bibliographie non exhaustive :

PIDOUX DE LA MADUÈRE André, Notice sur la Vieille-Loye, Paris, le Livre d’histoire, 1998.

ROUSSET Alphonse, MOREAU Frédéric (collaborateur), Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté (…), Bintot, Besançon, tome VI, 1858, pp. 202-206.

Anthony SOARES

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