La Renardière à Pupillin, un domaine à taille humaine

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Trois générations de viticulteurs : Louis, Léo au centre, et Jean-Michel.

La vigne : une histoire de famille chez Les Petit

Il faut remonter en 1880, année de naissance de l’arrière-grand-père de Jean-Michel pour trouver le premier vigneron de la famille, Louis Petit. Louis possédait 3 hectares de vignes, ce qui à cette époque était relativement important. Et puis tout le travail se faisait à la main. Louis a eu 4 fils : Désiré, Gaston, Jean et Georges.  Actuellement, deux domaines issus de la famille Petit existent encore : le Domaine Désiré Petit avec Gérard et Marcel et le Domaine de  La Renardière.

Jean Petit, le grand-père de Jean-Michel était plus forgeron que vigneron mais il cultivait malgré tout les trois hectares que lui avait laissé son père. De son union avec Julia sont nés cinq enfants : deux filles et trois garçons dont Louis le père de Jean-Michel.  Les deux autres fils sont morts très jeunes. Louis dit “Vivi”, né en 1939 a repris les vignes à son retour de la guerre d’Algérie en 1962.  Seul sur l’exploitation, il a décidé d’adhérer à la fruitière vinicole. C’était compliqué de vendre le vin à cette époque d’autant que c’était le début de la bouteille et contrairement à la vente au négoce, cela demandait une présence constante au caveau et sur les salons pour se créer un fichier clients. Peu de viticulteurs étaient indépendants, l’esprit coopérateur était bien présent. Louis dit « Vivi » a d’ailleurs été président de la coopérative durant une trentaine d’années.

Jean-Michel qui tout naturellement a fait ses études dans le vin, ne se voyait par contre, pas venir travailler avec son père à Pupillin. Il est parti quelque temps à l’étranger, notamment en Nouvelle-Zélande. Et puis alors qu’un jour son employeur lui propose de prendre des parts dans sa société, Jean-Michel entre en pleine réflexion, pensant notamment à son village natal et une idée s’impose à son esprit « si je dois m’installer, ma place n’est pas ici mais à Pupillin. Revenons à nos racines ».

Une fois sa décision prise, Jean-Michel crée son domaine avec son épouse Laurence. Dans un premier temps, pour démarrer ils louent un hectare et demi de vignes à ses parents. Laurence travaillait à ce moment-là dans la comptabilité sur Dole. Petit à petit le domaine s’agrandit avec l’achat de terrains qu’il a fallu planter, et puis des locations supplémentaires. Aujourd’hui, le domaine s’étend sur 7 hectares dont 80 % ont été replantés.

A la recherche d’un nom de domaine

En 1999, Laurence quitte son emploi et vient travailler avec son mari. Pour se différencier des autres « Petit » vignerons du village et pour éviter la confusion, il fallait trouver un nom de domaine. « On a pensé à un nom de lieu-dit, explique Jean-Michel mais malheureusement ce sont des noms protégés et donc interdit de les utiliser. » Après réflexion et plutôt que d’inventer un nom, le jeune couple est allé chercher du côté des grands-parents maternels de Jean-Michel, natifs d’un village proche de Champagnole. Et là coup de cœur pour “La Renadière ”, transformé rapidement en “Renardière” puisque tout le monde le prononçait ainsi.

Débuts difficiles en 90 ?

« J’ai voulu m’installer en indépendant, mon père lui a préféré rester en coopérative puisqu’il n’était plus qu’à dix ans de la retraite. Laurence occupait toujours un emploi à l’extérieur au début. On a donc démarré avec un hectare et demi loué à mon père, puis deux hectares en 1992, très mauvaise année puisque tout a gelé. »

Vous vous étiez fixé des objectifs ?

« On avait une volonté de base qui était de rester sur un domaine à taille humaine, on ne voulait pas prendre comme modèle des domaines de 25 hectares. On avait choisi d’être vignerons, de faire du vin, et de le vendre quand on avait le temps. Et surtout de garder les pieds dans la terre plutôt que devenir gestionnaire de personnels et commerciaux à plein temps. Si un domaine s’agrandit, le métier n’est plus même, c’est une chose à laquelle on a toujours fait attention. »

Le choix de la vie familiale

« Réussir dans la vie ou réussir dans sa vie familiale, telle était la question. On savait déjà ce que l’on voulait faire. Et puis en 1994 j’ai un grave accident qui m’a laissé sur le flanc pendant une année et cela nous a fait réfléchir et nous a conforté sur notre choix de vie familiale.  Ça n’a pas été forcément facile parce-que au fur à mesure que l’on vend de plus en plus de vins on a tendance à toujours dire “ il en faudrait un peu plus ”, mais ça ne s’arrête jamais, et puis les contraintes administratives augmentent. Nous avons su résister et rester sur notre choix de départ : ne pas dépasser les six ou sept hectares. »

Un accueil toujours très chaleureux au caveau de Laurence et Jean-Michel.

Le métier de viticulteur a changé par rapport à l’époque de vos parents ?

« Bien sûr, ce qui a le plus changé dans ce métier en 20 ans c’est certainement la partie administrative.

Et puis faire le choix d’être indépendant ça veut dire : être bricoleur pour le matériel, savoir faire la vinification, savoir vendre son vin, être aussi gestionnaire. En un mot il faut être performant, percutant et réactif. »

Quelle culture aviez-vous décidé de faire ?

« On partage une qualité Laurence et moi, c’est d’être curieux. Quand on a repris les vignes de mon père, je ne savais pas trop ce qui se faisait sur Pupillin, hormis le fait de goûter des vins à droite et à gauche. Reprenant des vignes des anciens je pensais qu’ils allaient pouvoir me donner des conseils, mais je me suis vite rendu compte que tous vinifiaient par exemple ensemble des chardonnays de parcelles différentes ou ensemble des poulsards de parcelles différentes également. Ils n’avaient pas la curiosité que Laurence et moi avions, à savoir, les différences entre les terroirs d’un même secteur, quels types de vins ils pouvaient donner…

Ça c’est quelque chose que l’on a voulu creuser et on a eu la chance de rencontrer des gens extraordinaires dans le Jura, entre autre Michel Campy, qui nous a énormément apporté sur la connaissance des sols que l’on travaillait. A partir de là nous avons commencé à faire des sélections parcellaires, c’est-à-dire que l’on vinifiait des vins issus de chaque parcelle. Et puis tout doucement on s’est dit “le terroir ce n’est pas seulement le sol c’est aussi la façon dont on le travaille”. On savait qu’on ne voulait pas faire des rendements trop élevés et on a fait des tailles assez courtes. Dans le même temps on a arrêté de mettre des engrais chimiques et en 2003 on ne désherbait plus du tout de façon chimique, tout se faisait mécaniquement. Petit à petit, on est arrivé sur des parcelles bio. Je ne courais pas forcément après la certification bio, mais poussé par des amis, je me suis laissé faire. Et je ne le regrette pas. Cela dit nous vendons nos vins aux mêmes personnes qu’avant. Ils savaient tous comment on travaillait et la certification bio n’a pas changé profondément notre clientèle. »

Nous ne faisons pas du bio business

« Faire du bio c’est une chose, faire du bon vin en est une autre. On n’a pas changé notre façon de voir les choses, si ce n’est qu’aujourd’hui on fait du bio pour nous, pour notre environnement, notre travail. C’est le plus important, parce-que faire du bio pour le vendre au fin fond de l’Asie, il n’y a pas forcément d’intérêt. »

Est-ce difficile pour un jeune de démarrer en bio ?

« Oui bien sûr, les coûts de main d’œuvre sont plus importants et c’est vrai que c’est plus facile quand on est déjà bien installé. En toute honnêteté s’il avait fallu attaquer en bio quand on a démarré, financièrement ça n’aurait pas été possible.  Et puis en 90 on faisait tous les petits marchés, les foires à “Neuneu”, c’était difficile parce qu’on avait fait le choix de commercialiser 100 % bouteilles. Aujourd’hui le Jura surfe sur une vague qui va très bien. «

Jean-Michel Petit est un passionné. Son caveau est à son image, un lieu de rencontre chaleureux et convivial.

La relève est assurée à la Renardière, le jeune Léo travaille lui aussi la vigne mais pas seulement, puisque depuis 2015 il a créé sa brasserie artisanale : la jurassique.
O.R